Napoléon III ; empereur mal-aimé et méconnu – Deuxième Partie

3 – LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE

1 – Principes

– Comme l’explique Raphaël Lalhou, selon Eugène Rouher la grande idée du règne de Napoléon III était de créer un contrepoids au développement de l’Amérique du Nord. Son but était de créer un contrepoids « latin » avec une sorte d’aéropage formé de la France, de l’Espagne et de l’Empire d’Autriche.
Faisant siennes les idées contenues dans le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon III veut remettre en cause les clauses des Traités de Vienne de 1815 pour créer un ensemble de nations européennes sous l’égide de la France. Toutefois, Napoléon III n’entend pas mener son projet seulement par les armes mais aussi par la paix. S’il se montre héritier de la Révolution française dans ses grandes lignes, il se montrera aussi conciliateur et modérateur ; notamment lors de l’Unité Italienne en voulant limiter voire même contrer les menées de Garibaldi. Et lors de son discours de Bordeaux du 9 octobre 1852, il tente de rassurer les puissances d’Europe qui regardent s’inquiètent de le la politique du nouveau souverain en déclarant : « l’Empire c’est la Paix ». Toujours selon Lalhou, avec l’Italie, Napoléon III revient à ses aspirations de jeunesse en faveur de l’Unité italienne mais il sera tiraillé entre le Pape et le Piémont.

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Avec la Prusse, il est important de noter que l’Empereur n’a pas souhaité la guerre mais a dû la mener, ce qui causa la fin de son règne. Concernant l’outre-mer, contrairement à une légende tenace, Napoléon III ne s’est pas montré favorable à une grande entreprise coloniale à laquelle il a préféré une consolidation des comptoirs, la sécurisation de voies maritimes ou même la protection des Chrétiens d’Orient (Algérie, Syrie et Cochinchine), même si l’entreprise du Mexique s’est montrée malheureuse. Essayons de résumer sa politique extérieure.

– Enfin, il faut garder à l’esprit que Napoléon III se trouvera souvent en désaccord avec les hautes personnalités du gouvernement impérial concernant la politique étrangère ; Rouher, Colonna Walewski, Moustier, Drouyn de Lhuys, La Tour d’Auvergne-Lauraguais et Gramont, ce qui ne fut pas pour maintenir une cohérence dans la politique étrangère impériale.

2 – Le rapprochement avec la Grande-Bretagne ; la France sort de l’isolement

– Sous la Seconde République, la France provoque les craintes des puissances d’Europe qui y voient un nouveau foyer propagateur d’insurrection. Toutefois, le coup d’Etat de 1851 rassure autant qu’il inquiète. Mais Napoléon III démarre une politique étrangère marquée par l’ouverture à la Grande-Bretagne, ce qui répond à des impératifs économiques. Si les gouvernements successifs britanniques, du premier Cabinet Stanley à Gladstone ont toujours été prudents sinon méfiants vis-à-vis de la diplomatie française, le Reine Victoria a noué une relation amicale avec l’Empereur et Eugénie. En 1854, suite à des émeutes sur les lieux Saints à Jérusalem, la Russie de Nicolas Ier déclare la guerre à l’Empire Ottoman. Londres s’alarme car elle craint une mainmise russe sur les détroits et déclare la guerre à Saint-Pétersbourg. Voulant sortir la France de l’isolement en dépit de son entente courtoise avec Nicolas Ier, Napoléon III rejoint la Grande-Bretagne à la fin 1853 et envoie un Corps Expéditionnaire commandé successivement par Saint-Arnaud et Canrobert en Crimée. Difficile mais victorieuse, la guerre s’achève par le Congrès de Paris en avril 1855 présidé par Walewski à l’issue duquel la liberté de circulation des détroits est confirmée.

3 – L’unité italienne

Napoléon III s’intéresse à la question italienne dès 1855, d’autant plus que le Royaume du Piémont-Sardaigne de Victor-Emmanuel que gouverne le Comte Camillo Cavour, a envoyé un Corps Expéditionnaire (en somme toute symbolique) en Crimée. Mais l’Empereur ne s’engage pas pleinement ce qui mécontente les Carbonari. En 1858, Felice Orsini commet un attentat contre l’Empereur et Eugénie. Durant son incarcération, Orsini écrit à Napoléon III pour qu’il « délivre sa patrie ». L’Empereur décide alors d’engager la France en soutien du Risorgiamento, ce qui impliquera de déclare la guerre à l’Empire d’Autriche-Hongrie. Notons toutefois, que si à ce moment Napoléon III consent à entrer dans une logique d’affrontement avec l’Empire des Habsbourg, il n’envisage aucunement sa fragmentation, l’Autriche devant être une pièce maîtresse dans le projet final de l’Empereur.
Le 21 juillet 1858, Napoléon rencontre Cavour lors de l’Entrevue de Plombières dans les Vosges. Il est convenu que la France aide l’Italie à faire son unité. En échange, Paris va gagner l’annexion de Nice et de la Savoie (Traité de Turin). En 1859, la France et le Royaume du Piémont-Sardaigne déclarent la guerre à l’Autriche-Hongrie. Le guerre est particulièrement dure mais est marquée par les victoires de Magenta et de Solférino. En 1861, la France reconnaît officiellement le Royaume d’Italie de Victor-Emmanuel II. Épuise, Cavour décède l’année suivante.
Mais l’Empereur se met à dos l’opinion catholique française en soutenant l’Unité italienne qui se fait au détriment des Etats Pontificaux. Ce retournement lui permettra paradoxalement d’entamer une libéralisation du régime.
Toutefois, Napoléon III doit intervenir suite à l’Expédition des Mille de Garibaldi dans le sud de l’Italie. Après avoir vaincu les troupes autrichiennes et leurs alliées dans le pied de la botte, Garibaldi veut occuper les Etats-Pontificaux avec 7 000 chemises rouges. Il assiège alors Rome, ce qui provoque la levée de volontaires français pour secourir le Pape ; les Zouaves Pontificaux. Finalement, l’Empereur envoie un Corps Expéditionnaire pour protéger Pie IX, ce qui provoque le retournement de l’opinion italienne contre la France. En 1870, après la défaite de Napoléon III, Victor-Emmanuel II fera saisir Rome.

