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20 mars 1929 : Disparition du Maréchal Ferdinand Foch

Fils de Napoléon Foch et de Sophie Dupré, Ferdinand Foch voit le jour le 22 octobre 1851 à Tarbes dans une famille de catholiques de tendance bonapartiste. Il est issu d’un milieu de la moyenne bourgeoisie provinciale, de militaires et de médecins. Ses parents sont eux-mêmes des rentiers qui assurent à la famille une vie confortable.
Foch
– Son père exerçant le métier de percepteur, Ferdinand Foch et sa famille déménagent assez souvent. Ainsi, il effectue sa scolarité secondaire à Rodez, avant de passer son Baccalauréat de Lettres et Sciences à Lyon en 1869, avant de passer au Collège Jésuite de Saint-Étienne, puis d’intégrer le Collège Jésuite de Saint-Clément de Metz. L’un de ses camarades de promotion n’est autre qu’Émile Fayolle qui sera l’un de ses meilleurs – et plus critiques – subordonnés quelques décennies plus tard. En 1870, Foch, ses camarades et les Pères doivent quitter précipitamment leur  établissement car ils sont expulsés par des Poméraniens. Le jeune homme s’engage alors comme simple soldat au sein du 4e Régiment d’Infanterie et combat contre l’Armée prussienne.

– En 1871, Ferdinand Foch passe et obtient le concours de Polytechnique à Nancy. A l’issue de ses études, il se spécialise dans l’Artillerie et le Génie. Lieutenant d’Artillerie en 1873, il suit plusieurs stages avant d’être affecté au 27e RI puis d’incorporer le Service du Personnel du Dépôt Central de l’Artillerie.
En 1883, il épouse Julie Bienvenüe (cousine de l’ingénieur Fulgence Bienvenüe, le père du Métro parisien) à Saint-Brieuc. Ils auront quatre enfants, deux filles et deux garçons.

– Il est élève à l’École de Supérieure de Guerre en 1885, où il reçoit l’enseignement du Général Henri Bonnal, qui lui déplaît. Foch juge les théories de cet officiers « trop mystiques ». Après avoir été promu Lieutenant-Colonel, Foch enseigne l’Histoire militaire, la Tactique et la Stratégie à l’École Supérieure de Guerre 1895 à 1901. Il commande aussi un temps le 35e Régiment d’Artillerie près de Vannes mais finit par s’y ennuyer, ne trouvant-là une unité mal dotée (J-Ch. Notin). Foch devient alors l’un des théoriciens les plus en vue dans cercles de l’Armée française. Il publie deux ouvrages « Des principes de la guerre » (1903) et « De la conduite de la guerre » (1904) dans lesquels il se montre un partisan de l’offensive à outrance, se montrant enthousiaste quant aux prescriptions techniques et tactiques du Général Loyseau de Grandmaison. Foch fait partie de ceux qui, par critique, démontrent que la Guerre franco-prussienne de 1870 a été mal menée par les Généraux de Napoléon III en raison du manque d’audace et d’esprit offensif. Il faut donc tout miser sur l’Infanterie et la manœuvre et la mobilité sur les flancs ennemis et ceux, au détriment de l’Artillerie. Mais comme l’explique le Général André Bach pour la revue « Guerres et Histoire », Foch développe une pensée abstraite, mettant tour-à-tour l’accent sur le pragmatisme et la manœuvre, tout en se fondant sur un scientisme qui fait peu de cas du temps et de l’espace. En ce sens, si l’on suit le Général Bach, Foch ne peut être considéré comme un grand stratège.

