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22 juillet 1461 : Mort de Charles VII dit le Victorieux

Souverain passé à la postérité comme étant le « Petit Roi de Bourges qui a trahi Jehanne d’Arc » , dénigré par les historiens de la IIIe République, il apparaît très souvent comme un monarque effacé sinon insignifiant, coincé avec son père Charles VI le Fou entre les grands règnes de Charles V et de Louis XI.
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Pourtant, grâce aux récents travaux de différents médiévistes et de Georges Minois en particulier, la figure de Charles VII tend à être réhabilitée. Car c’est bien ce Roi de France qui a (presque) mis fin à la présence des Plantagenêt en France et en grande partie contribué à bâtir la France Moderne. Voici donc un résumé biographique de celui que ses contemporains ont appelé le « Bien Conseillé » ou le « Victorieux ».

Né le 22 février 1403 à Paris, Charles Duc de Berry est le dernier fils survivant du Roi Fou Charles VI et de la Reine Isabeau de Bavière. Entièrement ignoré par son père dans son plus jeune âge et mal aimé par sa mère, Charles est un adolescent timide, effacé et renfermé qui ne manque toutefois pas d’intelligence.
Très jeune, il est témoin de la violence politique entre les partis Armagnac et Bourguignon qui secoue le Royaume. En 1413, à la mort de son frère aîné le Dauphin Louis de Guyenne, champion du Parti Armagnac, Charles de Berry devient l’héritier de la Couronne de France. Mais sa mère intrigue avec le Duc de Bourgogne Jehan Sans Peur. C’est alors que des rumeurs circulent sur Charles affirmant qu’il ne serait pas le fils du Roi mais d’une liaison adultère entre Isabeau de Bavière et son défunt beau-frère Louis d’Orléans (assassiné sur ordre de Jehan Sans Peur en 1407). Entretemps, Charles de Berry épousé Marie d’Anjou, fille du Duc Louis II d’Anjou.

En 1418, les troupes bourguignonnes entrent dans Paris et s’adonnent à un impitoyable massacre d’Armagnacs. Charles de Berry qui se trouve toujours à l’Hôtel Saint-Pol (résidence royale depuis Charles V), doit fuir à la Bastille protégé par le Prévôt de Paris Tanneguy III du Chastel, avant de partir pour Bourges. Entre le jeune Dauphin et Paris débute une histoire de haine que Charles ne fera jamais taire.
Réfugié à Bourges, il est pris sous l’aile de sa belle-mère Yolande d’Aragon Duchesse d’Anjou qui craint que les possessions de sa Maison ne tombent sous le joug de Henri V de Lancastre.
En 1419, Charles de Berry et Jehan Sans Peur tentent de se réconcilier à Montereau-Fault-l’Yonne. Mais pour des raisons encore obscures, les hommes du Dauphin menés par Tanneguy du Chastel tuent le Duc de Bourgogne. Les chroniques de l’époque divergent sur cet épisode. Certaines affirment que du Chastel, ancien fidèle de Louis d’Orléans avait voulu venger son maître. Une autre, tout aussi plausible, indique que  dans une atmosphère délétère, Jehan Sans Peur s’inclina devant son neveu mais au moment où il se releva, il mit la main sur le pommeau de son épée, ce que les gardes du corps du Dauphin interprétèrent comme une tentative d’assassinat ou de rapt.

