Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 3-4 octobre 1943 : Libération de la Corse

3-4 octobre 1943 : Libération de la Corse

La Corse est occupée le 11 novembre 1942 par les forces germano-italiennes, suite au débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Mais les Allemands y stationnent peu de forces – notons tout de même la présence notable de la SS-Sturmbrigade                    « Reichsführer SS » – et confient l’occupation de la Corse aux troupes italiennes. Celles-ci sont peu fiables pour leurs homologues germaniques, car entièrement démotivées avec les déconvenues d’Afrique du Nord et n’ayant aucun – sinon très peu – de sentiment d’hostilité envers la population corse. D’un point de vue militaire et administratif, l’île est placée sous l’autorité de l’Armée Italienne.
La-liberation-de-la-Corse-1943
Si les troupes italiennes sont peu fiables, l’administration d’occupation est beaucoup plus féroce. La Corse est alors sous juridiction des tribunaux militaires de l’Italie Fasciste qui appliquent immédiatement les peines prononcées. Ainsi, cent-dix notables corses sont arrêtés sans jugement et expédiés en captivité à l’Île d’Elbe.

Mais si l’on compte des collaborateurs motivés pour toutes sortes de raisons, la résistance s’organise dans l’île avec de fortes complicités dans l’administration départementale et dans la Gendarmerie. Bien sûr, la résistance corse est d’abord divisée entre plusieurs groupes : maurassiens, gaullistes, sections de l’OCM et de l’ORA, socialistes, communistes etc. Seulement, le groupe départemental du Front National (mouvement de résistance d’obédience communiste dirigé par Pierre Villon) effectue un travail énorme d’unification de la résistance dans la clandestinité (noyautage, sabotage, caches d’armes). Il ne passe pas directement à l’action armée à grande échelle et préfère d’abord concentrer ses forces.

Dans le courant de l’année 1943, la résistance unifiée en Corse peut rassembler 12 000 hommes et femmes prêts à agir, ce qui est absolument énorme pour un département de 8 800 km2 comptant seulement 200 000 habitants. Certains résistants préfèrent tout de même se réfugier dans les maquis, les réduits montagneux et dans la Castagniccia. Toutefois, le Gouvernement Provisoire d’Alger, ordonne à ce que des armes soient livrées aux maquisards qui peuvent mener la vie dure à l’occupant italien. Ainsi, plusieurs missions aériennes parachutent des armes aux insurgés. Les sous-marins des Forces Navales Françaises Libres sont aussi de la partie. Ainsi, le Casabianca du Commandant L’Herminier qui avait refusé de se saborder à Toulon pour rallier l’Algérie, réussit six missions clandestines.

En avril 1943, le Général Henri Giraud commandant en chef civil et militaire d’Alger, charge Paul Colonna d’Istria de préparer les Corses au combat. Il faut jouer avec le Front National car, en raison des pertes dues à la répression, il est le mouvement autour duquel la résistance s’est resserrée.

Paul Colonna d'Istria

Paul Colonna d’Istria

Mais le 25 juillet 1943, Mussolini est destitué de ses fonctions par les Hiérarques du Grand Conseil du Fascisme et le Roi Victor Emmanuel III nomme le Maréchal Badoglio chef du gouvernement. Badoglio entame immédiatement des négociations avec les Britanniques et les Américains. En outre, la population italienne en a assez de la guerre. Finalement l’Italie capitule le 3 septembre. En réaction, Hitler ordonne au Maréchal Albert Kesselring d’occuper l’ensemble de la péninsule. En Corse donc, les 8 000 soldats italiens restent l’arme au pied, ou bien même pour certains, rejoignent les maquis. On voit même des officiers italiens fournir des renseignements clandestins au Front National corse, comme le Général Stivala qui commande la garnison de Bastia ou le Colonel Cagnoni des Chemises Noires de la même ville. Côté allemand, la 90. Panzergrenadier-Division passe en Sardaigne pour laisser la place à la SS-Sturmbrigade « Reichsführer SS » du SS-Standartenführer (Colonel SS) Karl Gesele dans le sud de la Corse.

