Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 13 septembre : Victoire du Grand-Couronné, Castelnau sauve Nancy

13 septembre : Victoire du Grand-Couronné, Castelnau sauve Nancy

Occultée par le Miracle de la Marne dont nous parlions hier, la victoire de la IIe Armée française après la retraite de Morhange n’en fut pas moins un exemple de retraite en bon ordre et de contre-attaque. En outre, elle permit de protéger le flanc droit de la contre-attaque de Joffre durant la Bataille de la Marne. Bien que ce front ne fut pas prioritaire pour les Allemands, l’Armée du Kaiser vit ses ambitions de prendre Nancy rapidement réduites à néant.

grand__couronneEn Lorraine, le dispositif français forme comme une équerre : la Ire Armée d’Auguste Dubail tient une ligne couvrant les Vosges jusqu’à la frontière suisse pendant que la IIe Armée d’Edouard de Currières de Castelnau protège une ligne allant de la Moselle à Pont-à-Mousson. La charnière entre ces deux Grandes Unités est formée à Lunéville par la 2nde Division de Cavalerie. Le général Capucin Botté comme le surnomme Clémenceau avec dédain (cf article sur E. de Castelnau), commande à 4 corps d’armées : IXe CA de Dubois (17e et 52e Divisions d’Infanterie, Division Marocaine), XVe CA d’Espinasse, formés de Marseillais et de Provençaux (29e et 30e DI), XVIIIe CA de Maud’huy (35e, 36e et 38e DI) et les Lorrains et Parisiens du XXe CA de Foch (11e et 39e DI et 70e Division de Réserve). Castelnau peut aussi compter sur l’appui du Groupement de Divisions de Réserve de Durant (59e, 68e et 73e DI), pendant que les 168e et 169e Régiments d’Infanterie protègent le camp retranché de Toul.


* MORHANGE

Lors du déclenchement de la Guerre, conformément au Plan XVII, la mobilisation de la IInde Armée s’effectue de manière quasi-impeccable. Rappelons notamment qu’Édouard de Castelnau fut le principal artisan du plan de mobilisation.

Au début du mois d’août, le XXe Corps de Foch s’arc-boute en demi-cercle devant Nancy. Il est alors encadré par le IXe (gauche – nord-ouest de Nancy) et le XVe CA (droite – sud-est de Nancy).
41769803
Pendant près de deux semaines, la IInde Armée reste sur la défensive, attendant l’ennemi. Malheureusement, au vu de la situation critique dans laquelle se trouve le centre du dispositif général français en Champagne, Joffre retire à Castelnau les IXe et XVIIIe CA. Le 19 août 1914, Castelnau lance le XXe CA de Foch à l’assaut contre le point fort du dispositif de la VI. Armee allemande (Bavarois) du Konprinz Ruprecht. Le II. Königlich-Bayerisches-Korps (Corps Royal Bavarois) de Karl Ritter von Martini laisse les 11e et 39e DI avancer en feignant un retrait pour les forcer à venir se casser les dents sur un arc de cercle puissamment défendu Oron – Martille – Baronville – Morhange. La 39e DI de Dantant attaque bravement mais se fait refouler et ne peut disposer du soutien de la 68e DI de Brun d’Aubignosc.

Les choses se déroulent mieux du côté de la très bonne 11e Division (Balfourier), épaulée par le 4e Bataillon de Chasseurs à Pied, qui avance jusqu’à 1,5 km de Morhange, même si elle se heurte à une vigoureuse résistance sur sa droite entre Conthil et Lidrezime.

Au centre, le XVe CA d’Espinasse est bloqué par une très bonne défense allemande, soutenu par de l’artillerie du XXI. Armee-Korps de Fritz von Below. Seuls les 23e et 27e Bataillons de Chasseurs Alpins parviennent aux abords de Vergaville. Comprenant que ses forces risques de s’épuiser, Castelnau enjoint à Foch et Espinasse de ne pas avancer le lendemain. Seulement, Foch passe outre et relance son XXe Corps dans l’espoir de percer. L’artillerie lourde bavaroise le ramène durement à la réalité. Les charges des Français sont impitoyablement arrêtées par les sections de mitrailleuses Maxim à Marthille, Prévanges et Lidrequin. Ceci-dit, les soldats de Foch ne se débandent pas.
Malheureusement, le XVe CA cède face à une violente contre-attaque von Below et Castelnau doit le faire reculer en toute urgence jusqu’à la Meurthe. Castelnau  ordonne alors à Foch de faire pivoter la droite de la 11e DI pour fermer la route au XXI. CA qui menace le XVe CA. C’est un demi-succès mais le XXe CA a été saigné d’un tiers de ses effectifs. Hors de question de lancer d’autres attaques. Foch retire son corps vers la Seille, la retraite étant couverte par la 68e DI.

** REDÉPLOIEMENT FRANCAIS 

Le Général de Castelnau décide alors de retirer l’ensemble de ses forces au nord de Nancy et sur la Meurthe pour défendre Nancy en s’accrochant sur les hauteurs « couronnées de forêts ». En cela, le chef de la IInde Armée raccourcit son front dont il maintien la cohésion.

