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14 octobre 1806 : Victoires d’Iéna et d’Auerstädt

Le 7 octobre 1806, la Prusse du Roi Frédéric-Guillaume III déclare la guerre à l’Empire Français. Si son armée est bien mieux encadrée et armée que celle de l’Autriche, les soldats récemment engagés n’ont pas été entraînés. Qu’à cela ne tienne, l’opinion prussienne galvanisée par la Reine Louise de Mecklembourg-Stretlitz, souhaite la guerre contre l’Aigle.

– Du côté français, le 4 août, Napoléon avait déjà harangué ses grognards en ces termes : « Soldats ! L’ordre de votre rentrée en France était déjà donné, des fêtes triomphales vous attendaient. Mais des cris de guerre se sont fait entendre à Berlin. Nous sommes provoqués par une audace qui demande vengeance. »

– La campagne française démarre dans la foulée de la déclaration de guerre avec 180 000 fantassins, artilleurs et cavaliers. Le 10 octobre, Jean Lannes et sa cavalerie

culbutent l’Avant-garde prussienne à Saalfeld où le Prince Louis-Ferdinand trouve la mort.


* IENA 

– Par la suite, Napoléon avec les corps de Lannes, Murat, Augereau, Ney, Murat et Soult (55 000 hommes en tout) s’avance en direction d’Iéna où l’attend le Prince Frédéric-Louis von Hohenlohe-Ingelfingen et ses 50 000 hommes – disposés comme durant la Guerre de Sept Ans selon les préceptes de Frédéric II -. Le Prince Frédéric-Louis commande aux Divisions de von Grawert (aile droite), von Niesemuschel (Saxonne – aile gauche) et von Prittwitz (réserve de l’aile gauche), ainsi qu’au Corps de Réserve de von Zweiffel.  A cela, il faut ajouter le Corps de Réserve de l’Armée du Hanovre (30 000 hommes – ) commandé par le Prince Ernst Wilhelm von Rüchel (30 000 hommes) qui ne pourra toutefois intervenir à temps.

– Napoléon engage le combat dès le 13 octobre à 07h00 du matin avec un tir préparatoire une d’artillerie qui réveille l’armée prussienne. Charles Pierre Augereau, avec son 7e Corps (Divisions Desjardins et Heudelet de Bierre), vient cogner contre le flanc droit prussien. Augereau est repoussé par Hohenlohe mais c’est ce que souhaite Napoléon.
Dans la foulée le 5e Corps de Lannes (Divisions Suchet et Gazan) et le 4e de Nicolas Soult (Divisions Saint-Hilaire et Milhaud ; Artillerie de Lariboisière) contournent le flanc droit prussien avec 30 000 hommes, repoussant sans ménagement Tauetzien et von Höltzendorf. Toutefois, le 6e Corps de l’impétueux Michel Ney (Divisions Marchand et Gardanne) charge avec tant d’enthousiasme qu’il se retrouve trop exposé en avant. Il faut alors l’aide de l’artillerie pour rétablir sa situation.

– Hohenlohe décide alors de se replier autour du village de Kapellendorf sur le plateau d’Iéna pour y attendre von Rüchel qui finit par arriver bien trop tard.


– Le 14 octobre à 6h00 du matin, ayant repéré un petit champ de raisins, Napoléon décide d’y faire passer fantassins et artillerie en profitant du couvert que procurent les vignes. Mais les canons ne peuvent passer, forçant l’Empereur à enjoindre à ses fantassins de se lancer à l’assaut sans appui. Voltigeurs et Grenadiers s’élancent, bousculant les Prussiens qui se font encore surprendre au réveil. Par la suite, la cavalerie de Joachim Murat (Divisions de Dragons KleinGrouchy, Beaumont et Sahuc) s’élance sur les traces des Prussiens en retraite et va jusqu’à saisir leurs bagages à l’entrée de Weimar. La Reine Louise  n’échappe à la capture que grâce à ses talents de cavalière.

Source : http://www.napoleonicsociety.fr

Source : http://www.napoleonicsociety.fr

** AUERSTÄDT

– Dans la journée même du 14 octobre, Napoléon apprend que le 3e Corps du Maréchal Louis-Nicolas Davout a battu les Prussiens du Prince Charles-Guillaume de Brunswick à Auestädt (Auestaedt).

– Le 13 octobre, le 3e Corps occupe Naumbourg et s’empare du Pont de Klösen. Brunswick replie alors ses forces derrière le village Hassenhausen. Le général prussien, dispose d’une nette supériorité numérique sur le Maréchal français avec 43 000 hommes contre 27 000, répartis au sein de six divisions dont trois affidées au Corps de Réserve de Friedrich Adolf von Kalkreuth (Divisions de Kuhnheim, de von Arnim et d’Oswald). Brunswick commande quant à lui aux Divisions de von Schmettau, de von Wartensleben et du Prince d’Orange.

