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17 octobre 1982 : Mort du Général Antoine Béthouart

Né en 1889 à Dole dans le Jura, fils d’un commissaire aux hypothèques, Antoine Béthouart entre à l’Ecole de Saint-Cyr en 1909. Il a notamment comme camarades de promotion un certain Charles de Gaulle et Alphonse Juin.

Gal_Bethouard_4121– Sorti de Saint-Cyr en 1912 au sein de la Promotion « du Fez », il est versé au 152e Régiment d’Infanterie basé dans les Vosges. D’abord chef de section en août 1914, il combat successivement en Alsace-Lorraine, à Verdun, sur la Somme, au Chemin-des-Dames, dans les Flandres (Mont-Kemmel) et termine la Grande Guerre avec le grade de Capitaine. Ses qualités de chef lui ont valu la Croix de Guerre, trois citations,  la Légion d’Honneur et trois blessures.

– En convalescence à la fin de 1918, il est ensuite envoyé en mission auprès de la toute jeune armée finlandaise. Breveté de l’École de Guerre en 1922, il sert à l’état-major du XIIe Corps d’Armée avant d’être affecté au 6e Bataillon de Chasseurs Alpins basé à Villefranche-sur-Saône (1924). Promu chef de Bataillon en 1928, il est envoyé au Royaume de Yougoslavie en tant qu’attaché militaire. Il y reste jusqu’en 1938.

– Après avoir été promu Lieutenant-Colonel, Antoine Béthouart prend le commandement de la 5e Demi-Brigade de Chasseurs Alpins basée d’abord à Chambéry et transférée ensuite sur la Ligne Maginot. En 1939, il prend le commandement de la Brigade de Haute-Montagne qui doit d’abord partir en Finlande afin de prêter main-forte à la petite armée du Maréchal von Mannerheim qui résiste très bien à l’Armée Rouge (rappelons qu’à l’époque Staline est allié de Hitler suite à la signature du Pacte de non-agression de septembre 1939). Mais en avril 1940, un nouvel ordre parvient à Béthouart ; il doit expédier son unité en Norvège car les Allemands ont agressé ce pays jusque-là neutre. Un corps expéditionnaire franco-britannique est alors formé, afin de couper la route du fer à Hitler.

– Antoine Béthouart, promu pour la circonstance Général de Brigade commande le Corps Expéditionnaire français formé des 6e et 27e Demi-Brigades de Chasseurs Alpins, de la 13e Demi-Brigade de la Légion étrangère de Ralph Monclar et de la 14e Compagnie antichar divisionnaire.
L’embarquement a lieu le 12 avril 1940 et le Corps Expéditionnaire arrive en vue des côtes norvégiennes les 19-20 avril. L’objectif de Béthouart est le port de Narvik, point de départ des convois de minerais. En coopération avec les Britanniques, les Polonais de la Brigade de Zygmunt Bohusz-Szysko et les forces norvégiennes, le Corps Expéditionnaire français combat avec succès contre les Fallschirmjäger (parachutistes) et Alpen-Jäger (troupes de montagne) d’Eduard Dietl. Béthouart s’empare successivement de Namsos, Bjervik et Narvik. Le 28 mai 1940, les forces de Dietl sont repoussées sur la frontière suédoise.
Antoine Béthouart vient alors de remporter l’unique victoire française du printemps 1940.

– Le 7 juin 1940, après avoir été rappelé en urgence en France par le Commandement, Béthouart évacue ses forces sans pertes. Narvik doit malheureusement être abandonnée.
Le Corps Expéditionnaire français en Norvège accoste ensuite en Angleterre. La majorité des hommes choisissent de retourner en France et Béthouart les suit.

– De 1940 à 1942, Antoine Béthouart reste légaliste vis-à-vis du Maréchal Pétain mais attend le moment de reprendre le combat. Affecté au Maroc en juillet 1940, il Commande la Subdivision de Rabat avant d’être nommé Président de la Commission d’Armistice de Casablanca. Le Protectorat du Maroc est alors administré par le Résident Charles Noguès. Avant l’Opération Torch, le Général Béthouart participe aux préparatifs du débarquement allié. Lorsque les Américains de Clark débarquent au Maroc, Béthouart tente en vain de convaincre Noguès de se rallier aux Alliés et est incarcéré à Meknès.

