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17 octobre 1781 : Victoire de Yorktown

Point culminant de la Guerre d’Indépendance Américaine, la bataille de Yorktown se caractérisa par un siège des forces britanniques de Lord Charles Cornwallis, mené en coopération par l’armée  de George Washington et les Français de Mr. de Rochambeau.

* ISOLER CORNWALLIS

Le 20 mai 1781, après la sa victoire à la Pyrrhus de Guilford Courthouse sur Nathanael Greene, Lord Charles Cornwallis reçoit l’ordre du Général Henry Clinton d’abandonner la Caroline pour se rabattre sur la Virginie. Or, le 24 mai, le Marquis de La Fayette et ses 3 000 Miliciens de Virginie font leur jonction avec Friedrich Wilhelm Freiherr von Steuben (un ancien aide-de-camp de Frédéric II de Prusse passé au service de la France) et Anthony Wayne, avant de talonner Cornwallis sur Williamsburg. Clinton donne alors ordres et contre-ordres à Cornwallis qui doit finalement se replier sur Yorktown et s’y fortifier.
Pendant ce temps, le Général Jean Baptiste de Vimeur de Rochambeau rassemble ses forces et vient à la rencontre de George Washington au nord de New York. Washington envisage d’abord d’attaquer New York mais Rochambeau lui indique que la flotte de l’Amiral de Grasse vogue vers la Virginie depuis les Antilles. Il suffit donc de maintenir New York isolée, tout en forçant Cornwallis à capituler par un siège terrestre et maritime.

** MARCHE SUR LA VIRGINIE

Washington et Rochambeau disposent maintenant de 7 000 hommes (4 000 Français et 3 000 Américains). Partant de Newport (Rhode Island), ils avancent sur la Virginie sous le couver de l’Hudson Valley. Washigton a aussi le réflexe de maintenir des troupes dans le secteur de New York afin de convaincre Clinton que l’attaque franco-américaine aura bien lieu dans ce secteur. Au début du mois de septembre, Washington et Rochambeau passent Philadelphie. A noter que les soldats américains font savoir qu’ils ne quitteront pas Philadelphie sans avoir reçu leur paie, ce que le Congrès leur accorde immédiatement.

Le 5 septembre, autre bonne nouvelle pour Français et Américains, l’Amiral de Grasse a repoussé la flotte de Thomas Graves à Cheasapeake Bay et entreprend le débarquement de forces terrestres. Le 14 octobre, Washington arrive à Williamsburg et fait sa jonction avec La Fayette, Wayne et von Steuben. Cornwallis qui n’a pas bougé est totalement isolé dans Yorktown qu’il a fortifié avec des redoutes délimitées renforcées de larges pieux de bois. Le siège commence réellement lorsque Français et Américains quittent Williamsburg et se déploient autour de Yorktown à partir du 28 septembre.

*** FORCES EN PRÉSENCE

Lord Cornwallis dispose de 8 300 hommes répartis comme suite : 6 000 Britanniques issus unités de quartier-général (17th Light Dragoons et Marines), l’Artillerie (Royal Artillery Regiment), la 1st Brigade de John Yorke ( Bataillons des 17th, 23th, 33rd et 71st Foot Regimenrts), la 2st Brigade de Thomas Dundas (43rd, 76th et 80th Foots), la Light Infantry Brigade de Robert Abercombrie (38th et 82nd Foot, ainsi qu’une compagnie de plusieurs Regiments différents), ainsi que la Foot Guard Brigade de Charles O’Hara (1st, 2nd et 3rd Foot Guards). Cornwallis peut aussi compter sur un peu plus de 1 500 soldats Hessois et Hanovriens des Ansbach-Bayreuth et Hesse-Kassel Contingents (Colonels/Oberste August von Voigt et Mathaus von Fuchs), ainsi que sur les Loyalists (Queen’s Rangers, British Legion et North Carolina Volunteers).

De leur côté, les Franco-Américains disposent d’une écrasante supériorité numérique : 18 300 fantassins, cavaliers et artilleurs (9 500 Américains pour 8 800 Français) auxquels il faut ajouter les 15 000 marins de l’Amiral de Grasse servant sur 29 vaisseaux.
Washington aligne trois divisions commandées par Benjamin Lincoln (Brigades de James Clinton et d’E. Dayton), La Fayette (Brigades de P. Muhlenberg et de M. Hazen ) et von Steuben (Brigades d’A. Wayne et de M. Gist), la Légion d’Armand Tuffin de la Rouërie (ce dernier étant arrivée en Amérique avant La Fayette), la Milice de Virginie de Thomas Nelson (Brigades de  G. Weedon, R. Lawson et E. Stevens), ainsi que de l’artillerie commandée par Henry Knox.

Du côté français, le Comte de Rochambeau commande à la Légion des Volontaires étrangers de Lauzun (Armand-Louis de Gontaut-Biron Duc de Lauzun) qui forme la Cavalerie (Hussards), ainsi qu’à deux divisions d’infanterie : La Division du Baron de Viomenil, qui incorpore la Brigade du Soissonnais (Marquis de Saint-Maime  Régiments du Soissonnais et de Saintonge) et la Brigade du Bourbonnais (Marquis de Laval  Régiments du Bourbonnais et Royal-Deux Ponts). Le Division du Marquis de Saint-Simon compte la Brigade de l’Agénois (Marquis d’Audechamp   Régiments de l’Agénois et du Gâtinais) et la Brigade de Touraine (Vicomte de Pondeux  Régiments de Touraine et de Port-au-Prince). Un détachement français commandé par le Marquis Claude de Choisy est présent à Cloucester Point (sur l’autre rive de l’York River), en partie tenu par Banastre Tarleton. Enfin, l’Artillerie est placée sous les ordres du Comte François d’Aboville, avec les Régiments d’Auxonne et de Metz.

