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1944 : Opération « Brassard » ; prise de l’Île d’Elbe par les troupes françaises

A côté du Jour-J en Normandie et du Débarquement de Provence, la prise de l’Île d’Elbe par les Commandos de Choc, les Tirailleurs et les Thabors passe complètement inaperçue. Pourtant, les combats qui y ont été menés ont été brefs mais particulièrement acharnés. Retour donc, sur une opération amphibie presque oubliée mais où l’Armée française de la Libération a pu démontrer son savoir faire.
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1 – PRÉPARATIFS

– Située entre la Corse et la côte italienne, longue d’un peu plus de 20 km d’est en ouest, l’Île d’Elbe est encore tenue par une garnison de 3 000 soldats allemands commandés par le Général Gall. L’Île se caractérise par une côte découpée et un relief particulièrement abrupt. Si la hauteur des massifs situés dans sa partie culminent entre 410 et 510 mètres, la partie ouest est plus élevée avec le Monte Campanne qui atteint 1 018 mètres. Les principaux ports sont Marina del Campo au sud, Proteferraio au nord et Porto Azzurro à l’est. Enfin, autre caractéristiqueimportante de l’Île, son littoral offre des eaux peu profondes qui ne permettent pas d’y faire croiser des navires lourds du type cuirassés, croiseurs et destroyers.

– Les troupes allemandes disposent de six batteries de canons de 155 mm (soit une bonne vingtaine de pièces) et une quarantaine de pièces de calibres moindres, disposées à proximité des secteurs les plus propices à un débarquement. Bien dissimulés dans le relief escarpé, ces canons peuvent offrir une menace contre des navires pouvant croiser dans le canal de Piombino qui sépare l’Île du littoral toscan. Gall a aussi pris soin de garnir les abords maritimes de l’Île d’Elbe de champs de mines marines qui interdisent l’accès à la côte par navires légers. Le seul point de passage ouvert se situe en face de Marina del Campo car c’est par là que transitent les vedettes et navires de ravitaillement de la Kriegsmarine. C’est donc par là que la principale force de débarquement accostera pour conquérir l’intérieur de l’Île.
Le Generalfeldmarschall Albert Kesselring, commandant du Groupe d’Armées G (Heeres-Gruppe G qui couvre toute l’Italie) a donné ordre à Gall de « défendre l’Île d’Elbe jusqu’à la dernière cartouche ». Le 14 juin, il lui envoie des renforts par navires depuis Pianosa. En toute et pour tout, Gall peut compter sur les 2 Infanterie-Abteilungen (bataillons d’Infanterie) du Grenadier-Regiment 902 et sur une soixantaine de canons. Côte britannique, le renseignement transmet au Rear-Admiral Troubridge des informations parcellaires faisant état de 800 hommes, en majorité des Polonais sans grande motivation.
cartina_isola– Mais voyons plus attentivement les préparatifs du côté allié. Tout d’abord, sur proposition du General Harold Alexander commandant du XVth Army Group en Italie,  le débarquement devait d’abord lieu le 15 mai en parallèle de l’Opération « Diadem » contre les défenses du Monte Cassino. Mais en raison du manque de soutien aérien et pour laisser les Français s’entraîner davantage à la prise de l’Île. Au départ il était convenu que les Britanniques piloteraient l’opération mais suite à des tractations entre le CFLN d’Alger l’AFHQ, le commandement de la conquête de l’Île d’Elbe revient au Général Jean de Lattre de Tassigny, flanqué tout de même du Rear-Admiral britannique Thomas Hope Troubridge pour la phase navale. L’Opération est baptisée « Brassard ».

– Pour s’emparer de l’Île d’Elbe, l’Allied Forces Headquarters (Quartier Général des Forces Alliées en Méditerranée) que commande le General Henry Wilson décide de mettre sur pied la « Force 225 ». Sa composante terrestre est exclusivement formée par des troupes françaises (métropolitains et africains) du Ier Corps d’Armée du Général Henry Martin. Martin ponctionne alors les 4e et 13e Régiments de Tirailleurs Sénégalais (RTS) à la 9e Division d’Infanterie Coloniale du Général Magnan, en lui adjoignant les Goumiers du 2nd Groupement de Tabors Marocains (GTM) du Colonel Pierre Boyer de Latour (1er, 6e et 15e Tabors), ainsi que le 1er Bataillon de Choc du Colonel Gambiez et les Commandos d’Afrique du Lieutenant-Colonel Georges-Régis Bouvet. Ce sont donc 12 000 hommes, 200 mulets et 600 véhicules qui sont rassemblés en Corse.

– La mission de sécurisation de la côte revient au 1er Bataillon de Choc et aux Commandos d’Afrique qui doivent neutraliser de nuit les différentes batteries côtières, localisées par des reconnaissances aériennes préalables, au nord-ouest et au sud-ouest du littoral, tout en faisant croire à Gall que le débarquement principal se produira au nord dans le secteur de Porto Ferraio. Le matin du 16, les Tirailleurs Sénégalais et les Tabors débarqueront sur six plages pour se lancer à la conquête de l’Île en fonçant sur les routes pour prendre les principaux centres urbains par voie terrestre.  Ainsi le 13e RTS du Colonel Chrétien doit remonter sur Porto Ferraio, pendant que sur sa droite le 4e RTS du Colonel Cariou doit se porter plein est et atteindre le Monte Puccio. Enfin, le 2nd GTM doit faire de même en longeant la côte pour atteintre Porto Longone via Lido, pendant que plusieurs Tabors bifurqueront au sud-est vers la Punta dei Ripalti.