– Foch est promu Général de Brigade en 1898 mais il voit son avancement bloqué en 1905 lors de l’Affaire des Fiches. En effet, son tort est qu’il a son frère Cadet, Germain, Prêtre dans la Compagnie de Jésus. Toutefois, ses relations avec Clémenceau resteront cordiales a posteriori. En 1907, Foch est promu Général de Division et Commandant de l’École de Guerre.
Le 11 août 1914, il commande le XXe Corps d’Armée basé à Nancy, unité d’élite qui est une composante majeure de la IInde Armée du Général de Castelnau. Lors de la bataille de Morhange, le XXe Corps attaque les positions de la VI. Armee du Konprinz Ruprecht de Bavière mais chaque assaut est repoussé dans le sang. Le prudent Castelnau ordonne alors à Foch de se replier en aval, vers Nancy, pour laisser les Allemands attaquer dans un dispositif défensif renforcé. Mais le bouillant chef du XXe CA, partisan de l’attaque, ne tient pas compte des ordres et décide d’attaquer à Morhange. Résultat, un tiers du Corps est perdu.
Mais Foch est appelé par Foch  au commandement de la nouvelle IXe Armée, basée le long de la Marne, au centre du dispositif français. Il laisse alors le commandement du XXe Corps à Balfourier et part pour sa nouvelle affectation. La IXe Armée comprend alors le IXe Corps de Pierre-Joseph Dubois (avec les Tourangeaux de la 17e DI et l’excellente Division Marocaine du Général Humbert) ; le XIe Corps de Joseph-Paul Eydoux, formé avec les Bretons, Vendéens et Nantais des 21e, 22e et 60e DI ; ainsi que du Corps de Cavalerie de l’Espée.

– Du 6 au 12 septembre, Foch fait face à la I. Armee allemande de von Klück dans la région des Marais de Saind-Gond au nord d’Epernay (Marne). Les combats sont particulièrement violents face à la Kaisers-Preusses-Garde. Mais la IXe Armée tient bon et ne recule pas. Les Zouaves et Tirailleurs de la Division Marocaine font merveille. Foch a cette formule restée célèbre qui en dit long sur sa pensée militaire : « Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque. » Mais les pertes seront très lourdes

– Après la bataille de la Marne, Foch est promu Commandant en chef Adjoint de la Zone Nord en octobre 1914. Il a pour mission de coordonner les efforts des armées françaises, du Corps Expéditionnaire Britannique de John French et de l’Armée Belge pour contenir les Allemands lors de la Course à la mer. En dépit de très lourdes pertes au sein de ses forces, Foch réussit à s’acquitter de sa mission à l’issue de la Première Bataille d’Ypres.

– En avril 1915, Joffre lui confie la tâche de conduire les offensives d’Artois dans l’espoir de percer le front allemand dans le secteur de Vimy-Carency-Souchez-Notre-Dame-de-Lorette. En dépit d’une organisation particulièrement millimétrée et du bon comportement au feu des XXe, XXIe et XXXIIIe Corps, l’offensive échoue face à une défense en profondeur allemande et en raison du manque de réserves. Foch, qui misait avec enthousiasme sur un succès, doit arrêter son offensive le 25 juin après des combats d’attrition particulièrement sanglants.
Comme l’écrit Jean-Christophe Notin, les relations entre Joffre et Foch, alors plutôt bonnes, évoluent progressivement en une forme de rivalité. On reprochera plus tard à Foch de ne pas avoir fait assez preuve de compassion envers les blessés (contrairement à Pétain, Gouraud et Degoutte, il ne visite jamais un hôpital) et d’avoir sacrifié inutilement le sang de ses soldats. Foch connaît alors une opposition larvée au sein du GQG et face aux milieux ministériels et parlementaires.
En août 1915, Foch reçoit l’ordre de conduire une nouvelle offensive en Artois, pendant qu’Edouard de Castelnau déclenchera une seconde majeure en Champagne. Pour appuyer son attaque, il réussit à convaincre le général britannique Sir John French d’attaquer dans le secteur de Loos-en-Gohelle. Les relations avec l’anglais sont alors plutôt correctes, Foch réussissant souvent à persuader son collègues des choix tactiques et stratégiques pris à Chantilly.
Néanmoins, Foch commence à faire face à deux nouvelles oppositions. Ainsi, le nouveau Ministre de la Guerre du Gouvernement Briand en remplacement de Gallieni, le Général Roques (ami et ancien camarade de promotion de Joffre à X) apprécie très peu sa conduite des opérations. Quant à Castelnau, il s’oppose à Foch sur les questions d’offensives. Les désaccord entre les deux généraux deviennent davantage criants quand il s’agit de la préparation de la Bataille de la Somme. Foch voit son dispositif du GAN privé d’effectifs d’Infanterie et d’Artillerie au profit de Verdun. Pis encore, nombre de parlementaires commencent à douter des capacités de Foch. Le Général fait même l’objet d’une campagne de presse en sa défaveur.