Du point de vue de la disposition des forces (voir carte ci-dessous), Washington a placé ses forces en arc de cercle à l’est et au sud-est de Yorktown, pendant que Rochambeau fait de même à l’ouest et au sud-ouest. Washington a notamment placé l’artillerie de Knox juste à la droite de celle de d’Aboville, formant ainsi un centre fortement doté en bouches-à-feu.

**** LA BATAILLE

Le 29 septembre, Washington lance son infanterie afin de resserrer l’étau dans exerçant une pression avec son infanterie. Mais celle-ci est arrêtée par les canons de Cornwallis. Durant la journée, d’autres échanges de tirs se produisent entre les fusiliers américains et les Jäger Hessois de von Voigt. Toutefois, Cornwallis fait abandonner ses défenses les plus avancées pour resserrer son dispositif car Henry Clinton lui a promis 5 000 hommes en renfort. Pendant ce temps, Washington ordonne à ses sapeurs de creuser une tranchée parallèle aux lignes anglaises entres les abords de Yorktown et de l’York River.

Le 30 septembre, la Division de Viomenil s’en prend à une importante redoute tenue par les Foot Regiments et les Foot Guards. Le combat dure deux heures mais le 1er octobre, les Français découvrent que les positions ennemies sont abandonnées. Le 2 octobre, profitant que les franco-américains opèrent des travaux de réaménagement de leurs positions, Cornwallis fait donner son artillerie contre les lignes adverses. Toutefois, les pertes franco-américaines sont modérées.

Le 3 octobre, Banastre Tarleton, tente de forcer le passage à Gloucester Point, contre Lauzun et le Marquis de Choisy mais cet assaut est repoussé avec l’aide des Miliciens de Virginie de John Mercer. Le 5, Washington est informé que ses Sapeurs ont presque achevé leur besogne de creusement. La tranchée en question mesurant 1 800 mètres environ.
Washington et Rochambeau prévoient que les Français lancent une attaque de diversion mais les Britanniques sont avertis du projet ennemi grâce à un déserteur français.

Le 9 octobre à 03h00 du matin, les canons terrestres et navals français ouvrent le feu sur les positions britanniques. Washington allume la première mèche à poudre américaine. L’idée de faire tirer les canons durant les nuit est celle du commandant américain qui souhaite désorienter les Anglais. Pendant ce temps, plusieurs navires britanniques tentent de forcer le barrage de l’Amiral de Grasse mais sans réel succès. Les bombardements se poursuivent le 10 et le 11, Washington ordonne à ses sapeurs de creuser une autre tranchée parallèle aux lignes anglaises et distantes de seulement 370 mètres.

Le 14 octobre, l’assaut franco-américain démarre par une approche nocturne au plus près des lignes britanniques. Les combats pour les redoutes 9 et 10 sont particulièrement acharnés. Le Régiment Royal Deux-Ponts commandé par Wilhelm von Zweibrücken, avec 400 réguliers français, enlève de haute-lutte la redoute 9 tenue par 400 hommes des Foot Regiments.

A 06h30, les Américains de La Fayette avancent sur la redoute 10 commandée par Campbell, qu’ils enlèvent à la baïonnette. Toute la garnison de la redoute finit par se rendre. 9 Américains seulement ont été tués.

Le 15 octobre, Cornwallis ordonne à Abercombrie de lancer une contre-attaque avec 350 hommes dans le secteur des redoutes 9 et 10. En chargeant bravement, les Anglais parviennent à capturer six canons, avant de se replier suite à une contre-attaque française.

Le 16, Lord Cornwallis envisage de faire évacuer ses 6 000 soldats sur Gloucester Point en franchissant le bras de l’York River. De là, il espère regrouper ses forces avec celles de Tarleton et forcer les lignes de Lauzun et de Choisy. Malheureusement pour le général britannique, la capacité de nuisance des navires de Grasse rend son projet impossible.

***** REDDITION ANGLAISE

Le 17 octobre, constatant qu’il n’a aucune possibilité de sortir du piège de Yorktown, Lord Cornwallis décide de capituler devant Washington et Rochambeau. Les négociations commencent dans la propriété de Moore House entre Thomas Dundas et Alexander Ross (commandant du 45th Foot Regiment) pour les Britanniques, le Lt.Col. John Laurens pour les Américains et Louis Marc de Noailles (lieutenant de La Fayette) pour les Français.

La capitulation est signée le 19 octobre entre Washington pour les Américains, Rochambeau et Jacques-Melchior de Barras pour la France. Cornwallis et Thomas Symonds signant pour l’Angleterre.

La victoire de Yorktown va permettre l’ouverture des négociations de Paris qui concrétiseront l’indépendance des États-Unis.

Lire :
CAILLOT Bernard : La Guerre d’Indépendance Américaine Prototype des guerres de libération nationale ?, L’Harmattan
PETITFILS Jean-Christian : Louis XVI, Perrin