Les conséquences de l’assassinat du Pont de Montereau sont catastrophiques pour Charles. En effet, lésé, le fils de Jehan Sans Peur,  Philippe le Bon nouveau Duc de Bourgogne passe un accord d’alliance avec le Roi d’Angleterre Henri V de Lancastre. Et comme si cela ne suffisait pas, Isabeau de Bavière déshérite son fils et conduit Charles VI à signer le « Honteux Traité de Troyes » (1420) qui fait de Henri V l’héritier de la couronne de France. Ce traité sera dénoncé et démonté par le juriste Jehan de Terrevermeille dans son «Tractatus de jure futuri successoris legitimi in regiis hereditatibus  » qui développe les lois fondamentales d’Indisponibilité et d’Inaliénabilité.
Quoiqu’il en soit, la France est divisée en trois : aux Anglais tout le nord de la Loire, la Normandie, la Picardie, Calais, le Maine et la Guyenne ; aux Bourguignons les fiefs entre Auxerre et Mâcon ainsi que les Flandres et à Charles le Berry, le sud de la Touraine, Orléans, Blois, l’Auvergne, Lyon, le Languedoc, le Limousin et une partie de la Gascogne. Charles restera quelques années à Bourges mais préférera résider ensuite à Chinon sur les bords de la Vienne.
Comme le signale Gérard de Senneville dans sa biographie consacrée à Yolande d’Aragon, en dépit de la situation difficile dans laquelle se retrouve la moitié du Royaume celui continue d’être administré par des personnalités compétentes qui réussissent à maintenir le fonctionnement des institutions monarchiques. C’est notamment le cas de Robert Le Maçon qui porte l’entretien du Trésor royal et surtout Jean de Jouvenel des Ursins qui tient le Parlement qui a été déplacé à Poitiers.

Toujours épaulé par Yolande d’Aragon, le Dauphin signe une alliance avec les Écossais qui lui apportent des troupes complétant ses modestes forces (la fine fleur de la Chevalerie français a disparu à Azincourt en 1415) et obtient des États du Languedoc le vote d’un subside pour la Guerre.
La guerre contre Henri V reprend. Les débuts sont encourageants avec la victoire du Connétable John Stuart de Dernley, Archibald de Douglas et du Maréchal Gilbert Mottier de La Fayette (1) à Beaugé (1421) mais les graves défaites de Cravant et de Verneuil (1423) viennent ruiner les espoirs de reconquête. Comme l’indique Jean Favier dans La Guerre de Cent Ans, à ce moment précis, hormis des personnalités comme Jehan de BrosseJehan Poton de Xaintrailles et Etienne de Vignoles dit La Hire, la noblesse combattante française désaffecte un temps les armes pour se retirer dans ses fiefs. Charles VII doit alors faire appel à des Compagnies de mercenaires, principalement des Allemands, des Lombards, des Piémontais et aussi des Castillans et des Aragonais. La loyauté et l’intégrité de certains sera particulièrement douteuse à l’instar de Rodrigue de Villandrado. Mais d’autres resterons loyaux comme l’Italien Theaude de Valpergue qui sera plus tard honoré de la charge de Gouverneur de Lyon.

De plus en plus apathique et influençable, Charles écoute de moins en moins les conseils d’Yolande d’Aragon au profit de ceux du nouveau favori Pierre de Giac, de sinistre réputation. Yolande d’Aragon monte alors une conspiration avec Georges Ier de la Trémoille et le Connétable Arthur de Richemont pour évincer Giac. Ce dernier est saisi dans sa forteresse d’Issoudun et exécuté par Richemont à Dun-le-Roi (1427).
Sauf que La Trémoille profite de la situation, obtient facilement l’oreille du Souverain et provoque l’évincement de Richemont. Fait Maréchal, l’obèse Georges de la Trémoille tente de convaincre Charles de négocier avec le Duc de Bourgogne pour se réconcilier avec lui et chercher une paix honorable ; chose inconcevable pour Yolande d’Aragon et Richemont qui veulent poursuivre la guerre. Il faut préciser aussi que La Trémoille tient des fiefs imbriqués dans le Duché de Bourgogne et que son propre frère Jehan de Jonvelle est pour un temps le Chambellan de Philippe le Bon…

Ulcéré, Arthur de Richemont se réfugie à Parthenay et rassemble des troupes pour se débarrasser du gênant La Trémoille qui s’enferme dans Bourges. L’intervention de Charles qui somme Richemont de repartir en Bretagne, sauve in extremis l’obèse maréchal.

Les choses commencent à changer dès que Saint Jehanne d’Arc est présentée au Dauphin à Chinon en février 1429. Pressé par le parti angevin et ses valeureux Capitaines que sont La Hire, Xaintrailles, Jehan de Brosse, Le Duc Jehan II d’Alençon, Raoul de Gaucourt, Louis de Culant et même Gilles de Rais, Charles consent à reprendre la guerre contre les Anglais et à se faire sacrer Roi de France à Reims.
Après la tragique Bataille des Harengs, vient l’épopée Johannique qui voit la délivrance d’Orléans défendue par Jehan de Dunois « Bâtard d’Orléans », tout comme les victoires de Beaugency, Jargeau et Patay. Enfin, le 17 juillet 1429, Charles est sacré Roi de France en la Cathédrale de Reims par l’Archevêque Regnault de Chartes.
Ensuite, sous l’influence de Jehanne d’Arc, une prise de Paris est tentée mais la capitale est bien défendue le Duc de Bedford. Après un premier assaut qui échoue, Charles n’insiste pas et repart pour la vallée de la Loire, d’autant plus que sous l’influence de Regnault de Chartres et de Georges de la Trémoille, il songe d’avantage à négocier avec Philippe le Bon.

En 1430, Jehanne d’Arc est capturée devant les murs de Compiègne et remise au Duc de Bourgogne qui la livre aux Anglais. Ceux-ci la condamneront à être brûlée vive. Toujours influencé par Chartres et La Trémoille, Charles donne un gage à Philippe le Bon et ne fait rien pour délivrer Jehanne. Cependant, le parti angevin ne fait rien non plus de son côté en faveur de la Pucelle d’Orléans. Cependant, après la reconquête, Charles VII réhabilitera Jehanne lors d’un procès où l’accusation de sorcellerie sera invalidée.

Cependant, le nouveau Roi de France prend de l’assurance et se rend compte que l’obèse Maréchal commence à l’encombrer. Pendant ce temps, les Angevins et Arthur de Richemont ourdissent une nouvelle conspiration pour faire tomber La Trémoille. Le 3 juin 1433, Richemont et plusieurs de ses fidèles dont Pierre II de Brézé et Jehan V de Bueil, s’introduisent à Chinon et pénètrent dans la chambre de La Trémoille, terrorisé. Jan II de Rosnivynen lui donne un coup de couteau mais ne le blesse que très légèrement, ce qui n’empêche pas Richemont d’enfermer La Trémoille au château de Montrésor.

La guerre contre les Anglais peut reprendre et c’est Richemont redevenu Connétable qui va la mener. Mais avant, Charles doit se réconcilier avec Philippe le Bon. Ce qui est fait par le Traité d’Arras (20 septembre 1435). Le Roi de France s’engage, entre autres, à faire condamner les meurtriers de son père, à dédommager le Duc de Bourgogne et à faire construire une Chartreuse à Montereau… Promesses qui ne seront que très mal honorées.

La reconquête reprend et Paris est libéré en 1436 grâce à l’action de Richemont et de Jehan de Villiers de l’Isle-Adam, l’un des fidèles de Philippe le Bon. La reconquête va prendre dix-sept années tout en étant ponctuée de trêves (Tours en 1444). La Normandie est définitivement reconquise en 1451 après la victoire de Richemont et du Comte de Clermont à Formigny. La Guyenne suit en 1453 avec Castillon. Seul Calais reste entre les mains des Lancastre.

Seulement, pendant la reconquête, Charles VII doit faire face à un nouvel adversaire qui n’est autre que son propre fils, le Dauphin Louis. La tension entre père et fils est telle que Louis profite du refus de l’Ordonnance royale réformant l’armée pour mener une révolte avec de grands seigneurs tels que Jehan de Dunois, Jehan IV d’Armagnac et Jehan d’Alençon. Sauf que la « Praguerie » tourne à l’avantage du souverain qui envoie ses meilleurs capitaines mater les mécontents. Charles peut aussi compter sur la fidélité de sa noblesse et de son beau-frère René d’Anjou qui refusent catégoriquement d’aider les révoltés. Ceux-ci doivent fuir le Poitou pour le Bourbonnais. Ils tentent de transformer l’Auvergne en bastion mais treize Bonnes Villes du Comté, fidèles elles aussi au Roi, ne leur ouvrent pas leurs portes. Vaincus, les grands vassaux se soumettent mais magnanime, Charles leur pardonne. Seul le Dauphin Louis dont les rapports avec son père sont devenus encore plus exécrables, choisit de quitter le Royaume pour la Cour de Bourgogne.