Général Henry Martin

Général Henry Martin

– Côté naval, le Rear-Admiral Troubridge constitue la « Hedgehogs Force » (220 navires) avec 3 groupes chargés du débarquement amphibie : le Groupe 1, formé par des PT Boats et des vedettes lance-torpilles doit acheminer les commandos sur la rive nord de l’Île pour neutraliser les différentes batteries de canons ; le Groupe 2 avec 5 Landing Craft Infantry (LCI) et 8 Landing Craft Assault (LCA) doit accoster sur quatre plages de la rive sud ; enfin, le Groupe 3 avec 4 Landing Ship Tank (LST) doit accoster sur les plages « Kodak Amber » et « Kodak Green » au sud pour préparer l’arriver de 28 LCI transportant les Tirailleurs Sénégalais et les 40 Landing Craft Tank (LCT) qui acheminent l’équipement lourd (canons, véhicules, ambulances…). L’appui feu est fourni par les deux canonières légères HMS « Aphis » et « Cockchafer ».

– Enfin, l’appui aérien est fourni par les Américains (Air Colonel Darcy) avec le 87th Fighter Wing ponctionné au 57th Fighter Group et basé à Vescovato en Corse.

Pierre Boyer de Latour félicitant un Goumier

Pierre Boyer de Latour félicitant un Goumier

2 – LE DEBARQUEMENT

Le 16 juin à 23h00, les 220 navires de la « Hedgehogs Force » larguent les amares de Bastia et voguent vers l’Île d’Elbe. La traversée se passe très bien et les vedettes rapides du Groupe 1 débarquent les « Chocs » du Colonel Gambiez et les Commandos d’Afrique sur leurs objectifs. Très bien entraînés, les hommes du 1er BC surprennent totalement les Allemands et neutralisent plusieurs batteries les unes à la suite des autres en les prenant à revers. Cette partie de leurs mission accomplie, ils s’emploient à semer la confusion dans les lignes allemandes en menant des actions localisées contre des postes de commandements, sur les lignes de communications et contre les dépôts de munitions et de matériels.
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– Le 17 juin à 04h00 du matin, la composante principale de la « Hedgehogs » se présente devant la Baie de Marina del Campo. Les pièces d’artillerie d’appui et les lance-roquettes installés dans des LCT font feu contre les positions allemandes.  Vers 05h00, les LCI et LCA transportant les 4e et 13e RTS approchent des plages bordant la partie ouest de la baie. Mais les Allemands riposent vigoureusement à l’aide de mitrailleuses et de canons légers. 2 LCA et 2 LCI son bientôt incendiés causant des victimes. Les 2 Régiments de Sénégalais réussissent tout de même à débarquer mais ils sont cloués au sol durant plus de cinq heures par un feu nourri. D’autres Tirailleurs sautent sur des mines qui fnt aussi des trous dans les effectif. Il faut alors toute la détermination et le sens de l’initiative de sous-officiers et d’officiers pour que les Tirailleurs progressent contre les défenses allemandes et se frayer un passage dans les barbelés à coup de cisailles et de torpilles bangalores. Passée la première ligne de défense, les Tirailleurs montent à l’assaut du pourtour montagneux qu’ils dégagent définitivement à 16h00.

Plus à l’est, le 2e GTM de Boyer de Latour réussit à débarquer dans de meilleures conditions et fonce vers Porto Longone. Durant le reste de la journée, les Français peuvent faire débarquer leur artillerie d’appui et le matérieu motorisé.

Le 18 juin, la conquête reprend avec un appui de canons et l’intervenion des appareils du 87th Fighter Wing et les Tirailleurs font leur jonction avec les « Chocs » et les Commandos d’Afrique. Le 13e RTS s’empare de Porto Ferraio en combattant durement durant la journée. Il doit même utiliser des lance-flammes pour liquider plusieurs points de résistance. Simultanément, le 4e RTS s’empare de la Villa Napoléon (là où résidait l’Empereur avant les Cent Jours) et l’un de ses officiers inscrit « La France » sur le Livre d’Or de la résidence. Fonçant ensuite plein est, les hommes du Colonel Cariou doivent néanmoins combattre durement contre des éléments du Grenadier-Regiment 902 qui s’accrochent au Monte Puccio. Il faut alors l’intervention des Goumiers et des Commandos d’Afrique qui contournent l’éminence pour forcer les Allemandsà la reddition. Enfin, le 2nd GTM remplit pleinement sa mission et atteint Porto Longone. Les défenseurs sont forcés à cesser le combat le lendamain. Seule déception, les Français ne mettent pas la main sur le Generalmajor Gall qui réussit à quitter l’Île d’Elbe dans un sous-marin.
Les Français ont perdu 201 tués dont 20 officiers (ce qui est particulièrement important en proportion), 635 blessés et 51 disparus. Côté allemand, plusieurs centaines de tués sont à déplorer et 1 995 hommes se sont rendus.
Cette victoire française sera saluée par le journal américain « Stars and Stripes » et servira de répétition au Débarquement de Provence planifié pour le mois d’août.

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Source :
http://www.rhin-et-danube.fr