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1945 : les canons du « Richelieu » tonnent en Extrême-Orient


1 – NAISSANCE DU « CARDINAL »

– Durant les années 1930, les ambitions navales de Mussolini en Méditerranée amènent la Regia Marina (Marine Royale italienne) à se doter de nouveaux navires suivant les 70 000 tonnes permises par le Traité naval de Washington (1922). La Regia Marina veut aussi apporter la réponse au lancement aux deux cuirassés de la classe « Dunkerque » (« Dunkerque » et « Strasbourg »), comptant parmi les vaisseaux les plus performants de cette époque. Du coup, en 1934, l’Italie lance la construction de deux navires de 35 000 tonnes, les « Littorio » et « Vittorio Veneto » (classe « Littorio »), voulus rapides (30 nœuds) et bien armés (9 pièces lourdes de 381 mm en tourelles, ainsi que 12 pièces de 152 mm).

Source http://titanne.free.fr/

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– Du coup, le Gouvernement français décide de répondre à la Regia Marina, peu après que l’agence Stefani eut annoncé le lancement des deux vaisseaux de la classe « Littorio ». Le Comité National de la Marine (CNM) demande alors au Service Technique de la Construction navale (STCN) d’étudier la mise en chantier d’un nouveau cuirassé afin de renforcer le dispositif existant.
Le STCN planche alors sur un navire déplaçant 35 000 tonnes (pour 247 m de long et 33 de large), fortement protégé, bien armé et rapide. Six projets sont étudiés mais c’est le Projet N°1 qui est retenu par François Pietri, Ministre de la Marine le 15 avril 1934.
Dérivé des cuirassés « Dunkerque », le Projet N°1 présente une vitesse de 31,5 nœuds, une propulsion de 150 000 ChV mais surtout un armement puissant composé de deux tourelles quadrubles de 380 mm et cinq autres tourelles quadruples de 130 mm. Seulement, le Ministère juge que les canons de 130 offrent une trop faible puissance de feu et souhaite une modification de l’armement secondaire. Par conséquent, le STCN opte pour cinq tourelles triples de 152 mm. Le 15 août 1934, François Pietri avalise la construction de deux nouveaux cuirassés suivant les plans définitifs du Projet N°1. Ils sont baptisés « Richelieu » et « Jean Bart ». Le « Richelieu » doit donc son nom au grand Cardinal-Ministre de Louis XIII qui avait contribué à la fondation de la Marine française.

– La construction du « Richelieu » (identification PT196) est confiée à  l’Arsenal de Brest et démarre le 22 octobre 1935, plus précisément au bassin du Salou. Sauf qu’en raison des difficultés politiques que connaît la IIIe République, les travaux prennent du retard. Comme le bassin du Salou ne mesure que 200 m de long, la partie centrale est assemblée en premier, suivie de la proue et de la poupe.
Grâce aux efforts des ouvriers, le « Richelieu » est mis à flots au début de l’année 1940, après une accélération de sa construction. Le vaisseau mesure 247,8 m de long (soit 39 de plus que le « Dunkerque »), pour un maître-bau de 33 m (largeur) et un tirant d’eau compris entre 9,17 et 11,03 m. Il est propulsé par 4 turbines Parsons alimentées 6 chaudières Indret suralimentées (d’où leur surnom « Sural ») par des petits tubes à vapeur de 27 bar.

– Le commandement est assuré par le Capitaine de Vaisseau Jean Mazrin. Les premiers essais ont lieu dans la Baie de Douarnenez, avant une remise en cale sèche pour compléter l’armement, notamment par l’ajout des pièces de 100 mm et des télémètres. Ensuite, à l’issue de nouveaux essais concluants le « Richelieu » développe une vitesse de 32 nœuds pour un déplacement de 43 800 tonnes et 150 000 ChV de puissance. En puissance forcée (179 000 ChV), le vaisseau peut atteindre 32,6 nœuds pendant 03h30.

2 – DE L’ARMISTICE AUX PREMIÈRES OPÉRATIONS 

– Le 18 juin 1940, alors que la machinerie du vaisseau est toujours en rodage, le Capitaine Mazrin reçoit l’ordre de Darlan de quitter la Bretagne pour Dakar, craignant que les Allemands ne cherchent à s’en emparer. Après avoir échappé aux navires et aux sous-marins de la Kriegsmarine, le « Richelieu » parvient au Sénégal en juillet. Mais le 8 juillet, il est sérieusement endommagé par des torpilles larguées par des Fairley « Swordfish ». En revanche, après que l’équipage eut colmaté ses brèches, le « Richelieu » contribue à mettre en échec la tentative des anglo-gaullistes de s’emparer de Dakar. Le « Cardinal » comme on le surnomme, endommage le HMS « Berham ». Après l’échec de l’Opération « Menace », le « Richelieu » reste à Dakar afin de protéger la colonie.

– Après l’Opération « Torch » et le ralliement de l’AEF aux Alliés, le « Richelieu » reçoit la visite d’une mission militaire américaine de l’US Navy. Suivant les accords entre Français et Américains, le « Richelieu » appareille de Dakar avec le « Montcalm » et arrive à New York le 11 février 1943. Placé en cale sèche au Bassin N°5 du Brooklyn Navy Yard, le vaisseau connaît plusieurs modifications d’importance. Si la majeure partie de la coque a conservé un excellent état, il faut changer plusieurs sections du fond, travail effectué par la Bethleem Steel Corporation. D’autre part, les chaudières sont rebutées, tous les équipements obsolètes remplacées, notamment les câbles électriques. En tout, le navire gagne 3 000 tonne supplémentaires. Enfin, il est équipé d’un système radar, devenu nécessaire sur ces grands vaisseaux.
Après ces modifications, le « Richelieu » connaît plusieurs nouveaux essais et démontre de bonnes performances. Il peut filer à 28,9 nœuds durant deux heures et 31,5 nœuds durant trente minutes.

