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3 mai 1800 : Victoires de Stockach (seconde bataille) et d’Engen

Ces deux batailles qui ont eu lieu le même jour de l’année 1801 ont eu lieu durant la Guerre de Seconde Coalition et ont été respectivement remportées par Claude Jacques Lecourbe et Jean Victor Moreau, face aux troupes autrichiennes de l’Archiduc Charles.

Les Généraux Lecourbe (à gauche) et Moreau

Les Généraux Lecourbe (à gauche) et Moreau

Si l’on en croit Antoine de Jomini*, dès la fin avril 1800, partie de Colmar, l’Armé du Danube de Jean-Victor Moreau traverse la Forêt-Noire et déborde les Autrichiens du Corps de Starray. Le 26 avril, le Général Sainte-Suzanne (aile gauche) traverse Kehl avec 3 Divisions et s’avance vers Rastadt et Appenweyer, repoussant les troupes de Kienmayer devant Wildstett. Après avoir replié ses forces dans la précipitation, Kienmayer rassemble le reste de ses forces et tente d’arrêter la Division Souham à Griesheim mais il échoue et doit se retirer sur Offenbourg.

Au centre, le Général Laurent de Gouvion Saint-Cyr débouche de Brisach et envoie la Division de Michel Ney sur Ibringen, Burkheim et Hochstetten. Pendant ce temps, la Division Tharreau déborde les troupes du général hongrois Giulay qu’il force à se replier sur Fribourg, pendant que Gouvion Saint-Cyr s’établirt entre Fribourg et Sankt-Georg, vers le sud, avec Tharreau gardant le Val d’Enfer. Le Général Pal Kray pense alors que Moreau veut forcer le Val d’Enfer et la Kintzig pour fondre vers les sources du Danube. Il décide alors de renforcer Giulay avec 9 bataillons et 24 escadrons, dégarnissant ainsi les plateaux de Stockach et d’Engen.

Les 26-28 avril, Gouvion Saint-Cyr se replie sur Schonau et Saint-Blaise, laissant juste Tharreau au Val d’Enfer. Dans le même temps, Moreau arrive de Bâle avec trois divisions de réserve pour s’établir entre Lauffenbourg et Schonau. La cavalerie lourde du Général Joseph-Ange d’Hautpoul (futur héros d’Austerlitz et d’Eylau) arrive à Neubourg. A la droite de Moreau, la Division Delmas appuyée par celle de Leclerc force le passage de l’Alb et chasse l’Archiduc Ferdinand des hauteurs en face de Lauffenbourg avant de se porter sur Albruck. Après une habile manœuvre de diversion, Delmas lance la Brigade Grandjean qui tourne la position d’Albruck pour se retrouver dans le dos de l’ennemi qui doit fuir en précipitation sur la route de Schafhausen, à cheval sur les villages de Stuhlingen et Neukirch tenus par les troupes du Général Nauendorf.

Toujours selon Jomini, une certaine confusion règne au sein de l’état-major autrichien. Pris de cours par les manœuvres françaises, Kray est mis devant deux choix : jeter le gros de ses forces contre Gouvion Saint-Cyr et Moreau ou bien concentrer ses troupes à Engen en rameutant le Corps du Vorarlberg à Stockach et déployer celui de Kienmayer à Donaueschingen. Au lieu de cela, Kray utilise « d’impuissants paliatifs » (Jomini) et ordonne à Giulay de remonter le Val d’Enfer avec l’Archiduc Ferdinand à sa droite. Starray fait passer quelques renforts à Kienmayer tout en se chargeant de surveiller Kehl et le Brisgau avec 30 000 soldats. D’autre part, 25 000 hommes restent inutilement cantonnés dans le Vorarlberg, alors que Moreau s’apprête à lancer son attaque contre le point faible de Kray, soit entre Neukirch et Neustadt sur la Wurtach.

