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14 juillet 1223 : Mort du Roi Philippe Auguste 2/2

– LE DIMANCHE DE BOUVINES

La Flandre connaît un basculement politique. Baudouin de Hainaut, beau-père de Philippe Auguste, est capturé lors de la Quatrième Croisade et Philippe de Courtenay-Namur, frère de Baudouin, jure fidélité au Roi de France, pendant que Jehanne de Namur épouse Ferrand de Flandres.
Le Saint-Empire connaît aussi un changement de souverain. Henri VI étant mort en 1197, sa succession est marquée par la concurrence entre Philippe de Souabe et Otton de Brunswick. Philippe de Souabe (soutenu par le Roi de France) et assassiné et Otton de Brunswick (devenu Otton IV) est couronné empereur par Innocent III, sauf que celui-ci se détourne de son candidat qu’il finit par excommunier car il redoute ses ambitions en Italie. Philippe Auguste soutient alors le couronnement de Frédéric II de Hohenstaufen, filleul d’Innocent III.

En 1212, la force que prend Philippe Auguste en Europe de l’Ouest suscite la méfiance de ses voisins. Une alliance est alors scellée entre Jean Sans Peur, Otton de Brunswick, Rennaud de Dammartin et Ferrand de Flandres qui craint la mainmise du Roi de France sur le Comté de Flandres.
La guerre reprend donc entre Philippe Auguste et Jean Sans Peur. Louis, fils de Philippe mène une expédition en Angleterre en 1213 à l’appel de Barons anglo-normands excédés par Jean Sans Terre. Le fils du Roi de France fait même son entrée dans Londres mais doit repartir pour la France en raison d’une coalition des Barons favorables aux Plantagenêts.
De leur côté, Ferrand de Flandres, le Comte de Salisbury frère de Jean Sans Terre, Philippe de Courtenay-Namur, Thiébaud de Lorraine, Otton de Brunswick, Rennaud de Dammartin, Henri de Brabant, Guillaume Longue-Epée, ainsi que d’autres seigneurs allemands et flamands unissent leurs forces pour marcher contre le Royaume de France, pendant que Jean Sans Peur rassemble une armée qui débarquer dans le Poitou et remonte vers la Loire. Après s’être emparée d’Angers grâce au ralliements de nobles poitevins, elle est vaincue par Louis le 2 juillet 1214, à la Roche-aux-Moines.

Selon un rituel hérité de Louis VI le Gros, Philippe Auguste brandit l’oriflamme de Saint-Denis pour appeler ses grands vassaux à se rallier à la bannière fleur-de-lysée. C’est un succès ; Robert de Dreux, Eudes de Bourgogne, Guillaume de Ponthieu, Gauthier III de Châtillon Comte de Saint-Pol, Enguerrand III de Coucy, Gauthier de Nemours et Matthieu de Montmorency, entre autres, répondent au Roi de France. Philippe Auguste reçoit aussi l’appui des Communes de Picardie, favorables aux Capétiens depuis l’obtention des chartes de privilèges édictées sous Louis VI. Au total, le Roi de France peut compter sur 5 000 à 7 000 hommes en armes selon les sources, contre près de 9 000 anglo-germano-flamands.

Le bataille a donc lieu le 27 juillet 1214 à Bouvines. Philippe Auguste est là, combattant au milieu de sa Chevalerie. Il est désarçonné mais est secouru par un écuyer armé d’un fléau. Finalement, Bouvines est une éclatante victoire. Rennaud de Dammartin et Ferrand de Flandres sont faits prisonniers. Le second et ramené à Paris dans un charroi monté d’une cage de fer. Dans la Philippide,

Guillaume Le Breton raconte que des foules de sujets viennent acclamer le Roi de France lors de son voyage de retour. Le triomphe de Philippe Auguste est total.
– LA FIN DU RÈGNE

Philippe Auguste est alors à l’apogée de son règne et choisit de consolider ses conquêtes par la paix. Ainsi, le Traité de Chinon (1215) dissout l’alliance entre Jean Sans Peur et les seigneurs flamands et confirme au Roi de France l’acquisition de l’Anjou et de la Normandie. En outre, Issoudun, Alençon et Bully passent sous la domination de la monarchie capétienne.
Menant aussi un sage politique économique, le Roi de France assure une période de prospérité, entretenue par un climat clément qui assure de bonnes récoltes.

Aspect du « Miracle Capétien », Philippe Auguste n’associe pas son fils Louis au trône de son vivant, assuré que sa lignée ne s’éteindra pas. Son petit-fils, Louis (futur Saint-Louis) est d’ailleurs né l’année de Bouvines.

Le 14 juillet 1223, âgé de cinquante-huit ans et malade, Philippe Auguste souhaite se rendre à une Assemblée religieuse à Mantes, sauf que le voyage éprouve le Roi qui meurt d’épuisement. La dépouille du Roi est ramenée à Paris, revêtue du manteau de Lys et tenant les Regaliae.

– LA PROPAGANDE ROYALE

Dès les années 1190, Philippe II reprend les symboles de la Monarchie « inventés » sous Louis VI, telle la Fleur de Lys et apparaît sur son sceau muni des Regaliae dont la Main de Justice. D’autre part, les titulature du Roi changent ; il n’est plus appelé « Rex Francorum» (Roi des Francs) mais « Rex Franciae » (Roi de France).

La figure du Roi de France est aussi célébrée dans la Gesta Philippi Augusti  de Rigord de Saint Denis comme dans les différentes versions de La Philippide mentionnée plus haut, qui est en fait un apologétique « épuré » par Guillaume Le Breton à la demande du Souverain. C’est d’ailleurs Rigord qui donne au Roi de France le surnom d’« Augustus » mais à comprendre à partir de l’étymologie du verbe latin augeo, c’est-à-dire « inveter, créer, augmenter ».

– LE BÂTISSEUR ET LE BIENFAITEUR

Attaché à Paris qu’il veut être un reflet du prestige de la Royauté de France, Philippe Auguste nous a laissé un héritage encore bien visible. D’abord, par souci de sécuriser sa Cité, il fait bâtir la forteresse du Louvre le long de la rive droite de la Seine pour protéger l’accès ouest de la capitale. Il construit aussi  une muraille d’enceinte dont un pan est toujours visible dans dans le Quartier Saint-Paul, au Lycée Charlemagne, ainsi que le Petit Châtelet. D’autre part, par souci de salubrité, il fait poser des pavés dans certaines rues de Paris et assainir le Cimetière des Saints-Innocents.

il soutient l’Évêque de Paris Maurice de Sully dans la construction de la Cathédrale Notre-Dame de Paris et octroie la Charte de Création de l’Université de Paris, qui était alors installée dans l’actuelle église Saint-Julien-le-Pauvre (aujourd’hui consacrée au rite Gréco-Syriaque).

Soucieux des pauvres, Philippe Auguste soutient plusieurs œuvres de Charité et finance l’installation de plusieurs ordres religieux dans la capitale dont l’Ordre des Trinitaires créé par Saint Jean de Matha et installé (comme son nom l’indique) dans l’actuelle rue des Mathurins dans le VIIIe Arrondissement.

Sources :
– MENANT François, MARTIN Hervé et MERDRIGNAC Bernard, Les Capétiens 987-1328, Perrin, coll. Tempus
– VAUCHEZ André, PIETRI Luce, VENARD Marc et MAYEUR Jean-Marie : Histoire du Christianisme des Origines à nos jours, Tome 4 Évêques, Moines et Empereurs, Desclée
BARBICHE Bernard : Les institutions de la France Moderne, PUF