Toujours en première ligne, le XXe Corps de Foch défend Nancy en s’arc-boutant sur le Grand-Couronné, Varangéville, Le Rebêtant et Rosières-Salines. Une mauvaise nouvelle parvient alors à Castelnau, Joffre lui enlève son IXe Corps qui part pour la Champagne. Il a tout de même pu conserver quelques unités de caserne, ainsi que le Groupement d’Artillerie du Commandant Briant. Castelnau doit alors combler le trou entre lui et Dubail en déployant la seule 2e Division de Cavalerie.

image005

*** LUNÉVILLE TOMBE

Si le XXe Corps reste solide, le XVe abandonne le terrain devant la poussée de von Below et Crévic tombe à son tour. Castelnau doit alors envoyer la Brigade Ferry dans la fournaise pour bloquer l’avance allemande. Le 37e RI réussit à reprendre Crévic. Mais sur la droite, la VI. Armee du Kronprinz Ruprecht – I. Bayerisches-Reserve-Korps – s’empare de Lunéville laissée presque ouverte par les Languedociens du XVIe Corps de Taverna. Seul le 2nd Bataillon de Chasseurs à Pied résiste vaillamment en défendant la ville. L’Adjudant Chèvre et 70 Chasseurs Lorrains se distinguent en bloquant toute une brigade allemande au Pont de Gerbéviller !
Repris en main par Dubail, le XVIe CA réussit finalement à boucher partiellement la brèche existante entre lui et le XXe de Foch.

**** RESSAISISSEMENT ET CONTRE-ATTAQUE FRANÇAISE

L’avance allemande vers Nancy se poursuit. Malgré le bruit des armes, la population ne fuit pas et reste calme, pendant que l’administration de l’ancienne cité ducale fonctionne toujours, bien qu’elle ait du se séparer des services postaux.

Le 23, Dombasle tombe aux mains des Allemands mais le lendemain, le 125e Régiment d’Infanterie arrête les Bavarois à Réméréville aux prix d’énormes pertes. Les Allemands tentent de s’emparer du Rebêtant mais se font repousser par les fantassins français très bien appuyés par les canons du 9e Régiment d’Artillerie Coloniale.  Appuyé par les artilleurs du Commandant Briant, le 43e Régiment d’Infanterie Coloniale de reprendre Varangéville et Dombasle. Cette action permet de sécuriser la crête du Rembêtant. Grâce à l’arrivée d’un régiment de Toul, Crévic tombée la veille est reprise.

Le 25 août, Castelnau ordonne à Foch de cogner sans cesse contre les II. et III. Bayerisches-Korps de Ruprecht. Foch engage tout ce qu’il a est bloque les Bavarois entre Haraucourt et Friscati. Sur la droite, le vaillant 2nd BCP stoppe les fuyards du VIIIe CA (Ire Armée) de Castelli et arrêtent les pointes allemandes au Bois Lalau. De son côté, Castelnau concentre son artillerie sur le plateau de Borville pour couvrir le Bois Lalau. Le barrage de feu français cause un massacre dans les vagues d’assaut de l’aile gauche de la VI. Armee allemande. Repris en main, le VIIIe CA tient alors Rozelieures, le Bois Lalau et Saint-Boingt.

Ruprecht décide alors de percer le dispositif français entre Andoménil et  Crévic car le XXe Corps de Foch risque de menacer ses lignes de ravitaillement.

Le 29 août, alors que Castelnau commande son armée sans se ménager, il doit se séparer de Foch appelé par Joffre pour prendre le commandement de la nouvelle IXe Armée. Foch est remplacé à la tête du XXe Corps par Maurice Balfourier.

Les 4-5 septembre, Ruprecht ordonne à ses Bavarois d’attaquer le XXe Corps pour forcer la vallée de l’Amezule et reprendre Crévic. D’abord surpris, les hommes de Balfourier se reprennent et repoussent les assaillants au prix de lourds sacrifices. Quoiqu’il en soit, Crévic reste français grâce à l’effort de la 39e DI.

Maurice Balfourier

Maurice Balfourier

Du 5 au 12 septembre, la IIe Armée française se cantonne à bloquer les efforts allemands. La 39e DI sécurise définitivement Crévic pendant que la 11e DI prend et reprend Léomont aux Bavarois. Aucun gain important n’est enregistré mais le 13 septembre, Ruprecht arrête son offensive, ses troupes étant décimées et épuisées elles-aussi.

Castelnau a ce qu’il voulait ; NANCY NE TOMBERA PAS. En outre, cette partie du front française ne bougera pratiquement pas jusqu’en 1918.

Le magnifique XXe Corps d’Armée, de par la résistance de ses soldats reçoit alors le surnom de Corps de Fer.

 

Lire :

– DELHEZ Jean-Claude : La Bataille des Frontières, Économica, Paris
– http://www.grancouronne.net