– Mais, comme le montre Notin, sur le plan intellectuel, Foch a évolué depuis 1914. Son enthousiasme de l’entrée en guerre et sa vision mystique des opérations sont retombés. Et le général se montre plus réaliste et plus scientifique dans son approche. Lors d’une conférence donnée à Noël 1915, il déclare : « La percée victorieuse ne peut être obtenue. […] Seule peut être conquise la zone de terrain sur laquelle l’action de l’artillerie a pu briser toutes les organisations de l’adversaire : vouloir quand l’infanterie s’arrête devant des organisations encore intactes s’obstiner à arracher un succès impossible en renforçant cette infanterie, c’est augmenter les pertes et le désordre sans qu’il soit possible d’obtenir rien de plus ». Le mathématicien qui se rend compte du manque chronique de l’Armée française en matériels et munitions en vient à ce constat : : « la guerre est une course aux armements dans la période actuelle. […] C’est une préparation à la guerre de quarante-cinq ans chez les Allemands qu’il nous faut rattraper. »

– En avril 1916, suite aux décisions de la Conférence de Chantilly, Joffre et le nouveau commandant britannique en France, Sir Douglas Haig planifient une nouvelle offensive en Picardie, sur la Somme, afin de soulager le front de Verdun et de percer les lignes allemandes de manière décisive.  Joffre confie alors à Foch le commandement des troupes françaises devant coopérer avec les Britanniques pour la percée sur la Somme. Au départ, l’offensive principale doit être confiée aux Français. Mais l’aspiration des divisions et du matériel français vers la Somme à la demande de Pétain, soutenu par Castelnau, contraint Joffre à confier le gros de l’attaque aux Britanniques. D’abord planifiée pour fin juin, l’offensive est reculée au 30 juin-1er juillet en raison du temps pluvieux. Les Français doivent percer dans la région de Péronne (au sud de la rive gauche de la Somme), tandis que les Britanniques doivent attaquer au nord du fleuve (secteur de Thiepval). Foch aligne alors la VIe Armée du très bon Général Émile Fayolle et la Xe Armée de Joseph Micheler. Les Français déclenchent leur offensive au début du mois de Juillet. En dépit, de pertes particulièrement sanglantes, les Français forment une hernie de vingt kilomètres de profondeur dans les lignes de la II. Armee allemande de von Below. La tenue au feu des Français est plutôt bonne. La VIe Armée de Fayolle et réussit à progresser notablement sur le Plateau de Santerre, tandis que la Xe Armée de Micheler progresse sur Flaucourt. Foch croit la percée possible et demande à Haig de lancer le maximum de ses forces au nord-est de Pozières. Malheureusement, le manque de réserves et les pertes catastrophiques des britanniques obligent Haig à arrêter son offensive début août et Foch doit s’en tenir aux positions acquises, ce qui n’est pas sans le mettre dans une colère noire. La conduite coûteuse des opérations de 1915 et 1916 valent à Foch d’être mis à l’écart par Aristide Briand. Le Général Louis Franchet d’Espèrey, alors commandant de la Ve Armée, le remplace alors à la tête du Groupe d’Armées du Nord.

– Pendant quelques mois donc, Foch reste sans commandement. Mais la disgrâce de Nivelle suite au désastre du Chemin des Dames lui permet de revenir sur le devant de la scène. Tout d’abord, en 1917, il préside la Commission qui est en charge d’étudier les causes de l’échec du Chemin des Dames. Seulement, on va lui reprocher de faire preuve « d’indulgence », « de favoritisme » et « d’esprit de clans ». En octobre-novembre 1917, il est est envoyé brièvement au sein d’une mission militaire interalliée en Italie pour aider à la réorganisation de l’Armée Royale après le désastre de Caporetto.