Fin août, la décision est prise à Alger et à Bastia ; l’insurrection contre les Allemands sera lancée à l’issue de la capitulation italienne. Le 8 septembre, cette décision est maintenue. Le soir même, Paul Colonna d’Istria se rend auprès du Général Magli chef du VII Corpo di Armata (Corps d’Armée) et lui somme de choisir entre neutralité, hostilité ou coopération avec les Corses. Paradoxalement, Magli soumet la Corse à un régime d’occupation des plus sévères depuis 1942. Cependant il déclare à d’Istia : « je suis avec vous… » Il sait aussi que ses forces sont démoralisées et que les désertions s’accroissent dans leurs rangs. Le 9 septembre, avec l’opération Avalanche, Américains et Britanniques débarquent dans le Golfe de Salerne. Le même jour, Magli reçoit la visite du General der Panzertruppen Fridolin von Senger und Etterlin, commandant du XIV. Panzer-Korps (Corps de Chars) et chef des forces allemandes en Corse. Magli assure von Senger de sa bienveillance et ordonne de libérer les prisonniers allemands. En fait, Magli cherche à gagner du temps et attend les ordres venus de Rome.

Le 11 septembre, tout bascule en faveur de la Résistance. En effet, le Commando Supremo (Commandement Suprême remanié après la destitution de Mussolini), ordonne à Magli de « considérer les Allemands comme des ennemis. » Le général s’exécute et ordonne la libération des résistants corses détenus. Quelques Corses incarcérés dans l’Île d’Elbe réussissent même à s’échapper par mer et à rejoindre l’Île de Beauté le 16 septembre.

Rendus féroces par la tournure des événements, les forces allemandes ne s’en prennent pas directement aux résistants corses mais aux soldats italiens dont ils n’acceptent pas la trahison. Accourue de Sardaigne, la 90. Panzergrenadier-Division du Generalleutnant Carl-Hans von Lungershausen reprend Bastia le 13 septembre. Désormais, le seul port accessible pour les Alliés est Ajaccio.
Les Maquisards n’ont pas attendu. Ils se sont lancés  dans des opérations de harcèlement contre les troupes allemandes. Succès, puisque les Allemands, trop lourdement motorisés et ne disposant pas de troupes de montagnes, ne peuvent franchit la dorsale montagneuse qui sépare la Corse en deux. Résistants et les soldats italiens qui se sont joint à eux, tiennent fermement la montagne ainsi que de nombreux villages. Un succès décisif est remporté le 17 septembre à Levie.

Du côté des FFL et du Général Giraud, on a aussi décidé de lancer une opération de débarquement baptisée Vésuve, sans la coopération des Britanniques ou des Américains (hormis la présence d’un US Commando du Captain James Pitteri). L’opération Vésuve est dirigée depuis Alger par le Général Henry Martin.

Les troupes françaises ont été choisies avec discernement compte-tenu des combats en Montagne.
Ainsi, 109 hommes du Bataillon de Choc du Colonel Fernand Gambiez débarquent grâces aux bons soins du Casabianca. Ils ne tardent pas à rejoindre les Résistants pour harceler les convois et les postes allemands sur la côte est. Débarquent ensuite les Tirailleurs Marocains du Colonel de Butler, le 6e Tabor Marocain du Lieutenant-Colonel de la Tour, des Spahis, des artilleurs d’Afrique, ainsi que des unités du Génie et de télégraphistes. Ses forces ont pour mission d’occuper les cols, de libérer la route côtière et de prendre Bastia. Elles opèrent alors vers Borgo, par l’ouest et mène de très durs combats au Col de Teghime contre les Panzergrenadiere. Les Tabors du Lt-Col de la Tour opèrent quant à eux, par le nord-ouest.
La-liberation-de-la-Corse-1943 (1)
Bastia est le théâtre de très durs combats pendant une semaine, du 27 septembre au 4 octobre. Mais à l’aube du 4, le 73e Goum du 6e Tabor entre dans la ville.
Les éléments de la 90. PzGrDiv doivent alors évacuer vers les côtes italiennes.

Les forces allemandes ont subi de très lourdes pertes : 3 000 hommes perdus (terre, air et mer confondues) dont 2 000 tués.

La Corse est donc le premier département français à être libéré et servira de base opérationnelle en hébergeant 17 aérodromes et en reliant l’Afrique du Nord par une ligne maritime contrôlée par les Français. La Corse servira donc de base de départ à la conquête des îles d’Elbe, de Pianosa, Monte Cristo et Capraja (Archipel Toscan), ainsi qu’au débarquement de Provence l’année d’après.

Source :
– http://www.chemindememoire.fr