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24 juin 1940 : Fin de la bataille des Alpes, succès français de 1940 – 2/2

Nous avons vu les combats menés par les Français face aux unités mécanisées allemandes, passons maintenant aux combats menés face aux Italiens.

Au début de juin 1940, Benito Mussolini déclare la guerre à la France pour s’emparer notamment de la Tunisie, de la Savoie, de la Corse et de Nice. Déjà en 1939, peu après la signature des accords de Munich, les parlementaires fascistes s’écrient au Parlement italien : « Savoia, Corsica, Tunisi, Djibuti ! » pour revendiquer le territoire qui appartenait aux Rois de Sardaigne avant 1861 s’étendant entre Chambéry, Turin et Nice et du Mont-Blanc à la Riviera. Cependant, la Savoie avait choisi par référendum, son rattachement au Second Empire.

Pourtant, en 1935, Mussolini s’était entendu avec la France et la Grande-Bretagne pour faire face aux visées expansionnistes de Hitler en Europe Centrale (Front de Stresa).  Malheureusement, l’invasion du Royaume d’Ethiopie en 1936 provoque une sérieuse détérioration des relations entre Rome et Paris et en 1937, Mussolini se rapproche ouvertement de l’Allemagne nazie Par conséquent, le Ministère de la Guerre français poursuit les travaux de fortification le long de la frontière franco-Italienne, dont les plus anciens ouvrages date de 1870. On a tendance à l’oublier aujourd’hui, mais la Ligne Maginot ne s’étendait pas seulement le long de la frontière franco-allemande en Alsace et en Lorraine. En effet, bien que moins élaborés, d’autres ensemble de fortins sont réaménagés ou construits entre le Mont-Blanc et Menton sous la direction du Général Jean-Marie Degoutte dans les années 1930. On fait même construire quelques fortins en Corse, au cas où les troupes du Duce lanceraient un assaut amphibie depuis les côtes du Piémont et de Ligurie. De leur côté, les Italiens ont bâti le «  Vallo Alpino » (« Mur Alpin ») mais qui restait bien moins élaboré que sa rivale française.

En 1939, Mussolini n’envisage pas de déclarer la guerre à la France car bon nombre d’industriels comme de responsables de l’Economie indiquent au Duce que l’Italie n’est absolument pas prête à se lancer dans une guerre européenne. Et ce n’est pas tout, le maître du Palazzo Venezzio a dû réduire sévèrement les dépenses pour l’Armée de Terre et la Marine. Toutefois, au cas où l’Armée française envisagerait des incursions dans le nord-ouest de l’Italie, Mussolini avait ordonné à l’Armée Royale de monter des plans défensifs. Plusieurs bataillons d’Alpini surveillaient la frontière, observant leurs homologues d’alors, les Chasseurs Alpins français. En 1939, Mussolini finit par masser 300 000 hommes le long de la frontière avec la France, afin de faire face à une possible offensive française (Billotte et Gamelin l’avait envisagé) mais rien ne bouge.

Ajoutons à cela, que l’Armée italienne n’avait aucun plan de guerre de prévu en cas d’offensive contre le territoire français, d’autant plus que la Marine Royale était bien inférieure en tonnages aux escadres de la Marine française en Méditerranée. En revanche, l’Armée des Alpes commandée par le Général René Olry, avait sérieusement envisagé une attaque depuis l’autre côté des vallées de Savoie, du Gapençais, du Briançonnais, du Queyras et de l’Arrière-Pays niçois. Par conséquent, plusieurs plans défensifs avaient été élaborés à partir de 1937-1938. Les Français pouvaient bénéficier de l’avantage que le procurait la géographie physique des Alpes. Seuls cinq cols sont praticables par des unités motorisées : le Petit-Saint-Bernard au nord, le Mont-Cenis et le Montgenèvre qui débouchent vers Turin et enfin, les cols de Larche (la Madelana) et de Tende au sud qui menaient à Coni. D’autre part, la route côtière qui mène à Menton est étroite et seulement praticable pour des fantassins et des Mulets.