– Libéré quatre jours plus tard, Antoine Béthouart est promu Général de Division par Giraud et prend la tête de la Mission Militaire Française à Washington, en charge de négocier le rééquipement de l’Armée d’Afrique avec le Commandement américain, qui il faut le dire, se montre d’abord réticent. Il s’implique aussi dans la fusion, souvent houleuse, entre l’Armée d’Afrique restée jusque-là fidèle à Vichy et les FFL.
En 1943-1944, membre de l’État-major de la Défense Nationale à Alger, Béthouart est promu au grade de général de Corps d’Armée et doit accompagne de Gaulle dans plusieurs voyages, dont notamment celui en Normandie (juin 1944).

En août 1944, Antoine Béthouart prend le commandement du Ier Corps d’Armée français, pièce majeure de la Ire Armée Français du Général de Lattre de Tassigny. Après la libération de la Provence et la remontée de la Vallée du Rhône, le Ier Corps d’Armée français participe à la trouée de Belfort. Le Ier CA comprend alors la 3e Division d’Infanterie Algérienne (Augustin Guillaume), la 9e Division d’Infanterie Coloniale (Joseph Magnan), la 5e Division Blindée (de Vernejoul), le Groupement de Tabors Marocains (GTM – Hogard), ainsi les unités de choc du Colonel Fernand Gambiez (Commandos d’Afrique, Bataillon de Choc, Commando Jeanson-de-Sailly et Corps Franc Pommiès).

– En novembre 1944, Béthouart mène son Ier Corps dans les combats au sud des Vosges (3e DIA et unités de choc) contre la 19. Armee allemande de Friedrich Wiese (Oderen, Le Thillot – Château-Lamber et la Crête des Vosges). Ces opérations sont en fait effectuées pour retenir les Allemands, car du 14 au 18 novembre, la 5e DB et la 9e DIC réussissent la trouée de Belfort qui libère Héricourt, Montbéliard et Belfort. Fort de ce succès, Béthouart peut ensuite annoncer à de Lattre que Mulhouse peut-être libérée, ce qui est fait le 19. Cela permet aussi aux Français de mettre le pied sur le Rhin.

– Le Ier Corps d’Amée participe activement à la Campagne d’Alsace de 1944-1945, avec la 2nde Division d’Infanterie Marocaine (Carpentier), la 9e DIC, la 4e Division Marocaine de Montagne (Navereau) et la 1re Division Blindée (Touzet du Vigier). Béthouart lance ses hommes à l’attaque le 20 janvier 1945 dans un temps épouvantable, au milieu d’un terrain peu manœuvrable car parsemé de bois, de terrils et de villages, et face à des Allemands particulièrement combatifs. Finalement, au début de février, Béthouart réussit à nettoyer toutes les zones de résistance allemande comprises entre le massif vosgien et le canal Rhin-Rhône.

– Le 16 avril 1945, le Ier Corps d’Armée français passe le Rhin et se rue sur la Forêt Noire. Les Français s’enfoncent alors jusqu’au Danube qui est atteint le 21 avril. Les anciens maquisards, métropolitains et africains du Ier CA cessent tout combat le 6 mai en Autriche, sur les pentes de l’Arlberg.

– Après avoir reçu ses cinq étoiles de Général d’armée, Antoine Béthouart est nommé Haut-Commissaire en Autriche et se charge de l’administration d’occupation dans ce pays.

– Il quitte l’Armée en 1950 et se lance dans une carrière politique et notamment de Sénateur des Français de l’étranger, mandat qu’il conserve jusqu’en 1957. Quittant la politique, il s’adonne à des activités d’ordre littéraire et associatif.

– Il décède le 17 octobre 1982 à Fréjus.

Lire :
– MASSON Philippe : Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale, Tome 1, Larousse, Paris
– BERNARD Vincent : La bataille des Vosges, in Ligne de Front, N°45, Sept-Oct. 2013
– http://www.ordredelaliberation.fr