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14 juin 1807 : Victoire de Friedland

« Friedland vaudra Austerlitz, Iéna ou Marengo, dont je fête aujourd’hui l’anniversaire » dit l’Empereur la veille de la bataille.

Ainsi, sur les rives de l’Alle (actuelle Pologne), Napoléon Ier bat les Russes de Levin-August von Benningsen alors en
nette supériorité numérique (66 800 Français contre 84 000 hommes du Tsar Alexandre).

Magnifique victoire à mettre sur le compte deJean Lannes, de La Tour-Maubourg et ses Dragons, du Maréchal Ney, du Général Mortier chef du 8e Corps et au canonnier Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont.

– Une semaine plus tôt, Lannes et Murat avaient remporté la victoire de Heilsberg face à Benningsen (battu aussi à Guttstadt peu avant) mais celui-ci avait réussit à se replier en dépit de ses pertes, en descendant la rive droite de l’Alle, suivi sur la rive gauche par Lannes (Corps de Réserve Générale) et Mortier (8e Corps formé de Français et de Polonais) qui formaient l’Avant-Garde de la Grande Armée. Benningsen décide alors de faire face aux Français, s’empare des ponts enjambant la Vistule à Friedland et repositionne ses forces comme suit : Piotr I. Bagration à l’avant-garde appuyé par Ievgeni Ia. Markov et ses 6 000 fantassins (dont les Grenadiers de la Garde Impériale Russe) ; le Prince Alekseï I. Gortchakov et le Général Dimitri S. Dokhtourov forment respectivement la première et le seconde ligne de bataille qui font face à Mortier et Lannes ; et Ouvorov l’extrémité nord (droite du dispositif russe). Benningsen quant à lui, commande à une forte réserve formée du gros de la Garde Impériale du Tsar (Chevaliers-Gardes, Régiment de Semienovski et enfin, l’Ataman (1) Matveï I. Platov et ses Cosaques forment un corps de harcèlement situé tout au sud de la ligne russe.

– De son côté, Lannes dispose son artillerie sur le plateau de Posthenen tandis que son infanterie commandée par Oudinot, est placée entre ledit plateau et le Bois de Sortlack, pendant que sa cavalerie avec les divisions de Grouchy et de Nansouty forment une réserve mobile capable d’intervenir sur l’ensemble de la ligne. D’autre part, il refuse de masser des forces autour du village de Heinrichsdorff car celui-ci se situe dans une plaine trop exposée. Présentant ainsi son flanc droit, il veut force Benningsen à le contourner pour présenter le sien dans lequel les forces de renforts lancées par l’Empereur devront frapper.

– Le 14 juin à 03h00 du matin, Benningsen passe immédiatement à l’action et s’en prend aux forces de Lannes et Mortier. Sauf que l’artillerie française, bien placée, contient les avances russes. Pendant ce temps, Oudinot contient bien les Russes dans le bois de Sortlack épaulé par les Cavaliers de Grouchy.
Pensant que Lannes n’obtiendra pas de renfort rapidement, Benningsen décide alors de le tourner par Heinrichsdorff. Les combats pour le contrôle de la zone en amont de ce village sont très violents et les Cosaques de Platov réussissent même à s’emparer de Schwonau. Il faut alors que les Dragons et les Grenadiers de Nansouty et de Grouchy donnent la charge pour en chasser les Cosaques.
Après douze heures de combat, Lannes dit alors à son aide-de camp Saint-Mars : « Crève ton cheval, Saint-Mars, dit-il à son aide de camp, pour rapporter à l’Empereur que c’est l’armée russe tout entière que nous avons sur les bras ».

– Vers trois heures, l’Empereur arrive devant Friedland avec Ney, Victor et Bessières qui commande à la Garde, alors que Benningsen a concentré ses forces autour de Friedland. L’Empereur remodèle alors le dispositif français en ordonnant à Mortier d’occuper Heinrichsdorf pour former un centre français, pendant que Lannes forme tout le flanc gauche et Ney la droite près de Posthenen.
C’est alors que Benningsen s’obstine à cogner sur la gauche française (Lannes et Mortier), négligeant complètement son aile sud (Platov et Bagration, qui se trouve complètement exposée).
Napoléon donne alors comme ordre à Ney : « Voilà votre but, marchez sans regarder autour de vous, pénétrez dans cette masse épaisse quoi qu’il puisse vous en coûter, entrez dans Friedland, prenez les ponts et ne vous inquiétez pas de ce qui pourra se passer à droite, à gauche ou à l’arrière. L’armée et moi sommes là pour y veiller. »

Alexandre Antoine Hureau de Sénarmont

– Ney, qui peut voir le clocher de Friedland marche immédiatement sur la droite des Russes mais ceux-ci l’ont aperçu. Bagration met immédiatement sa  bonne artillerie en batterie. Celle-ci tire par-dessus le cours de l’Alle et fauche de nombreux soldats français. L’Empereur réagit promptement en dépêchant le commandant de son artillerie, Alexandre Hureau de Sénarmont. Celui-ci place alors ses canons une première fois à bonne distance mais ne cause que très peu de pertes à l’ennemi. Sénarmont décide, contre l’opposition de plusieurs généraux, d’avance 36 pièces à… quatre-cent mètres des Russes. Cette manœuvre effectuée, Benningsen envoie immédiatement sa cavalerie sur les bouches à feu françaises qui tirent à deux-cent mètres, créant de véritables tranchées dans les rangs des Russes. Ceux-ci reculent hâtivement jusqu’à Friedland. Benningsen expédie alors la Garde Impériale contre Ney sans aucune autre forme de procès mais l’assaut est brisé net par la Division Dupont.

– Sur la gauche française, Gortchakov et Dokhtourov, pressés par Lannes et Mortier, reculent vers Friedland pour franchir l’Alle, sauf que lorsque leurs troupes arrivent sur la rivière Bennigsen a déjà fait sauter les ponts pour couvrir sa retraite. Les soldats du Tsar se jettent dans l’Alle sous les tirs des fusils français. La moitié aurait (?) péri.
Benningsen n’a d’autre choix que de retraiter en désordre vers le Niémen. Quelques jours plus tard, Murat fait son entrée dans Tilsit.

Michel Ney

– Et Friedland valut bien Austerlitz puisque seulement 1 645 soldas de la Grande Armée furent tués et 8 995 blessés, contre 12 000 tués et 10 000 prisonniers côté russe. Enfin, 70 drapeaux de régiments de l’Armée du Tsar furent récupérés par les Français.

(1) : Titre cosaque (lui-même dérivé du turc) désignant l’équivalent d’un général.