Fort de Sainte-Agnès (Alpes Maritimes), Ligne Maginot des Alpes

Fort de Sainte-Agnès (Alpes Maritimes), Ligne Maginot des Alpes

En juin 1940, au regard des victoires rapides de Hitler sur le Front de l’Ouest, Mussolini qui souhaitait reconstituer l’Empire Romain et redonner à l’Italie l’antique Mare Nostrum, n’a d’autre choix que de « rattraper Hitler » dans ses succès. Simultanément, il déclare la guerre à la Grande Bretagne et à la France.

Les opérations contre la France sont confiées au Groupe d’Armées Ouest du Prince Umberto di Savoia (Humbert de Savoie) (300 000 soldats) qui regroupait les Ire et IVe Armées, respectivement placées au sud et au nord, soit 18 Divisions d’Infanterie (aux effectifs inférieurs aux françaises), 4 Divisions d’Alplini, 15 Bataillons et 3 000 pièces d’artillerie. Pendant ce temps, la VIIe Armée (« Armée du Pô ») se regroupe derrière les deux autres Grandes Unités avec 10 divisions mobiles à l’efficacité limitée.

En face, avant juin 1940, l’Armée Française déploie la IVe Armée du pied du Mont-Blanc à Menton, avec 11 Divisions d’Active dont 6 Alpines, ainsi que des unités de forteresse et des détachements mobiles, soit 550 000 hommes. Avec les affrontements contre les Allemands, l’Armée des Alpes est ramenée à 175 000 hommes dont 85 000 pour surveiller sur la frontière franco-italienne.

En juin 1940, le général Olry, dispose alors des 64e, 65e et 66e Divisions d’Infanterie Alpines, du 27e Bataillon de Chasseurs Alpins (BCA). Les unités françaises sont réparties entre  des garnisons de fortification, 75 sections d’éclaireurs-skieurs (SES), ainsi que des détachements de Chasseurs Alpins (35-40 hommes) très bien entraînés au combat en montagne.

Le plan italien était assez simple, forcer les cols alpins par une attaque massive des Ire et IVe Armée sur toute la ligne du front, après que l’Aviation ait bombardé massivement les lignes de fortifications Françaises. Les Italiens devaient ensuit atteindre au plus vite Annecy, Chambéry, Gap, Briançon, Menton et Nice. Ensuite, les troupes italiennes doivent se lancer sur la Vallée du Rhône, pendant que les troupes lancées au sud  saisissent la flotte française à Toulon. Mussolini signifie à Badoglio : « Je ne veux  subir la honte que les Allemands occupent le pays niçois puis nous le remettent. » Sauf que ce plan conçu hâtivement par Mussolini, avec des vues irréalistes, sans objectif précis sur lequel masser le maximum de forces et sans une planification sérieuse. Précisons aussi que les Allemands vont atteindre Lyon avant que les Italiens ne lancent leur offensive !

D’autre part, que le commandement italien était pétri de sclérose et de rivalités. Ainsi, le Maréchal Rodolfo Graziani chef d’état-major de l’Armée se précipita au Piémont pour diriger les opérations et ce, sans l’avis ni l’aval du Prince de Savoie, pendant que le Général Soddu (sous-secrétaire d’Etat au Ministère de la Guerre) se présente comme « téléphoniste du Duce », à défaut de ne pouvoir exerce de fonctions de commandement. Ajoutons que les décisions sont prises depuis Rome par le Duce, ce qui accentue la confusion dans la transmission des ordres. Lorsque Roatta, adjoint de Graziani ordonne de « se précipiter contre l’ennemi », son chef envoie comme message à ses subordonnés : « les hostilités contre la France sont suspendues ».

La guerre est déclarée à la France le 10 juin mais l’offensive ne démarre pas tout de suite. Selon leur ordre, les troupes à la frontière doivent « maintenir une conduite absolument défensive, sur terre comme dans les airs ». Se faisant, plusieurs escarmouches se produisent entre patrouilles d’Alpini et de Chasseurs Alpins, sans grande effusion de sang. Les premiers combats de plus grande envergure ont lieu à Gênes et sur la côte Ligure quand une escadre française partie de Toulon s’en prend avec succès à la Marine Royale italienne (11 et 12 juin).  De leur côté, les Britanniques se paient le luxe d’envoyer des appareils bombarder Turin.

