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22 février 1916 : le Colonel Driant tombe à Verdun

Personnage haut en couleur mais au final attachant,  véritable « mythe » de la Grande Guerre, Émile Driant était à la fois officier, homme politique et écrivain.
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– Sorti quatrième de la Promotion Saint-Cyr « Dernière de Wagram »,  officier en Afrique, gendre du Général Boulanger, commandant du 1er Bataillon de Chasseur à Pied à Troyes, unité d’élite, Émile Driant voit sa  carrière compromise lors de l’Affaire des fiches étant donné qu’il est fortement marqué à droite et ne fait pas partie d’une loge maçonnique. Ulcéré, il entre en politique au sein de l’Action Libérale et fonde la Ligue anti-maçonnique, puis la Ligue anti-maçonnique française. En outre, il est l’ami de Paul Déroulède et de Maurice Barrès. Il sera élu Député de la Meurthe-et-Moselle en 1910, mandat qu’il conserve jusqu’au déclenchement de la Grande Guerre. Patriote convaincu, il soutient sans réserve la loi d’augmentation des crédits militaires et celle du service militaire de trois ans. C’est lui, qui est aussi à l’origine de la création de la Croix de Guerre. Volontiers anglophobe, il s’était élevé contre la décision d’abandonner Fachoda.

– A partir des années 1890, fortement influencé par Jules Verne, Émile Driant laisse parler son imagination foisonnante et sa passion pour les nouvelles technologies pour signer plusieurs romans historiques et d’anticipation sous le pseudonyme de Capitaine Danrit. Il imagine des guerres effectuées à l’aide de sous-marins et de ballons géants. Il va même jusqu’à anticiper une guerre entre le Japon et les Etats-Unis dans le Pacifique. Il a notamment publié : « La Guerre de forteresse », « La guerre en rase campagne », « La Guerre en ballon »,  « La guerre des bicyclettes », « L’invasion jaune », « La Révolution de demain », « Les Robinsons sous-marins », « Evasion d’empereur », « Ordre du Tzar » et « La Guerre souterraine ». Il aurait dû recevoir l’épée d’Académicien et prendre le siège d’Albert de Mun mais sa mort à Verdun ne verra pas ce projet aboutit.

– En 1914, âgé de cinquante-neuf ans, il demande à reprendre du service dans l’Armée. On le place alors à la tête du Groupement des 56e et 59e Bataillons de Chasseurs à Pied dans le secteur de Verdun. Ce sont deux unités territoriales composés de réservistes lorrains.
En janvier-février 1916, le Colonel Driant tient le Bois-des-Caures en avant du secteur de Verdun. Il perçoit très vite le danger et tente d’alerter sa hiérarchie (Chrétien, Herr, Joffre) qui ne l’écoute pas, ou plutôt tardivement puisque plusieurs canons de campagne finissent par être déployés dans le secteur de Verdun peu avant la grande offensive allemande. Il alarme même l’état-major lorsque Joffre décide de dégarnir les forts du secteur de Verdun de leurs canons, en vain.

Le 21 février 1916, les 56e et 59e BCP reçoivent tout le choc de l’offensive de von Falkenhayn (voir article sur le début de la bataille de Verdun). Mais Driant tient bon pendant deux jours. Il trouve le temps d’écrire une dernière fois à son épouse Marcelle :
« Je ne t’écris que quelques lignes hâtives, car je monte là-haut, encourager tout mon monde, voir les derniers préparatifs ; l’ordre du général Bapst que je t’envoie, la visite de Joffre, hier, prouvent que l’heure est proche et au fond, j’éprouve une satisfaction à voir que je ne me suis pas trompé en annonçant il y a un mois ce qui arrive, par l’ordre du bataillon que je t’ai envoyé. À la grâce de Dieu ! Vois-tu, je ferai de mon mieux et je me sens très calme. J’ai toujours eu une telle chance que j’y crois encore pour cette fois.

Leur assaut peut avoir lieu cette nuit comme il peut encore reculer de plusieurs jours. Mais il est certain. Notre bois aura ses premières tranchées prises dès les premières minutes, car ils y emploieront flammes et gaz. Nous le savons, par un prisonnier de ce matin. Mes pauvres bataillons si épargnés jusqu’ici ! Enfin, eux aussi ont eu de la chance jusqu’à présent… Qui sait! Mais comme on se sent peu de choses à ces heures là. »

– Il tombe au milieu de ses derniers Chasseurs à Pied le 23 février 1916. L’Armée française et le Gouvernement érigeront alors Driant en véritable mythe de la Bataille de Verdun, afin de symboliser le sacrifice et la ténacité de l’Armée française. Paul Deschanel, alors député, prononce son éloge funèbre et son ami Maurice Barrès fait célébrer un service funèbre à Notre-Dame par le Cardinal Amette. Il repose actuellement dans un mausolée située sur le site de la bataille de Verdun.

– La figure de Driant a été décrite dans les carnets de deux de ses officiers : le Capitaine Simon, un notaire dans le civil et le journaliste-essayiste Marc Stéphane.