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24 juillet 1712 : Victoire du Maréchal de Villars à Denain

La bataille de Denain (dans l’Avesnois) se déroule du 23 au 24 juillet 1712 à la fin de la Guerre de Succession d’Espagne. Denain marque le redressement de l’Armée française après les défaites face aux Impériaux alliés aux Anglais et aux Hollandais.

Après s’être emparés de Bouchain, Douai, Béthune et Aire-sur-la-Lys, les Coalisés (Anglo-Hanovriens, Impériaux allemands et autrichiens et Hollandais) tiennent les rives de la Deûle, de la Lys et de la Scarpe, ce qui leur permet de mettre un pied vers la vallée de la Somme, le Soissonais, la Picardie et la Champagne.
Pendant ce temps, l’Armée Royale de Louis XIV doit s’accrocher aux garnisons qu’elle a pu conserver ; Valenciennes, Landrecies et Le Quesnoy afin de protéger Guise et la Sambre. Mais le Prince Eugène de Carignan-Savoie, l’un des plus grands chefs militaires de son temps, s’empare du Quesnoy sans grande difficulté le 5 juillet et s’installe à Quérénaing, pendant que le Prince d’Arnholt-Dessau vient mettre le siège devant Landrecies.
L’alerte gagne Versailles et le Secrétaire à la Guerre de Louis XIV, Daniel Voysin de La Noiraye, rédige une lettre au Maréchal Claude-Louis Hector de Villars lui indiquant que l’ordre du Roi est de reprendre Landrecies « plutôt que de souffrir que les ennemis se rendent maîtres de cette place, après laquelle il n’en resterait plus d’autres sur cette frontière que le château de Guise ».

Dans le même temps, le Prince Eugène a établi ses lignes sur une soixantaine de kilomètres entre Marchiennes (sur la Scarpe) et Landrecies  avec le camp retranché de Denain (sur l’Escaut) comme point fort. Recevant, son ravitaillement depuis l’Escaut, le Prince a fait aménager toute une voie garnie de retranchements menant de Marchiennes à Denain.

DenainCependant, Villars qui commande l’Armée Royale, reçoit une bonne nouvelle. Conformément à une trêve signée avec l’Angleterre, les 12 000 hommes d’Ormond se retirent vers Gand via Le Cateau et Avesnes-le-sec.

Villars envisage donc plusieurs plans pour son attaque mais celle qu’il retient lui vient d’une recommandation de Le Fèvre d’Orval, Conseiller au Parlement de Douai mais aussi un homme au service du Secrétaire à la Guerre Voysin. Le Fèvre d’Orval préconise donc au Maréchal de « couper la communication de Bouchain et même de Denain et de Marchiennes, si on voulait donner la main à la garnison de Valenciennes pour barrer aux ennemis la communication qu’ils ont par Denain et par Lourches avec la Scarpe et Douai ».

Le 19 juillet, Hector de Villars entame sa manœuvre d’approche. Son armée franchit l’Escaut entre Crèvecœur et Le Catelet et place son armée entre Neuvilly et Molain, derrière la Selle. Informé de la manœuvre, le Prince Eugène déplace le gros de ses forces vers l’Escaut. Le 21 juillet, Villars ordonne à ses subordonnés Vieux-Pont et de Broglie d’attaquer le camp retranché de Denain en espérant que la garnison de Valenciennes commandée par le Prince de Tingry allait les rejoindre en une sortie en force. Sauf qu’Eugène anticipe l’idée de Villars et envoie un fort détachement de cavalerie devant Valenciennes maintenant Tingry bloqué.

Le 23 juillet, Villars s’avance vers Ors pour se rendre compte du dispositif adverse. Décision prise, il n’attaquera pas Landrecies mais Eugène croit encore que ce sera le cas. Villars décide de déplacer toute son armée vers le nord-ouest afin d’attaquer le camp de Denain. L’audacieuse manœuvre a donc lieu dans la nuit du 23 au 24 juillet, l’armée de Villars se déplaçant en trois colonnes parallèlement à la Selle et sous le nez des Impériaux. Malgré un retard de deux heures qui fait encore hésiter Villars, les Français arrivent devant Denain tenu par 20 000 hommes de Hollande commandés par Albermale.
Prévenu par Albermale, Eugène croit à une « gasconnade » de Villars et décide « d’aller déjeuner » (aux dires du Maréchal de Saxe alors jeune officier).

Le matin du 24 juillet donc, l’Armée de Villars encercle le camp de Denain. Appuyés par des canons, les fantassins de Montesquiou mènent la charge, atteignent le parapet et franchissent la muraille provoquant la panique des Hollandais. Albermale décide donc par se rendre, l’affrontement ayant fait peu de morts. Alerté, le Prince Eugène arrive à Denain avec des renforts mais il est trop tard d’autant plus que le Prince de Tingry bloque le pont de Pouvry par lequel les Impériaux auraient du transiter. Eugène n’a pas le choix, il doit se replier vers le cours supérieur de l’Escaut. La bataille de Denain est gagnée pour les Français.

Source :
LESAGE Gérard : La bataille de Denain, Economica, Paris