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23 novembre 1407 : Assassinat de Louis d’Orléans

Cet acte qui choqua profondément l’opinion de l’époque prend racine dans le conflit larvé et les tensions qui opposent Louis Ier d’Orléans, second fils de Charles V et frère de Charles VI à son cousin direct, Jehan Sans Peur, Duc de Bourgogne, fils de Philippe le Hardi, neveu de Charles V, cousin du Roi et du Duc.

Les deux intérêts divergent. Louis d’Orléans veut à la fois étendre son influence sur le Nord de l’Italie (il a épousé Valentine Visconti, fille du Duc de Milan Gian-Galeazzo) et reprendre la lutte contre l’Angleterre. De son côté, Jehan Sans Peur souhaite apporter la sécurité politique et économique à son très puissant duché qui recouvre la Bourgogne, la Franche-Comté et les riches cités drapières flamandes. Les deux Princes ont même failli déclencher une guerre privée en 1405.

Le Duc de Bourgogne a un avantage sur son rival, il est populaire auprès des parisiens qui sont réceptifs à ses discours démagogues de réforme et de retour aux coutumes, mises à mal par le règne de Charles V. Christine de Pizan dit même du Duc Jehan qu’il est « un prince d’une grande bonté, d’une véritable droiture d’esprit : il est juste, sage, charitable et doux. Et sa conduite est sans reproche » un prince d’une grande bonté, d’une véritable droiture d’esprit : il est juste, sage, charitable et doux. Et sa conduite est sans reproche ». A contrario, Louis d’Orléans jouit d’une mauvaise réputation. Tapageur, voluptueux, amateur de fêtes et de conquêtes féminines (on pense qu’il est l’amant de la Reine Isabeau de Bavière) mais aussi vaniteux, dépensier et brutal, il s’est attiré l’ire des bourgeois de Paris en raison des méthodes expéditives du Prévôt de Paris Guillaume de Tignonville, qui lui est tout dévoué. On l’accuse en outre de dilapider l’argent des parisiens dans de somptueuses réjouissances et en demeures.
Tout commence à s’enflammer dès lors que Jehan Sans Peur le soupçonne d’avoir voulu « esforcier » son épouse, Marguerite de Flandres.

Jean Sans Peur décide d’en finir avec son cousin et ordonne à l’un de ses hommes de main, Raoul d’Anquetonville de se charger de la besogne. Ainsi, le 23 novembre 1407, alors qu’il quitte l’Hôtel Barbette de la Rue Vieille du Temple où sa belle-sœur Isabeau de Bavière venait d’accoucher, Louis Ier Duc d’Orléans se rend à l’Hôtel Saint-Pol où le pauvre Roy Charles VI l’aurait appelé. C’est en fait un certain Guillaume de Courteheuse, au service de Jehan, qui lui transmet ce faux message. Alors qu’il parcourt la rue à dos d’âne, un certain Raoul d’Anquetonville, sicaire au service du Duc de Bourgogne Jehan Sans Peur (neveu de Charles VI et donc cousin de Louis- les deux hommes sont alors en violente rivalité) surgit avec des comparses au cri de « A mort, a mort ! » . D’Anquetonville et ses comparses désarçonnent Louis d’Orléans, lui tranchent la main et lui fendent le crâne à coup de hache.

Le lendemain, se savant démasqué comme étant le commanditaire de l’assassinat du Duc d’Orléans, Jehan Sans Peur se rend au conseil royal Hôtel Saint-Pol et admet devant son  oncle Jehan Duc de Berry et Louis d’Anjou, que « par l’introduction du diable il avait fait faire ce crime par Raoulet d’Anquetonville et ses complices ». Puis sans demander son reste, il déclare « qu’il allait pisser », dit la chronique et s’enfuit à bride battue jusqu’à Lille.

C’est l’amorce de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignon. Quelque jours plus tard, Jehan Sans Peur alors très populaire à Paris, demandera au Maître en Sorbonne Jean Petit de faire en l’Hôtel Saint-Pol une « Apologie du tyrannicide » afin de justifier son geste.

Source : – Georges Minois, La Guerre de Cent Ans, Perrin
– Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard