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2 août 1914 : Mobilisation générale en France

Le samedi 1er août, alors que le Gouvernement français n’a pas encore remis sa réponse à l’ultimatum allemand, l’Etat-major français décide – en accord avec le Ministère de la Guerre et le Président du Conseil – de donner l’Ordre aux Colonels commandant les Régiments de faire partir les troupes de couverture en train vers la frontière ; soit en Haute-Meurthe, Basse-Meurthe, Hautes-Vosges et Woëvre. Des groupes incluant des Bataillons d’Infanterie, des Chasseurs Forestiers et même des Douaniers doivent surveiller les frontières contre toute incursion ennemies.
mobilisation generale 1914
A 15h55, le Gouvernement Viviani ordonne la Mobilisation Générale dans le pays par « décret prescrivant la mobilisation générale des armées de terre et de mer ». Cet ordre est alors transmis en premier aux Commandants des 21 Corps d’Armée, ainsi qu’aux Préfets dans les départements.
Il paraîtra le lendemain 2 août dans le Journal Officiel.

– A 16h00, le tocsin sonne partout en France, pendant que la toute première affiche (photo) est placardée à la même heure Place de la Concorde. C’est l’appel à la mobilisation pour les quelques 3 millions de réservistes des Classes 1880 à 1893. Dans le même temps,la Flotte de Toulon reçoit l’ordre d’appareiller pour protéger les convois de Méditerranée entre Alger et Tunis. L’ordre de mobilisation arrive évidemment plus tard par télégraphe au XIXe Corps basé en Afrique mais les Régiments de Tirailleurs et de Zouaves formant la Division Marocaine, ainsi que les Spahis se regroupent pour gagner leurs ports d’embarquement.
A l’Ecole de Saint-Cyr, fait exceptionnel, la scolarité des Promotions La Croix du Drapeau et Montmirail est suspendue et les élèves-officiers mobilisés pour partir au front.

– A l’annonce de la mobilisation, des scènes de liesse patriotique ont lieu à Paris et dans les grandes villes de province. Mais dans les campagnes, le sentiment est tout autre. Au regard de l’été particulièrement chaud, la principale préoccupation reste les moissons qui sont précoces cette année. Hormis quelques cas isolés, c’est la résignation – voire l’abattement – qui s’abat sur la France des provinces et des petites villes, comme l’a bien montré Jean-Jacques Becker. Mais tous les mobilisés répondent à l’appel par sens du devoir et par attachement à la Patrie. Il faut aussi ajouter à cela, la cohésion au sein des régiments. On part à la guerre avec ses amis, voisins, collègues de travail que l’on connaît facilement depuis l’école publique ou confessionnelle. Pour beaucoup de familles françaises qui n’envisageaient pas la guerre, c’est le déchirement.
Comme la mobilisation a lieu un dimanche, lors de la messe, bon nombre de curés et d’évêques appellent en chaire leurs fidèles à faire leur devoir.

– Aucune émeute, aucune grève ne vient troubler la mobilisation. Le Gouvernement prévoyait un taux de 13 % d’insoumission qui tombe très vite à 1,5 %. Même si par crainte d’agitations de la part de militants de la gauche radicale dans Paris, le Gouvernement décide de maintenir le 1er Régiment de Cuirassiers dans Paris, Louis-Jean Malvy Ministre de l’Intérieur (Radical-Socialiste) décide néanmoins de ne prendre aucune des mesures édictées dans le Carnet B*.

slider_excelsior– Le lendemain dimanche 2 août, les services des préfectures et les gendarmes affichent l’Ordre de Mobilisation dans les villes de province. Les Réservistes gagnent alors leurs casernes régimentaires pour y recevoir leurs armes, équipements, l’as de carreau et uniforme.
Chaque Régiment rejoint ensuite les gares des grandes villes, points de départ des différents Corps d’Armée pour le nord-est de la France. Bien entendu, la circulation des voyageurs sur les chemins de fer est drastiquement restreinte pour laisser la priorité aux transports des militaires, conformément au Plan Freycinet remanié jusqu’en 1913.

– Les défilés des soldats français, en lourde capote de laine bleue et en pantalon de garance, laisse alors place à de plus grandes scènes de liesse populaire. Ceux qui vont monter au front sont acclamés par une foule qui espère aussi que la guerre sera courte. Ce n’est pas par bellicisme que les civils acclament les soldats français mais par attachement à ceux qui vont défendre la France.

– Le 2 août toujours, les premiers coups de feu entre soldats français et allemands sont tirés sur la frontière. Le premier accrochage a lieu à Joncherey dans le nord de la Franche-Comté (Territoire de Belfort) près de la frontière méridionale de l’Alsace. Il voit un affrontement entre des fantassins français du 44e Régiment d’Infanterie et des Cavaliers allemands du Jäger-zu-Pferd-Regiment Nr. 5. Le Caporal Jules André Peugeot du 44e RI (photo ci-dessous) est tué, ainsi que l’Unterleutnant (Sous-lieutenant) Albert Mayer.
Les Allemands opèrent alors d’autres reconnaissances en Meurthe-et-Moselle, à Longwy et Lunéville. Un Colonel en poste alors dans cette région informe alors l’Etat-major qu’il a dû quitté son pré-positionnement face aux reconnaissances allemandes. Joffre donne alors l’ordre une liberté absolue aux Régiments basés en Lorraine pour conserver le positionnement français dans cette région en vue de bien assurer l’exécution locale du Plan XVII ; dussent-ils « passer la frontière allemande ».

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* Voir article sur l’assassinat de Jean Jaurès