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15 novembre 1976 : Disparition de Jean Gabin

« Attention aux roches, et surtout, attention aux mirages ! Le Yang-tsé-Kiang n’est pas un fleuve, c’est une avenue. Une avenue de 5 000 km qui dégringole du Tibet pour finir dans la mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans de chaque côté. Puis au milieu, il y a des… des tourbillons d’îles flottantes avec des orchidées hautes comme des arbres. Le Yang-tsé-Kiang, camarade, c’est des millions de mètres cubes d’or et de fleurs qui descendent vers Nankin, puis avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter, l’alcool de riz, les religions… les garces et l’opium… »

– Né en 1904 à Paris, fils d’un cafetier et chanteur d’opérette et d’une chanteuse de café-concert, Jean-Alexis Moncorgé perd sa mère très vite. Mauvais élève à Janson-de-Sailly, il exerce d’abord divers petits métiers (ouvrier, garçon de bureau, conducteur de locomotive), avant de gagner le music-hall en 1926 et s’y fait remarquer par son talent. C’est là qu’il prend le nom de scène de Jean Gabin.

gabin_les-grandes-familles-1907eda– Dès 1928, Jean Gabin se lance dans le cinéma, d’abord dans des films muets puis dans des seconds rôles. C’est grâce à Julien Duvivier que Jean Gabin connaît la consécration avec « La Bandera » aux côtés de Robert Le Vigan, « La belle équipe » et « Pépé le Moko ». Gabin enchaîne les chefs d’œuvre du cinéma français des années 1930 ; « La grande illusion » de Jean Renoir, « Gueule d’amour » (qui deviendra son surnom), de Jean Grémillon, « Le quai des brumes » (Marcel Carné), « La Bête humaine » (J. Renoir) et « Le jour se lève » (M. Carné).

– En 1940, Jean Gabin refuse de tourner pour les Allemands et part pour les États-Unis. Il tournera « La Péniche d’amour » (A. Mayo), « Remorques » (J. Grémillon) et « L’imposteur » (J. Duvivier). En 1941, Jean Gabin s’engage dans les Forces Navales Françaises Libres. Il sert d’abord sur des navires et dans un sous-marin, avant de gagner le Régiment Blindé des Fusiliers Marins (RBFM) du Capitaine de Vaisseau Maggiar, unité versée au sein de la 2e DB du Général Leclerc. « Plus vieux chef de char » de France à la tête du « Souffleur », Jean Gabin participe à la bataille de Normandie, à la percée des Vosges, à la campagne d’Alsace et à la prise de Berschtesgaden en 1945. C’est aussi pendant la Seconde Guerre mondiale qu’il fait la connaissance de Marlène Dietrich.

– A la fin des années 1940 et jusqu’en 1954, Jean Gabin connaît une traversée du désert qui le fait douter. On le voit dans différents films qui ont moins de succès que dans les années 1930, à l’exception de « La Marie du port » (M. Carné). Néanmoins, il retrouve le succès dans « Touchez pas au grisbi » de Jean Becker, puis avec « Razzia sur la chnouf » (Henri Decoin), « Des gens sans importance » (Henri Verneuil), « La traversée de Paris » (Claude Autant-Lara), « Les Misérables » (J-P. Le Chanois), « Maigret tend un piège » (Jean Delannoy), « Les grandes familles » (Denys de La Patellière), « Archimède le clochard » (Gilles Grangier), « Maigret et l’affaire Saint-Fiacre » (J. Delannoy).

– Les années 1960 sont pour Jean Gabin des années fastes sur le plan cinématographique. A côté des films policiers et des drames, on le voit aussi se produire dans la comédie. On le retrouve donc dans « Les vieux de la vieille » (G. Grangier) aux côtés de Noël-Noël et Pierre Fresnay, « Le Président » (H. Verneuil), « Le cave se rebiffe » (G. Grangier), « Un singe en hiver » (H. Verneuil) aux côtés de l’étoile montante Jean-Paul Belmondo, « Mélodie en sous-sol » (H. Verneuil) avec Alain Delon, « L’âge ingrat » (G. Grangier), « Du rififi à Paname » (D. de La Patellière), « Le Pacha » (Georges Lautner), « Le Tatoué » (D. de La Patellière) où il se trouve concurrencé par Louis de Funès (le tournage sera rendu plus difficile pour cette raison), « Sous le signe du taureau » (G. Grangier) et « Le clan des siciliens » (H. Verneuil), avec Alain Delon et Lino Ventura.

– C’est aussi au début années 1960 qu’il acquiert la propriété de La Pichonnière dans l’Orne où il se mue quelque peu en propriétaire terrien. Mais son achat de terres lui attire quelques soucis avec les habitants de la région. On lui intente même un procès au Tribunal d’Alençon qui devient une fenêtre médiatique aux problèmes des agriculteurs d’alors. Jean Gabin en gardera un souvenir particulièrement douloureux.

– Jean Gabin tourne jusqu’à sa disparition dans les années 1970, dans des rôles beaucoup plus sévères avec « La Horse » (Pierre Granier-Deferre) ; « Le chat » (P. Granier-Deferre) drame dans lequel il incarne un mari vieillissant qui entretient une relation haineuse avec son épouse campée par Simone Signoret ; « Le tueur » (D. de La Patellière), « L’affaire Dominici » (Claude Bernard-Aubert), « Deux hommes dans la ville » (José Giovanni), « Verdict » (André Cayatte) et enfin, sa toute dernière comédie « L’année sainte » (Jean Girault) avec Jean-Claude Brialy.

– Un César d’honneur lui sera décerné à titre posthume en 1987.