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26 août 1944 : Libération de Toulon

A la suite de la réussite de l’Opération « Anvil Dragoon », il est nécessaire pour les Franco-Américains de s’emparer des ports de Toulon et de Marseille au plus tôt afin d’assurer la logistique avant la remontée dans la Vallée du Rhône. Mais dès le 15 août, le Generaloberst Johannes von Blaskowitz, commandant du Groupe d’Armées G ordonne la destruction des infrastructures portuaires. 200 navires sont coulés dans la rade et plusieurs installations sont dynamitées.

PHnJmPf1QzLqiRxoxoehKfz2yW8– Le 19 août, le General Alexander M. Patch commandant de la VIIth US Army donne l’ordre à de Lattre de s’emparer de Toulon et de Marseille. De Lattre confie cette mission au IInd Corps d’Armée d’Edgar de Larminat et lui ordonne d’aller vite. De Lattre fait constituer deux gros groupements :

1 – Groupement de Larminat (Edgar de Larminat), 52 000 hommes : 1re Division de Marche d’Infanterie (ou DFL) de Brosset, 9e Division d’Infanterie Coloniale de Joseph Magnan, avec le concours d’éléments de la 3e Division d’Infanterie Algérienne (3e RTA, 7e Chasseurs d’Afrique et 3e Spahis de Reconnaissance), du 5e Régiment de Chasseurs d’Afrique détaché de la 1re Division Blindée (Combat Command 2) des Commandos d’Afrique du Lieutenant-Colonel Bouvet et du 1er Bataillon de Choc du Capitaine Hériard-Dubreuil. Sa mission est de s’emparer de Hyères et de Toulon.
2 – Groupement de Monsabert, 12 000 hommes : Eléments de la 3e DIA (Monsabert), avec les Groupements de Tabors Marocains (Augustin Guillaume) et le Combat Command 1 de la « Saint Louis ». Sa mission est de s’emparer de Marseille où les FFI commencent à passer à l’action.
Seulement, la mise à terre des éléments motorisés sur les trois secteurs de débarquement du 15 août prend du temps et cause un certain retard dans la suite des opérations.

– Dans Toulon, on trouve 18 000 Allemands rassemblés sous le commandement de l’Oberst (Colonel) Widmann de la 242. Infanterie-Division (PC à Brignolles). On y trouve 1 Grenadier-Regiment, ainsi que 5 500 « rampants » et personnels de la Luftwaffe et 2 833 hommes de la Kriegsmarine. Ils peuvent compter sur l’appui de plusieurs pièces de capture (françaises, belges, italiennes, russes, tchèques), ce qui pose de sérieux problèmes en matière d’approvisionnement en munitions. Les troupes allemandes chargées de défendre Toulon sont composées d’éléments d’infanterie mais aussi d’une importante part de personnels administratifs et d’Osttruppen arméniens et azéris peu sûrs. Enfin, depuis le début de l’été 1944, les troupes allemandes doivent mener une violente lutte contre la guérilla contre les maquisards qui se sont implantés dans le Massif des Maures et dans la Forêt des Morières.  Devant l’insécurité croissance, les unités de la 242. ID ont préféré quitté les secteurs montagneux pour se rabattre vers Toulon, comme sur les Forts du Faron et du Coudon.

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Insigne du 3e Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance

Insigne du 3e Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance

– L’attaque sur Toulon commence évidemment par les combats de la 1re DMI de Brosset pour s’emparer de Hyères qui tombe le 21 août (voir article : Libération d’Hyères). Le 20, de Lattre établit son PC au domicile de M. Coulet maire de Cogolin. C’est alors que l’Enseigne de Vaisseau Sanguinetti qui avait été parachuté dans le Var et s’était infiltré dans Toulon arrive au PC du « Roi Jean » pour lui signaler que les Allemands érigent des défenses de façon précipitée. De Lattre décide de prendre l’ennemi de cours avec l’aide des FFI. Il ordonne donc au Colonel François Gonzales de Linarès de former un groupement tactique avec son 3e Régiment de Tirailleurs Algériens, des éléments du 3e Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance (RSAR), le 7e Chasseurs d’Afrique et le Bataillon de Choc de Hériard-Dubreuil, afin d’envelopper Toulon par le nord – via La Garde-Freinet et Gonfaron – pour laisser le reste des éléments des 1re DMI et 9e DIC d’investir la cité portuaire par l’est.