L’offensive italienne débute le 21 juin sans grande réussite, dans un temps froid (jusqu’à – 20°C la nuit) et exécrable. Les bataillons d’assaut italiens passent en fait d’un déploiement offensif… avec des moyens défensifs ! Comme appui d’artillerie, ils ne reçoivent que les tirs des canons de forts qui ne s’avèrent pas d’une aide précieuse. Les assauts des Alpini et des Bersaglieri (tirailleurs) échouent presque tous face aux forts français bien dotés en hommes et en armes. Les tirs de barrage de l’artillerie de montagne française brisent bon nombre d’assauts italiens. Les détachements d’éclaireurs-skieurs et de Chasseurs Alpins attendent de pied ferme l’ennemi et le harcèlent sans répit. Plusieurs soldats et officiers français se distinguent notablement. Dans le massif du Beaufortain, attaqué par la IVe Armée Italienne, le Lieutenant Bulle accroché en rappel, dégage la SES/80 au fusil-mitrailleur FM 24/29. En Tarentaise (tenue par le 27e BCA), le Lieutenant Tom Morel, futur organisateur du maquis du Plateau des Glières, s’illustre en ordonnant un tir de barrage sur sa propre position, tout en étant blessé et obtient la reddition de soldats ennemis. Cet acte lui vaudra la Croix de Guerre.

Alpini italiens

Au nord, la IVe Armée de Guzzoni tente de forcer le Col du Petit Saint-Bernard, où les Français ont fait sauter les ponts de passage mais les italiens se font barrer la route par 70 Chasseurs Alpins retranchés dans la Redoute Ruinée (ou fort des Traversette – photo ci-dessous). Le 24, à l’issue de l’armistice, les défenseurs abandonnent le fort avec l’honneur des armes.
Plus au sud, depuis le mont Chaberton (3 120 m d’altitude, dominant Montgenèvre et Briançon), surmonté par des canons de 145/35 sous tourelle blindée, les Italiens canonnent les positions françaises mais leurs bouches sont réduites au silence par la contre-batterie des mortiers lourds français.

Au sud, la Division Acqui remonte la vallée de la Stura en marchant 60 km pendant trois jours, sous la pluie avec tout son matériel. Le 23 juin, elle atteint le Col de la Maddalena et commence à descendre la vallée d’Ubaye. Par chance pour les italiens, le brouillard empêche les Français de régler leurs tirs d’artillerie. Finalement, l’Acqui arrive au pied des forts français de la vallée d’Ubaye mais ne peut les attaquer et doit d’arrêter là. Elle tente alors de de déborder la vallée de Larche mais se fait sévèrement arrêtée par les tirs de barrage français. 397 soldats italiens se rendent.

Au même moment, les Italiens conquièrent Menton et y commettent plusieurs pillages. Toutefois, ils sont arrêtés par les troupes de Marine au Cap-Martin et n’iront guère plus loin. Les pertes françaises sont très légères. Le Colonel Max Schiavon les chiffre à 20 tués et 84 blessés.

Le 24 juin, deux jours après la capitulation avec l’Allemagne, la France signe à Rome un armistice bien plus honorable avec les Italiens. Rome met seulement la main sur une bande terrestre allant du nord des Alpes françaises jusqu’à Menton, cette dernière ville passant sous administration italienne. Nice et la Corse restent sous contrôle français. A noter que jusqu’en 1944, l’occupation italienne s’avérera très correcte avec la population française, une certaine proximité culturelle aidant. En outre, invaincu dans cette bataille le Général René Olry a sauvé Grenoble qui ne sera occupée qu’en 1942 et préservé 300 000 hommes de la captivité.

Sources :
– SCHIAVON Col. Max & LEMOAL Frédéric : Juin 1940. La guerre des Alpes. Enjeux et stratégies, Economica, Paris
– ROCHAT Giorgio : La campagne italienne de juin 1940 dans les Alpes occidentales, www.rha.revues.org
– SCHIAVON Col. Max & DE LANNOY François : René Olry in Généraux français de 1940, ETAI