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1er juillet 1961 : Mort de Louis-Ferdinand Céline

Incontestablement, il reste l’un des (grands) auteurs français dont le style et l’esthétisme n’ont d’égal que la controverse d’ordre politique dont il fait l’objet. Retour donc sur l’un de nos romanciers à la fois adulé et décrié.

Né en 1894 à Courbevoie au sein d’une famille de petits commerçants, Louis-Ferdinand Destouches grandit à Paris. Alors qu’il se prépare à devenir instituteur, ses parents l’envoient en Allemagne (à Diepholz et Karlsruhe) et en Grande-Bretagne pour y apprendre les langues.
Lorsque la Grande Guerre éclate, Louis-Ferdinand Destouches quitte son petit emploi de bijoutier et s’engage dans le 12e Régiment de Cuirassiers. Il combat dans les Flandres avec bravoure, est blessé et reçoit la Croix de Guerre. Ayant de trop graves séquelles pour reprendre le combat en première ligne, il est envoyé à Douala au Cameroun (colonie allemande qui vient de tomber entre les mains de la France) pour y surveiller les plantations.

Rentré en France en 1917, il reprend des études pour se consacrer à la médecine, tout en s’adonnant à la littérature. Brillant, il obtient son baccalauréat et en 1924, soutient sa thèse intitulée : « La Vie et l’Oeuvre de Philippe Ignace Semmelweiss ». Embauché ensuite à la fondation Rockeffeller ) à Genève (où il rencontrera Elizabeth Craig), il effectue ensuite un voyage d’étude aux États-Unis. Visitant alors les usines Ford à Détroit, Louis-Ferdinand Destouches en tire une vision pessimiste de la condition ouvrière. A ses yeux, les ouvriers sont «  tarés physiquement et mentalement […] des déchus de l’existence » et forment « une  main-d’œuvre stable et qui se résigne mieux qu’une autre ».
Louis-Ferdinand Destouches rédige donc son premier écrit en signant du prénom de sa mère ; Céline : L’Église (pièce de théâtre).

L’homme est donc d’un pessimisme noir, né de son expérience des combats de la Grande Guerre. C’est fort de cette expérience qu’il s’emploie à rédiger l’œuvre de sa vie : Voyage au bout de la nuit, où il décrit l’ineptie et l’absurdité de la Grande Guerre, en se mettant lui-même en scène sous le nom de Ferdinand Bardamu.
L’œuvre est acclamé à gauche de l’éventail politique français et saluée tour-à-tour comme « antimilitariste, antinationaliste, antifasciste et anarchiste. » Elsa Triolet en fait activement la promotion en le traduisant en russe. Sauf que c’est oublier que Léon Daudet lui-même défendra Céline devant le jury du Prix Goncourt !  Celui-ci est attribué en premier lieu à Céline, le 7 décembre 1932 mais on le lui refuse finalement au profit du roman de Guy Mazeline ; Les loups. Il recevra toutefois le Prix Renaudot.
Peu après, la parution de Voyage au bout de la nuit, Céline reprend son personnage de Bardamu dans Mort à crédit.

Le style – appelé plus tard  « métro-émotif »  est aussi hybride que novateur. En effet, Céline y use d’une langue à la fois précise et enlevé, tout en glissant bon nombre d’expressions d’argot, comme des dislocations et des thématisations.

Pendant les années 1930, Céline assume entièrement sa détestation des Juifs dans Bagatelle pour un massacre et L’école des cadavres, déclarant ouvertement au critique d’art allemand Arthur Pfannistel : « Je viens de publier un livre abominablement antisémite, je vous l’envoie. Je suis l’ennemi numéro 1 des Juifs ». Durant ce temps, il voyage en Europe et notamment en Allemagne et en Autriche.

Par conséquent, il se rapproche sans hésiter des milieux pacifistes pro-allemands voire pro-nazis. Il participe notamment à la rédaction du journal (violemment antisémite) La France enchaînée du futur collaborationniste Louis Darquier de Pellepoix.
Cette activité pamphlétaire ne faiblit absolument pas durant l’occupation, Céline signant plusieurs articles dans le journal Notre combat pour la Nouvelle France socialiste.
Lors de la création de la Légion des Volontaires Français (LVF) créée avec l’accord des autorités allemandes et du gouvernement de Vichy, Céline s’empresse de faire l’éloge de Jacques Doriot : « pour devenir collaborationniste, j’ai pas attendu que la Kommandantur pavoise au Crillon… On n’y pense pas assez à cette protection de la race blanche. C’est maintenant qu’il faut agir, parce que demain il sera trop tard. […] Doriot s’est comporté comme il l’a toujours fait. C’est un homme… il faut travailler, militer avec Doriot. […] Cette légion si calomniée, si critiquée, c’est la preuve de la vie. […] Moi, je vous le dis, la Légion, c’est très bien, c’est tout ce qu’il y a de bien. »

Toutefois, cela ne l’empêche pas d’écrire et de publier Guignol’s Band, le récit de son séjour en Grande-Bretagne.

Lors de la Libération de la France, Louis-Ferdinand Céline Baden-Baden, avant de rejoindre le gouvernement de Pierre Laval (exilé) dans la forteresse de Sigmarigen. A la fin du mois d’avril 1945, Céline se réfugie au Danemark, à Copenhague, avec son épouse Lucette. Condamné par contumace, il y reste jusqu’en 1951. Son périple germano-danois lui inspire ses dernières œuvres : Rigodon, Nord et D’un château à l’autre. Aussi étrange que cela puisse paraître, Céline correspond depuis le Danemark avec un universitaire juif américain Milton Hindus, passionné par son style romanesque et auteur d’une biographie de l’écrivain français : The Crippled Giant (Le Géant infirme).

En 1951, grâce à son avocat, Me Louis Tixier-Vignacourt, il peut revenir en France et s’installe avec sa femme dans un pavillon miteux de Meudon. Il peut néanmoins publier ses dernières œuvres, mentionnées quelques lignes plus haut.
Il meut chez lui dans une complète discrétion. En 1968, son pavillon sera détruit par un incendie, faisant ainsi disparaître bon nombre de ses écrits.

Le nom de Céline est toujours caution à polémiques, même si son œuvre majeure tend à être bien plus lue et étudiée de nos jours. Pour preuve, suite à une protestation émise par Serge Klarfeld en 2011, Frédéric Mitterrand alors Ministre de la Culture a dû annuler plusieurs manifestations littéraires. Cependant, l’acteur Fabrice Luchini n’a jamais caché son admiration pour le style de Céline.

 

Avis aux lecteurs et lectrices :
Afin qu’il n’y ait aucune confusion quant au but de cet article. Celui-ci est à seule fin d’Histoire et aucunement idéologique.
Avec tous mes remerciements.
Eudes Turanel