4 – L’Expédition du Mexique (1861-1867)

– Loin d’être une lubie, la campagne du Mexique naît de deux facteurs. Le premier est financier, avec les fameuses « créances Jecker » que Benito Juarez refusait de payer. Et le Duc de Morny a poussé à l’intervention. Toutefois, l’Empereur, inspiré par Eugénie et par les milieux catholiques (L. Girard) décida de lancer l’expédition pour former un Empire Latin au sud des Etats-Unis. Un candidat fut trouvé pour diriger cet empire ; l’Archiduc Maximilien de Habsbourg. D’abord soutenu par la Grande-Bretagne et l’Espagne – elles aussi créditrices du Mexique – la France se retrouve à devoir mener l’expédition seule, ce qui coûte beaucoup aux finances impériales. Un important Corps Expéditionnaire français arrive au Mexique en 1862. Après la prise de Puebla, Maximilien est intronisé Empereur du Mexique mais les Juaristes mènent une redoutable guérilla dans le pays. L’Armée française mène tant bien que mal des opérations de pacifications, ponctuées de combats réguliers et de sièges (Oaxaca, Puebla). Mais l’affrontement le plus légendaire reste le combat de l’hacienda de Camerone tenue par une soixantaine de Légionnaires du Capitaine Danjou face à 2 000 Mexicains. Notons aussi, les opérations de contre-guérilla menées avec succès – et agressivité –  par le Général Charles Désiré de la Tour du Pin. Toutefois, les résultats sont là, puisque cet officier singulier réussit à pacifier l’arrière-pays. Mais son rappel en France en 1865 ne permettra malheureusement pas à ses méthodes novatrices et efficaces de donner des résultats durables.
Finalement, devant la pression américaine qui vient appuyer Juarez, Napoléon III ordonne le rembarquement du Corps Expéditionnaire. Maximilien refuse d’abdiquer et sera fusillé avec son épouse Charlotte sur ordre de Juarez.

5 – Colonies et autres expéditions

– L’œuvre la plus importante dans ce domaine reste la pacification réussie de la Kabylie dès 1857 et marqué par la création des Bureaux des Affaires Civiles d’Algérie. En 1852, Napoléon III nomme le Général Louis Faidherbe Gouverneur du Sénégal. Avec peu de moyens, Faidherbe réussit à pacifier le Sénégal en s’alliant les tribus africaines de la région dont il respecte les coutumes. Il jette ainsi les bases de l’Afrique Occidentale Française que reprendra la IIIe République. Enfin, Faidherbe fonde le port de Dakar.

– L’Asie occupe aussi l’Armée Impériale. Afin de protéger les missions catholiques et sécuriser les routes commerciales d’Extrême-Orient, Napoléon III lance plusieurs expéditions en 1859. Ainsi, Britanniques et Français s’emparent de Canton en 1857 et mènent une campagne en Chine (1859) qui aboutit à la fois sur le sac du Palais d’été de Pékin et le Traité éponyme qui permet aux Occidentaux d’installer des concessions dans les ports de l’Empire du Milieu. Les Français vont notamment s’implanter à Pékin et Shanghai.
La même année sur le prétexte de protéger les missions catholiques, avec l’aide des Espagnols, Napoléon III envoie les Amiraux Rigault de Genouilly, Page et Charner pacifier la Cochinchine (Sud-Vietnam). Après une série de combats contre les Cochinchinois et les Annamites, les Français s’emparent de Saïgon, de Ky Hoa, My Tho, Bien Hoa et Vinh Long. En 1861, l’Amiral Bonnard devient Gouverneur de Cochinchine. Ensuite, les Français vont prendre pied au Cambodge.
Plus méconnu, sous justification humanitaire, l’Empereur lance une expédition de police au Liban et à Damas afin de protéger les Chrétiens d’Orient.
Enfin, plus pacifique, avec l’accord des Britanniques, Ferdinand de Leseps fait creuser le Canal de Suez qui sera détenu à 44% par les Français.

[Suite]

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