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21 janvier 1961 : Disparition de Blaise Cendrars

De son vrai nom Frédéric Sauser, Blaise Cendrars voit le jour en Suisse à La Chaux-de-Fonds dans le Canton de Neuchâtel en 1887 au sein d’une famille bourgeoise.
Épris d’aventure, il quitte la Suisse à seize ans pour voyager. Il effectue d’abord un long séjour en Russie et se retrouve en Chine par le Transsibérien tout en vivant de la vente de pacotilles. En Chine, il devient soutier avant d’arriver à New York. C’est à ce moment qu’il commence à écrire. De cette expérience, il tirera « Les Pâques de New York ».
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+ Arrivé en France, il vit de petits métiers dont celui d’apiculteur, tout en continuant l’écriture et la poésie inspirée de celle de Guillaume Apollinaire. En 1909, il
publie « La Légende de Novgorod, de l’Or gris et du silence » ou encore « La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France ». Après avoir publié quelques écrits sous les pseudonymes de « Freddy Sausey », « Jack Lee » et « Diogène », il prend le nom de Blaise Cendrars par rapport au Phénix qui renaît de ses cendres. Menant une vie bohème, il côtoie Rémy de Gourmont, Marc Chagall, Fernand Léger, Léopold Survage, Amedeo Modigliani, Joseph Csaky et Alexandre Archipenko. On le retrouve aussi à vagabonder et vivoter entre l’Angleterre et la France.

– Vient alors la Guerre de 1914. Amoureux de la France, Blaise Cendrars s’engage dans la Légion Etrangère au sein du 3e Régiment de Marche du 1er Étranger. Il combat d’abord sur la Somme avant que son régiment ne soit dissout. Cendrars rejoint ensuite le 2nd Régiment de Marche du 2e Etranger qui doit participer à la grande offensive de Champagne de 1915. Combattant courageusement dans le secteur de Souain, Cendrars est gravement blessé par une rafale de mitrailleuse et doit être amputé de l’avant-bras gauche. Il recevra aussi la Médaille Militaire une Citation à l’ordre de l’Armée.

– Réformé, il revient  alors à l’écriture après sa convalescence. En 1916, année de son acquisition de la nationalité française, il publie « La Guerre au Luxembourg » pour relater son expérience des tranchées. Il poursuivra cette démarche avec « J’ai tué » (1918 – un livre illustré).  Il publie aussi bon nombre de poèmes et de romans durant les années 1920-1930 : « La Fin du monde filmée par l’Ange de Notre-Dame » (1919), « Le Panama ou les aventures de mes sept oncles », « Du monde entier », « Poésies complètes » (1944), « Anthologie nègre » (1921), « L’Or. La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter » (1925), « L’Eubage. Aux antipodes de l’unité » (1926), « Eloge de la vie dangereuse » (1926), un ouvrage surréaliste (genre qui s’affirme à l’époque) « Moravagine » (1926), « Le Plan de l’Aiguille » et sa suite « Les confessions de Dan Yack » (1929) et encore « La Vie dangereuse » (1938).
En outre, certains de ses ouvrages seront illustrés par ses amis peintres (Csaky, Léger…)
Comme l’explique Jean-Pierre Rosnay, l’œuvre de Cendrars est façonnée par une langue audacieuse et novatrice mais aussi des personnages dépersonnalisés qui regardent le monde d’une façon assez détachée.
En 1924, Blaise Cendrars voyage au Brésil, avant de rédiger « L’Or » qui a un grand retentissement. Dans les années 1930, il effectue une série de reportages aux Etats-Unis d’où il tire « Hollywood, la Mecque du Cinéma ».

– En 1939, ne pouvant combattre, Cendrars sert comme correspondant de guerre auprès de l’Armée Britannique. Mais suite à la défaite, écœuré et choqué, il se réfugie à Aix-en-Provence et s’arrête momentanément d’écrire. En 1943, il reprend la plume pour rédiger ses mémoires. Sortiront successivement « L’Homme foudroyé » (1945), « La main coupée » (1946), « Bourlinguer » et « Le lotissement soleil ». En 1944, un jeune photographe nommé René Doisneau effectue un reportage sur Cendrars grâce auquel il se fera connaître.
En 1948, Cendrars quitte Aix-en-Provence pour Villefranche-sur-Mer près de Nice avant d’épouser l’année suivante Raymonde Duchâteau.
En 1956, il retourne un temps à Paris et rédige « Emmène-moi au bout du monde ! », basé sur une écriture théâtrale mais l’œuvre fait scandale.

+ Victime ensuite d’une attaque cérébrale, il ne pourra plus écrire. Il s’éteint à Paris le 21 janvier 1961. Il sera inhumé au cimetière des Batignolles avant de rejoindre celui du Tremblay-sur-Meauldre dans les Yvellines.

– Quelques extraits d’écrits :
« La terre est rouge
Le ciel est bleu
La végétation est d’un vert foncé
Ce paysage est cruel dur triste malgré la variété infinie
des formes végétatives
Malgré la grâce penchée des palmiers et les bouquets
éclatants des grands arbres en fleurs de carême »

« J’ai dit que je voulais montrer réellement que des artistes vivent à côté et en marge de la vie, de l’humanité ; c’est pourquoi ils sont très grands ou très petits. On ne peut pas échapper à l’écriture, il faut tout de même se vider comme après un bon déjeuner, n’est-ce pas, on va se vider, le Christ l’a dit d’ailleurs, eh bien, que voulez-vous ? »