– Toutefois, le 3e RSAR du Colonel Bonjour est déjà parti en avant le 20 guidé par les FFI des Maures et a accroché quelques postes de défense allemands dans le massif. Le lendemain, il est rejoint par Linarès et tout le monde se met en marche, FFI en tête. Malgré quelques accrochages avec des groupes de soldats allemands les Tirailleurs du 3e RTA et les Spahis progressent bien et rejoignent les Maquisards du Revest à l’Ouest de Toulon. Le débordement est bel est bien effectué. Linarès envoie alors ses hommes s’infiltrer par les routes conduisant au Revest et au Beausset avec l’appui des blindés du 7e RCC (Colonel Alphone Van Hecke). C’est la 1re Compagnie du 3e RTA du Lieutenant Alland qui entre la première dans Toulon. En même temps, des éléments mécanisés du 3e RSAR et du 7e RCC atteignent Bandol.

Insigne du 3e RTA

Insigne du 3e RTA

Insigne du 7e RCC

Insigne du 7e Chasseurs d’Afrique

Le 21 toujours, Linarès déclenche son attaque par l’ouest avec Tirailleurs, blindés et Bataillon de Choc. L’assaut est particulièrement violent, Français et Nord-Africains devant combattre de haute-lutte pour s’emparer de la Poudrière, de la batterie du Mont Faron et de la Porte Castigneau. Le tout avec des pertes. Mais en même temps, les FFI du Capitaine Savari passent à l’action à l’intérieur de Toulon et viennent semer la confusion chez les Allemands. Grâce à leur intervention, les hommes du 1er Choc parviennent à pénétrer dans Toulon pour s’emparer du Lycée Napoléon mais ils ne peuvent aller plus loin.

– Le même jour, de Lattre expédie la 1re DFL de Brosset, la 9e DIC de Magnan et les Commandos d’Afrique par le sud en direction afin d’entrer dans Toulon par l’est. Mais les deux divisions se heurtent à une forte résistance de la part des Allemands au niveau du Massif du Touar. Si la 1re DFL s’empare de Pipaudon, elle doit combattre durement pour s’emparer de la Garde et du Pradet.
De son côté, les Tirailleurs Sénégalais et l’Infanterie Coloniale de Magnan appuyés par le 5e Chasseurs d’Afrique du Colonel de Bardies-Montfa sont sérieusement pris à parti dans la Vallée du Gapeau entre Solliès-Pont et Hyères. Pendant près de deux jours, les combats sont acharnés. Finalement les hommes du 6e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS) du Colonel Raoul Salan, les Commandos d’Afrique de Bouvet et l’Escadron Ducourneau (5e RCC) réussissent à s’emparer du Fort du Coudon. Le même jour, les Chasseurs d’Afrique enfoncent la défense allemande à l’est de Toulon (Peloton Destremau). Le lendemain (22 août), Chars et Tirailleurs s’emparent de La Valette mais doivent attendre que les hommes de Brosset aient terminé de s’emparer du Pradet et de la Batterie de Six-Fours.

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Insigne du 6e RTS

Insigne du 6e RTS

Le 23, la 1re DFL contrôle définitivement le Pradet et Magnan lâche les 4e et 6e RTS dans Toulon pour effectuer leur jonction avec les FFI et le Groupement de Linarès. Les combats font rage pendant toute une partie de la journée, pendant que Tirailleurs, Spahis, Sénégalais et Commandos font la course pour savoir qui hissera le drapeau français place de la Liberté. Durant l’après-midi, de Lattre, André Diethelm Commissaire de la République du GPRF et le Major américain Bullitt viennent assister à une cérémonie de Libération qui ne mobilise pas la population toulonnaise étant donné la poursuite des combats.

– Seulement, plusieurs forts et bunkers restent aux mains des Allemands. Larminat confie le nettoyage de Toulon aux 4e et 6e RTS de Magnan épaulés par les FFI de Savari. Il faut donc trois jours aux unités françaises pour s’emparer successivement des Forts de Sainte-Catherine, d’Artigues, du Malbousquet et du Clos Mayol. Pour ce type de combat, les chars des 5e et 7e Chasseurs d’Afrique comme du 3e Spahis s’avèrent particulièrement utiles en tirs tendus, tout comme les pièces d’artillerie du Régiment d’Artillerie Coloniale du Maroc, du 67e Régiment d’Artillerie d’Afrique et du Régiment d’Artillerie Coloniale du Levant.

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Insigne du 5e Chasseurs d'Afrique

Insigne du 5e Chasseurs d’Afrique

– Le 26 août,  tout est fini et l’Obest Widmann choisit de se rendre. Les Français ont perdu 2 700 tués et blessé. L’unité à avoir le plus souffert étant le 6e RTS de Salan (587 hommes perdus depuis le 18 août). De leur côté les Allemands ont eu 1 000 tués et laissent 17 000 prisonniers, qui auraient être bien plus utiles ailleurs. En revanche, Toulon a subi d’importants dégâts notamment dans les quartiers ceinturant le port.
Enfin, symboliquement, les Croiseurs légers « Georges Leygues » et « Emile Bertin » viennent mouiller en rade de Toulon, afin de faire oublier le souvenir du sabordage de la flotte moins de deux ans plus tôt.