Pour la guerre, Charles VII « le Bien Conseillé », s’entoure d’hommes dévoués et compétents. Outre Arthur de Richemont qui forme notamment les Compagnies dites d’Ordonnances (1445), noyau de l’armée permanente du Roi, on trouve des personnalités telles Pierre de Brezé (qui sera aussi un remarquable administrateur), Jehan V de Bueil (Amiral de France et « Fléau des Anglais »), André de Montmorency-Laval de Lohéac (vainqueur de Castillon), Robert VII d’Estouteville et les frères Jehan et Gaspard Bureau de la Rivière (Grands Maîtres de l’Artillerie). Bien mieux organisée en lances (6 à 10 hommes) et en Compagnies, l’Armée de Charles VII est aussi bien équipée en canons.

Le règne de Charles VII voit aussi l’affirmation de l’autorité royale et la centralisation grandissante de l’État. Affirmation avec la Pragmatique Sanction de Bourges (1438) par laquelle le Roi de France s’émancipe davantage d’une Papauté affaiblie par le Grand Schisme d’Occident (cf Article sur la Pragmatique Sanction).
Aspect intéressant, Charles VII reprend plusieurs traits de la politique de son grand père Charles V. Si en 1444, le Conseil du Roi est entre les mains du Comte de Dunois, il exclut les grands princes dont le Roi se méfie au profit de personnalités compétentes issues de la moyenne noblesse ou de la bourgeoisie : Robert d’Estouteville, Guillaume de Tancarville, Étienne Chevalier, Pierre de Beauvau et Guillaume Jouvenel des Ursins. Reste que la personnalité la plus incontournable n’est autre que Jacques Cœur, Grand Argentier du Royaume. Cet habile négociant institue les nouveaux impôts,  assainit les finances du Royaume et institue aussi la frappe des « Gros de Jacques Cœur », soit des pièces frappées avec 92% d’argent. Mais Jacques Cœur ne résistera pas à la méfiance viscérale de Charles VII envers son entourage. Victime de la jalousie de plusieurs nobles et conseillé, il est jugé et condamné en 1452. Il s’évade l’année suivante pour gagner Rhodes.
L’administration fiscale se renforce elle aussi avec la restauration du Fouage (créé par Charles V) et de la Taille (1444) qui sont des impôts directs. Deux nouveaux impôts indirects sont créés : la Gabelle sur le sel et les Aides.
Enfin, du point de vue juridique, Charles VII crée des Cours Provinciales tendant à supplanter progressivement les Seigneuries locales. Et en 1453, le Roi demande que soient entreprises la rédaction des coutumes (ce qui sera fait sous Louis XII).

S’il eut quatorze enfants avec Marie d’Anjou, Charles VII finit par délaisser son épouse au profit d’Agnès Sorel dite la « Dame de Beauté ». Celle-ci eut sur le Roi une grande influence. C’est notamment elle qui promut au Conseil Jacques Cœur et Pierre de Brezé. De sa relation avec le Roi naîtront quatre enfants illégitimes.

Enfin, davantage occupé par la politique, Charles VII n’a pas été un roi mécène. On lui doit quelques aménagements de plusieurs château de la Loire. Détestant Paris, il préférait résider en Touraine, inaugurant la mode de la « Cour itinérante » qui a marqué la dynastie des Valois. En revanche, durant son règne, le gothique flamboyant atteint son apogée et les enluminures de Jehan Fouquet sont très prisées par les grands du Royaume.

Laissant un Royaume de France renforcé et puissant, Charles VII s’éteint au château de Mehun-sur-Yèvre (ancienne propriété de son grand-oncle Jehan Ier de Berry), victime d’un abcès de bouche. Il sera inhumé dans la Basilique Saint-Denis. Son fils Louis XI lui succède conformément aux Lois Fondamentales du Royaume. Mais le fils rebelle n’assistera pas aux obsèques de son père.

(1) : Ancêtre du célèbre personnage de la Révolution.

Sources :
– MINOIS Georges : Charles VII, Perrin
– FAVIER Jean : La Guerre de Cent Ans, Fayard
– MINOIS Georges : La Guerre de Cent Ans, Perrin, coll. Tempus
– DE SENNEVILLE Gérard : Yolande d’Aragon. La Reine qui a gagné la Guerre de Cent Ans,  Perrin