– En mars 1918, alors que les Alliés doivent contenir les offensives de Ludendorf en Picardie et en Flandres, la Conférence de Doullens qui réunit les représentants des gouvernements et des armées alliées désigne Ferdinand Foch comme Chef d’État-major Général (autrement dit Généralissime) des Armées Alliées lors de la Conférence de Doullens. Il a alors la charge de coordonner les efforts des armées alliées avec Philippe Pétain (France), Haig (Grande-Bretagne) et Pershing (Etats-Unis). Notons que la nomination de Foch à ce poste a été appuyée par Clémenceau. Mais s’il ne va pas démontrer les qualités d’un stratège hors-normes, Foch se démontrer un très grand talent de diplomate pour diriger cette coalition d’alliés. La tâche n’est pas aisée car Pétain s’oppose souvent à Douglas Haig sur la stratégie à adopter et le Français n’a nullement confiance en son collègue britannique soutenu par le Gouvernement de Lloyd-George. En revanche, en septembre 1918, il accepte la création d’une armée essentiellement américaine (Ist US Army) commandée par Pershing. Et ce, en dépit des récriminations de Pétain qui préférerait voir les divisions américaines intégrées dans le dispositif français.
Le nouveau Généralissime coordonne avec talent les différentes opérations alliées de l’année 1918. Il a aussi le mérite de laisser à ses brillants subordonnés (Pétain et Fayolle en tête) une autonomie opérationnelle qui ne fera pas défaut.
En juillet 1918, Foch arrête l’offensive allemande en Champagne avant de passer à la contre-attaque qui se déroule presque parfaitement. Le 6 août 1918, il reçoit son bâton de Maréchal de France. Il est élu le même jour à l’Académie Française et y entrera en 1920. Le 11 novembre 1918, il préside la tenue l’Armistice de Rethondes en forêt de Compiègne, aux côtés des Britanniques.

En 1919, il est nommé Président du Conseil Supérieur de la Guerre, poste qu’il occupe jusqu’à son décès. Siègent alors dans cette instance les Maréchaux Pétain et Joffre, comme les Généraux Fayolle, Degoutte, Maistre, Gouraud, Debeney, Humbert, Buat et de Boishoudy. Dès 1920, il appuie l’idée de maintenir la Rhénanie sous occupation française et de créer des États tampons pour maintenir la sécurité de la France dans le nouvel ordre européen. Toutefois, il est resté critique quant à la signature du Traité de Versailles. Il dira à ce sujet : « ce n’est pas une paix, c’est un armistice de 20 ans ». Edmond Buat rapporte combien Foch vient à s’opposer à Clémenceau sur le cas de la Rhénanie. Le Maréchal met les forces basées en Rhénanie (commandées par Fayolle et Mangin) en alerte, en vue de marcher sur plusieurs grandes villes allemandes. Mais l’ordre n’arrive pas, le Président du Conseil ddevant

– Le Maréchal Ferdinand Foch succombe à une syncope cardiaque au matin du 20 mars 1929, à l’Hôtel de Noirmoutier à Paris, après un dernier « allons-y ! ».
Ses obsèques nationales ont lieu à Notre-Dame de Paris en présence d’une foule immense. Il est inhumé ensuite aux Invalides.

– En matière d’historiographie, Ferdinand Foch a fait l’objet d’une véritable hagiographie qui en faisait un héros national quasi-intouchable, au détriment d’autres  généraux français moins connus (Fayolle, Maistre, Degoutte, Gouraud, Debeney, Humbert, Franchet d’Esperey…) qui le méritaient tout autant. Cependant, depuis une dizaine d’année, l’historiographie militaire remet en cause les choix stratégiques et tactiques de Foch des années d’avant-guerre et pour la période 1914-1916. Mais comme le dit bien J-Ch. Notin, si l’on peut critiquer les options prises par Foch et se montrer mesuré, il ne faut pas non plus renier le fait qu’il fut l’un des principaux artisans de la victoire de 1918.

Lire :
– NOTIN Jean-Christophe : Foch, Perrin, Paris
– BACH Général André : « Foch n’est pas un stratège ! » in « Guerres & Histoire » N°27, Oct-Nov. 2015
– KEEGAN John : La Première Guerre mondiale, Perrin, Paris