– Au niveau de l’armement, le navire reçoit plusieurs canons du « Jean Bart ». En revanche, les quinze canons de 152 mm sont maintenus en place. La DCA légère périmée (canons de 37 mm et mitrailleuses de 13,5 mm) avait déjà été débarquée en Afrique, même si les pièces de 100 mm ont été maintenues en place. Les Américains les remplacent alors par l’armement standard des cuirassés de l’US Navy, soit par des affûts quadruples de 20 mm, ainsi que par 50 canons Oerlikon de 20 mm. Enfin, la coque est repeinte avec un camouflage Measure Type 32.

– Le 14 octobre 1943, le « Richelieu » quitte Boston pour Mers el-Kébir afin d’être engagé en Méditerranée. Mais la reddition de la Regia Marina assure aux Anglo-Américains le contrôle définitif de la Méditerranéen. Du coup, les Britanniques demandent que le vaisseau français – qu’ils avaient cherché à neutraliser trois ans auparavant – soit intégré dans la Home Fleet. Le 14 novembre, le navire français est envoyé à Scapa Flow en Ecosse afin de compléter son armement.
En 1944, avec les HMS « Belfast », « Anson », « Nigeria » (croiseurs) et « Furious » (porte-avions), le « Richelieu » participe à l’Opération « Posthorn » contre la Kriegsmarine en Norvège. Mais les Allemands ne tentent rien et maintiennent leurs navires dans le Fjörd.

3 – L’EXTRÊME-ORIENT

– En mars 1944, après deux escales à Rosyth et Scapa Flow, l’équipage du « Richelieu » reçoit l’ordre de gagner l’Extrême-Orient afin de participer aux opérations navales contre la Marine japonaise. Après une escale à Alger et une seconde à Aden (pour résoudre des problèmes de chaudières), le « Richelieu » arrive à Tricomalee (Ceylan) pour être placé sous les ordres de l’Eastern Fleet de l’Admiral James Somerville.
Intégré à la Task Force composée des cuirassés HMS « Valiant » et « Queen Elizabeth », du croiseur de bataille HMS « Renown », du croiseur lourd « London », ainsi que des les porte-avions HMS « Illustrious » et USS « Saratoga », le cuirassé français prend par à l’Opération « Cockpit » contre l’Île de Sabang au large de Sumatra. Le navire se contente de disperser plusieurs appareils nippons à l’aide de ses pièces de DCA

– En mai 1944, intégré à la TF 60, le « Richelieu » prend part à l’Opération « Transom » contre les positions japonaises de Surabaya (Java), puis à l’attaque contre Port Blair dans les Îles Andaman, avec les HMS « Renown », « Nigeria », « Kenya » et « Ceylon ».
En juillet, retrouvant la TF 70, le « Richelieu » participe à l’Opération « Crimson », soit une nouvel attaque contre Sabang (Île de Pulau Weh). Les cuirassés « Valiant » et « Queen Elizabeth », le croiseur lourd « Renown » et les porte-avions « Victorious » et « Illustrious » sont aussi déployées. L’attaque est puissante et cause d’importantes pertes aux Japonais. Le « Richelieu » peut enfin utiliser ses pièces lourdes de 380 mm.

– A la fin 1944, le « Richelieu » est envoyé à Casablanca pour changer ses chaudières et recevoir un système de contre-mesures. Quittant le Maroc en janvier 1945, le cuirassé français retourne à Trincomalee où il arrive en mars.
Du 9 au 20 avril, l’équipage français participe à l’Opération « Sunfish » contre Sabang, avec le « Queen Elizabeth »Du 27 au 29 avril, le « Richelieu » prend activement part à un nouveau bombardement contre les Îles Andaman (TF 64) afin de couvrir les assauts aéroportés de la XIVth Army contre Rangoon (Opération « Dracula »). Le vaisseau bombardement activement Nicobar et Port Blair pour une seconde fois.
Lors de cette phase de la guerre, l’équipage français aura l’honneur de recevoir la visite de Lord Mountbatten.

– Du 15 a au 16 mai, le « Richelieu » est engagé dans l’Opération « Dukedom » afin de neutraliser le croiseur lourd « Haguro ». Pour le coup, les Britanniques engagent aussi le « Queen Elizabeth », ainsi que plusieurs destroyers d’escorte. Le combat a lieu le 16 mai au large de Sumatra. Le « Haguro » parvient à couler un destroyer mais il n’échappe pas aux pièces des navires alliés.

– Après cette dernière opération, le « Richelieu » gagne Durban en Afrique du Sud, avant Diego Suarez pour entretien.
Après la Seconde Guerre mondiale, le « Richelieu » subit un nouveau carénage, avant de mener plusieurs missions en Indochine et au large de l’Afrique, avant d’être ré-équipé de nouvelles pièces d’artillerie à New York. Mais son coût d’entretien se révélant trop élevé au vu des besoins de la Marine Nationale, il sera envoyé à Toulon comme navire amiral du Groupe des Ecoles de la Méditerranée (1952). Il sera désarmé en 1968.
Enfin, on avait prévu de baptiser le premier porte-avion nucléaire français du nom du Cardinal-Ministre. Mais c’est Charles de Gaulle qui fut retenu.

Source :
http://forummarine.forumactif.com/