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19 mai 1643 : Victoire de Rocroi

Alors que la Guerre de Trente Ans entre dans sa dernière phase, l’Armée Espagnole du Roi Philippe IV part des Pays-Bas pour marcher sur Paris en descendant la vallée de l’Oise. Elle vint donc assiéger la petite citadelle de Rocroi (Comté de Sedan, aujourd’hui département des Ardennes). Peu avant de rendre l’âme, Louis XIII fit lever en toute hâte l’Armée de Picardie dont il confia le commandement à son jeune cousin Louis II de Bourbon Prince de Condé et Duc d’Enghien.
Le 18 mai 1643, alors que le Royaume de France pleure Louis XIII,
les deux armées se
rencontrent au pied de la citadelle de Rocroi.

– La disposition des deux armées se ressemble, canons et fantassins au centre et cavalerie sur les ailes.  Côté espagnol, le centre commandé par le Comte de Fuentes (Fontaine) âgé de quatre-vingt-trois ans (on doit le porter sur un fauteuil), épaulé par Antonio de Quevado aligne les redoutables Tercios espagnols, italiens, allemands, wallons et même un bourguignon (celui du Comte de SaintAmour), pendant que le Comte von Istenburg tient l’aile droite espagnole avec les cavaliers wallons et Allemands de Bucquoy, ainsi que ceux des régiments Espagnols, Croates et Polonais de Jacinto de Vera. Enfin, l’aile gauche (cavalerie) est aux ordres de Don Francisco de Cueva de Albuquerque avec les sections espagnoles, italiennes et wallonnes de Pérez de Vivero et Villamor.

– Côté français, le jeune Prince de Condé a placé au centre l’Armée de Picardie de Roger de Bossost Seigneur d’Espenan (assisté de La Vallière), avec entre autres, les Régiments de Picardie, du Piémont, de la Marine, de Rambures, Bussy et Guiche, les Écossais de la Maison du Roy, ainsi que les Suisses de Watterville, von Roll et Molondin. La réserve est commandée par Claude de Lotouf Baron de Sirot avec la Gendarmerie Royale, les Miliciens Royaux et le Régiment de Sirot. Mais ce sont les ailes de cavalerie qui sont la force du dispositif français. L’aile droite française avec Condé et Gassion, fait face à Albuquerque avec une partie de l’élite de la cavalerie royale ; Chevau-légers (Cavalerie lourde), Régiment des Gardes, ainsi que les Mercenaires croates (Escadron de Raab) et Hongrois (Escadron de Chack). L’aile gauche est commandée par Henri de Saint-Nectaire Marquis de La Ferté-Senneterre (Infanterie) et par François de l’Hospital Seigneur du Hallier (cavalerie). Mais il faut dire que La Ferté-Senneterre voue une jalousie viscérale envers les autres commandants de l’Armée royale, ce qui pèsera lourdement sur le déroulement de la bataille.

Louis II de Bourbon Prince de Condé et Duc d’Enghien

– Le Prince de Condé sait que son infanterie est inférieure au Tercios, c’est pour cela qu’il mise sur sa cavalerie pour emporter la décision. Il est aidé en cela par son second, Jean Comte de Gassion, l’un des plus remarquables militaires français de son temps. Ancien capitaine du Duc de Rohan pendant la guerre qui opposa Louis XIII au Parti Protestant, Gassion  est passé un temps au service de la Suède et a rapporté les méthodes de combat équestres de Gustave-Adolphe, qu’il a pu appliquer à la cavalerie de Louis XIII après l’édiction par le Cardinal de Richelieu de l’Ordonnance de 1635. Celle-ci  renforce considérablement l’organisation et la discipline au sein de l’arme.

– Précision ; les Régiments étaient les unités administratives (levés aux frais de son Colonel ou par Province) et comptent un nombre d’hommes assez important mais inégal ; soit de 1 000 à 6 000 hommes. Tout dépend aussi du type d’unité. Reste que l’unité tactique de l’Armée de Louis XIII est le Bataillon (scindé en plusieurs compagnies à l’effectif variant de 50 à 200 soldats) qui est formé à partir des Régiments. Par exemple à Rocroi vingt-deux Régiments de l’Armée du Prince de Condé forment dix-huit Bataillons tandis que les quatre autres sont créés en scindant deux régiments de moitié.

Jean Comte de Gassion

– Les combats débutent le 18 mai. Le Prince de Condé joue d’abord de prudence et n’engage que des escarmouches contre les Tercios, sans grands résultats.
Le 19 mai, La Ferté engage le combat et lance son infanterie contre les Tercios. Mais l’assaut est mal mené et repoussé. La Ferté est d’ailleurs blessé et pris, L’Hospital le remplaçant au pied-levé. Fontaine lance alors son assaut contre l’Armée de Picardie d’Espenan et réussit même à s’emparer de canons français. L’infanterie française résiste bravement mais se fait sévèrement malmener par les Tercios. Il faut que Sirot fasse donner sa réserve pour rétablir la situation.

– Mais Condé choisit de ne pas laisser l’initiative à l’ennemi. Il ordonne au Maréchal de L’Hospital de lancer sa cavalerie contre Francisco de Melo. Une fois de plus, la charge française tourne vite à la confusion.
Cependant, sur l’aile droite, Gassion lance sa cavalerie d’élite contre Albuquerque sur deux axes d’attaque. L’Espagnol reçoit tout le choc et se voit rapidement empêché de manœuvrer. Louis de Bourbon-Condé profite immédiatement de cet avantage et par un vaste mouvement tournant – qu’il dirige lui-même courageusement – s’en va tourner l’arrière des positions espagnoles pour prendre la cavalerie de Francisco de Melo à revers, permettant ainsi à L’Hospital de réorganiser ses troupes. Quelque peu à l’image de Paul Emile et Varon face à Hannibal à Cannes, les Tercios de Fuentes se retrouvent alors pris entre l’infanterie et la cavalerie françaises. Francisco de Melo décide alors de regrouper ses Tercios autour de ses canons en une redoutable masse de piques et d’arquebuses. Mais il ne peut pas manœuvrer !

– Condé fait donner son artillerie qui s’en donne à cœur-joie sur la masse hispano-germano-italienne et lance alors L’Hospital et les fantassins d’Espenan dans trois furieux assauts qui se révèlent infructueux. Mais le temps joue en faveur du Duc d’Enghien qui doit juste attendre que Gassion achève de disperser la cavalerie d’Alburquerque. Le vaillant Maréchal ayant rejoint son Prince, l’Armée Royale peut lancer un quatrième et dernier assaut qui met fin à la résistance espagnole.

– Dès que les armes se taisent, le Prince de Condé ivre de joie de sa première grande victoire, se précipite vers le Maréchal de Gassion qu’il étreint d’une chaleureuse accolade et lui dit : « Mon Ami, c’est à vous que nous devons cette victoire ! »
Si les Français ont perdu beaucoup d’hommes, l’Armée Espagnole est décimée et doit laisser 8 000 morts dans les champs, dont le vieux Comte de Fuentes.
Rocroi marque ainsi la fin des Tercios espagnols dans les guerres européennes et le début de la suprématie militaire française en Europe.

Sources :
– JOHNSON Curt : Early Modern Warfare Society, déc. 2007, http://xenophongroup.com
– BOGDAN Henry : La Guerre de Trente Ans, Perrin
– BERTIERE Simone : Condé, le héros fourvoyé, Perrin