– Le 14 octobre au matin, Davout ordonne au Général César Gudin de lancer sa division à la conquête de Hassenhausen. Gudin repousse les attaques des Hussards de Gebbhard von Leberecht von Blücher qui tente de déborder les flancs de Davout.

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– Par une audacieuse marche d’approche dans le brouillard, le 25e Régiment d’Infanterie de Ligne du Colonel Louis Dunesme réussit à s’installer dans le village de Hassenhausen, entraînant dans son sillage le reste de la Division Gudin qui s’installe alors fermement autour de la petite ville. Blücher relance alors ses attaques avec ses Husaren qui se font durement repoussés par les Français. Pendant ce temps, Davout envoie la Division Friant contourner Hassenhausen par la droite et s’empare de Spielberg, sans déboucher plus loin pour autant.
Toutefois, une audacieuse manœuvre menée sous le feu des canons prussiens par le 108e de Ligne du Colonel Joseph Higonet permet à Davout de s’emparer du village de Poppel. Le valeureux colonel français est tué dans l’affrontement.

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– Du coup, en présence du Roi Frédéric-Guillaume, Brunswick fait avancer la Division de von Wartensleben contre Gudin qui doit reculer à l’issue de violents engagements à la baïonnette. C’est alors que la Division Morand entre en scène et repousse tous l’assaut de la cavalerie de Brunswick. Ayant tenu à mener lui-même la charge, le général prussien tombe gravement blessé sous les balles françaises. Peu de temps après, c’est au général von Schmettau de connaître le même sort.

– Constatant la défaillance croissante de ses troupes en raison de la perte des deux généraux, Frédéric-Guillaume ordonne la retraite, pendant que son frère le Prince Henri lance une charge de cavalerie pour retenir les Français. La charge prussienne vient échouer sous le feu de la Division Morrand. Pendant ce temps, Friant repousse les forces du Prince d’Orange (droite française) sur Poppel.

– Davout en profite et ordonne à Morand de talonner l’ennemi. La Brigade de Debilly avec en tête, le 61e de Ligne du Colonel Nicolas, avance jusqu’à Rehausen. Debilly sera lui aussi tué au combat.
Commandant de facto l’armée prussienne, le Roi Frédéric-Guillaume tente de déborder la droite de la Division Gudin avec de la Cavalerie mais Davout comprend très vite la manœuvre et ordonne à Morand de bloquer les prussiens sur la gauche. Morand remplit à bien sa mission. Davout pousse son avantage et ordonne à Gudin d’occuper Tauchwitz.

– Frédéric-Guillaume fait alors donner ses dernières réserves face aux Français, en l’occurrence, les trois divisions de Kalkreuth, Blücher qui rallie à lui toute la cavalerie et la brigade du Prince de Prusse. Mais c’est sans compter sur le coup d’œil et le sens manœuvrier de Davout qui ordonne à Friant et Gudin de tourner l’ennemi par les deux côtés sur le plateau d’Eckatsberg, tenu par une division prussienne. C’est la Division Friant qui la première, accroche l’ennemi sur le plateau par la gauche, avant que Brigade de Grandeau (111e de Ligne du Col. Gay en tête) n’arrive en renfort par la droite.
Dès lors, c’est la panique dans le camp prussien et Frédéric-Guillaume n’a d’autre choix que de se retirer définitivement, en abandonnant vingt-deux pièces d’artillerie. Davout lâche alors la Division de Cavlarie de Vialannes (1er, 2nd et 12e Régiments de Chasseurs à Cheval) à la poursuite de l’ennemi. Vialannes et ses colonels (Exelmans, Bousson et Guyon) ramassent alors un grand nombre d’ennemis.

– Davout a perdu 4 350 hommes dont un général de brigade, un colonel, le chef d’état-major de la Division Gudin (Delotz), trois chefs de bataillons, ainsi qu’une forte proportion de capitaines et de lieutenants. En revanche, outre ses deux généraux Brunswick et von Schmettau, Frédéric-Guillaume a perdu 13 000 soldats et officiers.

– Ce haut fait d’arme vaut à Davout le titre de Duc d’Auerstaedt,  même si cette victoire est restée – et reste – moins connue qu’Iéna. Davout aura toutefois l’honneur de faire passer son 3e Corps sous la Porte de Brandebourg le premier.

– Il faut conclure en notant que ces deux victoires françaises ont causé un tel traumatisme à Berlin que l’opinion et l’intelligentsia prussienne se retrouveront dans un net consensus pour en appeler à de profondes réformes militaires, politiques et administratives. Ce qui sera fait sous l’impulsion  d’hommes tels que von Hardenberg, von Stein, von Humboldt, von Gneisenau et von Scharnhorst. Cependant, jusqu’en 1813-14, la Prusse sera cantonnée à un rôle de puissance secondaire et de nain militaire en attendant de pouvoir reprendre sa revanche avec l’appui de Londres, de Vienne et de Saint-Pétersbourg.

Ecouter :
– BOUHET Patrick : La Campagne de Prusse en 1806, Conférence de l’INSERM, avril 2013, présentation : Laurent Henninger
(disponible sur YouTube)