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28 juin 1919 : Signature du Traité de Versailles

Comme le dit l’historien français Pierre Milza, « cédant à la force », le ministre allemand Müller signe un traité qui ne sera jamais vraiment accepté par l’Allemagne.

La signature du Traité de Versailles a lieu dans la Galerie des Glaces (là où le IIe Reich Allemand fut proclamé par Bismarck et Guillaume I en 1871…). La République de Weimar – Guillaume II ayant abdiqué en novembre 1918 – est amputée de plusieurs territoires et démilitarisée. En voici les principaux détails.

La conférence était présidée par les chefs d’État et de gouvernement des quatre vainqueurs de la Grande Guerre : Georges Clémenceau pour la France, David Lloyd-George pour la Grande-Bretagne, Thomas Woodrow Wilson pour les Etats-Unis et Victor-Emmanuel Orlando pour le Royaume d’Italie (même si ce dernier ne joua pas vraiment un grand rôle, l’Italie étant davantage concernée par le Traité de Trianon).

Cependant, les quatre grands ont des vues divergentes. En effet, concernant les réparations à imposer à l’Allemagne, Clémenceau homme de la revanche, s’oppose à Wilson, homme voulant se fonder sur un nouveau  droit international (défini par les fameux Quatorze points). LeTigre (surnom de Clémenceau) souhaite notamment annexer la région industrielle de la Sarre, ce à quoi s’oppose le Président américain :
« La carte de l’Europe est couverte, je le sais, d’injustices anciennes que l’on ne peut pas toutes réparer. Ce qui est juste, c’est d’assurer à la France la compensation qui lui est due pour la perte de ses mines de houille, et de donner à l’ensemble de la région de la Sarre les garanties dont elle a besoin pour l’usage de son propre charbon. Si nous faisons cela, nous ferons tout ce que l’on peut nous demander raisonnablement »
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De son côté, marque d’une constante dans la politique internationale britannique, Llyod-George songe davantage à maintenir l’équilibre sur le continent européen, notamment entre la France et l’Allemagne :

« Je voudrais donc placer en frontispice de la paix l’idée suivante : dès que l’Allemagne aura accepté nos conditions, particulièrement les réparations, nous lui ouvrirons l’accès aux matières premières et aux marchés du monde, à égalité avec nous, et nous ferons tout notre possible pour rendre le peuple allemand capable de se remettre sur ses jambes. Nous ne pouvons à la fois l’estropier et nous attendre à être payés […]
La France a des raisons particulières de demander une telle garantie : en un demi-siècle, elle a été deux fois attaquée et deux fois envahie par l’Allemagne. Elle a été attaquée ainsi parce que, sur le continent européen, elle était le principal défenseur de la civilisation libérale et démocratique contre l’Europe centrale autocratique. »

Finalement, les grands se mettent d’accord sur le sort du défunt Empire allemand, devenu République de Weimar. Celle-ci doit d’abord rétrocéder les territoires pris à la France par le Traité de Francfort de 1871 (Alsace et Lorraine).  De plus, Clémenceau obtient que les Armées française et belge occupent les territoires allemands situés à l’ouest du Rhin.
L’Allemagne est alors amputée de la Poméranie-Orientale et de la Silésie qui reviennent à la toute jeune Pologne de Pilsudski. La République de Weimar conserve toutefois la Prusse-Orientale (de Königsberg à Memel) séparée du territoire national par le Corridor de Dantzig (Gdansk). De son côté, la Belgique obtient Eupen et Malmédy, pendant que le Schleswig du Nord revient au Danemark qui est resté neutre durant le conflit.

L’Allemagne est aussi soumise à un très lourd paiement de réparations pour les destructions causées en Belgique et en France. Clémenceau souhaite qu’elle atteigne un montant quasi-exorbitant mais il est freiné là encore par Lloyd-George et Wilson.
En outre, la Kaisersheer (Armée allemande) devient la Reichswehr, réduite à 100 000 hommes (cadres compris), sans chars ni avions et la Kriegsmarine (marine de guerre) doit être démantelée.

Elle renonce aussi à son Empire colonial. En Afrique, le Togo et le Cameroun passent sous juridiction française pendant que les Deutsche-West-Afrika (Namibie) et Deutsche-Ost-Afrika (Tanzanie) passent sous le contrôle des Britanniques. En Extrême-Orient, la Deutsche-Neue-Guinea est happée par l’Australie (alors Dominion de l’Empire Britannique), pendant que le comptoir maritime de Qindgao en Chine (actuelle province du Shandong) est cédé au Japon qui s’était engagé aux côtés des Alliés..

Dans le domaine des relations internationales, le traité pose les bases de la création de la Société des Nations (SDN) pour arbitrer et résoudre les conflits entre États en lieu et place du Concert des Nations, héritier des Traités de Westphalie et de Vienne. Aspect novateur, la SDN est ouverte à tout pays souhaitant y adhérer et non pas réservée aux seules grandes puissances. Ainsi, des puissances moyennes comme des petits pays y adhéreront (Espagne, Norvège, Pays-Bas, Suisse, Portugal, Grèce, Pologne, Argentine, Uruguay, Paraguay, Pérou, Guatemala, Nicaragua, Perse, Chine, Siam, Éthiopie, Libéria…). Notons enfin, d’une part, que les États-Unis n’y entreront pas car le second mandat de Wilson achevé, Washington pratiquera une politique isolationniste décrétée par Warren Harding. Et d’autre part, l’Autriche et l’Allemagne y adhéreront respectivement en 1923 et 1926.

Deux autres traités vont faire écho à celui de Versailles : Trianon qui scellera le démantèlement de l’ancien empire Habsbourg et Sèvres qui fera de même avec l’Empire Ottoman.

Très mal vécu par l’ensemble de l’opinion allemande, le Traité de Versailles fera l’objet d’une violente campagne de dénonciation, surtout de la part des partis nationalistes de la République de Weimar. Toutefois, celle-ci réussira à contourner certains interdits (Traité de Rapallo, Traité de coopération militaire avec la Russie des Soviets) ou bien à en atténuer certaines clauses (Accords Briand-Stresemann et Pacte de Locarno).

Source :
– MILZA Pierre : Les relations internationales de 1918 à 1939, Albert Collin, Paris