Du 29 au 30 avril, le Général français remanie son dispositif et met au point son plan d’offensif avec Claude Jacques Lecourbe. Celui-ci doit passer le Rhin le 1er mai, couvert par un assaut sur Nauendorf. Le 1er mai, les Français démarrent leur assaut et la Division Delmas s’empare d’un pont au-dessous de Lauchingen pendant qu’au centre, Gouvion Saint-Cyr s’empare de Stuhlingen, provoquant le repli des forces ennemies sur Lindenau, ce qui permet à Moreau de s’établir entre Stuhlingen et Neuhaus.
De son côté, Moreau concentre ses forces derrière Richlingen durant la nuit du 1er avril. Au petit jour, 25 bateaux dirigés par Dedon font passer 2 bataillons d’Infanterie sur la rive droite du Rhin, pendant que 2 autres bataillons commandés par Goulu trouvent un autre passage près de Paradis. Il trouve alors un secteur défendus par quelques troupes aux ordres du Prince de Lorraine car Kray ne l’avait pas jugé dangereux. Goulu s’empare de Busingen, ce qui alarme de le Prince de Lorraine qui réunit 5 Régiments (3 d’Infanterie et 2 de Cavalerie) avant de se lancer contre Goulu qui doit évacuer Busingen mais se reprend ensuite et résiste aux Autrichiens.

Parallèlement, la Division Vandamme passe aussitôt sur la rive droite. Ensuite, l’aile droite de Lecourbe s’empare de Ramsen, d’Hohentwiel et remonte l’Aach. La Division Montrichard se porte ensuite à Randegg et Thayngen et vient s’ancrer sur les routes menant à Engen et Stockach. C’est alors que la Cavalerie d’Etienne Champion de Nansouty, remarquable manieur de cavalerie, lance une reconnaissance sur Steuslingen et la Division Lorges descend le Rhin pour atteindre Schaffhausen et y rejoindre Goulu qui résiste toujours. Devant l’arrivée de renforts français, le Prince de Lorraine doit se replier. Le Division Lorges parvient en haut de Schaffhausen et y établit sa jonction avec Moreau. Le 2 mai, le Général Lecourbe installe son aile droite sur les chemins menant de Schaffhausen à Engen et à Stockach.

Dépourvu par la rapidité et l’audace de la manœuvre des Français et constatant la menace sur les forces du Général Nauendorf, Thayngen et Steusslingen, le Général Kray décide d’y expédier des renforts et ordonne à Giulay de rejoindre l’Archiduc Ferdinand à Bondorf afin de bloquer Gouvion Saint-Cyr. Kray prévoit ensuite de réunir ses forces et de se porter sur Stockach « ou protéger ses magasins » selon Jomini.
Pour prévenir la menace d’une attaque du Prince de Reuss contre les troupes de Gouvion Saint-Cyr, Moreau ordonne à Lecourbe de se porter sur Stockach afin d’envelopper la gauche de Kray pendant que lui-même attaquerait de front à Engen avec ses divisions de réserve. Enfin, Gouvion Saint-Cyr doit continuer d’avancer sur la droite.

Le 3 mai, Claude Jacques Lecourbe fait marcher ses divisions contre la ligne Orsingen – Espesingen défendue par les Brigades des Généraux Sporck et Kospoth. La Division Vandamme avec les Brigades Laval et Molitor attaquent Sernatingen et Wahlwies, pendant que la Division Montrichard et la Cavalerie de Nansouty marchent sur Steusslingen et Orsingen. Enfin la Division Lorges remonte le Vallon de l’Aach (Goulu) et part sur Engen (Lorges). C’est un poing de 25 000 Français qui avance contre les 9 000 hommes du Prince de Lorraine. La Division Vandamme doit affronter quelques groupes mais peut attaquer Wahwies défendu par 4 bataillons ennemis, tout en lançant une autre partie de ses forces sur Espeningen. L’assaut rondement mené par Goulu réussit à couper la route de Stochach aux Impériaux qui sont séparés en deux groupes : un sur Stockach et un autre sur Lenzingen. Celui-ci est tenu par le gros des troupes de Joseph-Marie de Vaudémont Prince de Lorraine qui a dû aussi abandonner la route d’Orsingen à la Division Montrichard. Séparé des forces de Kray, il ne peut espérer des renforts mais il décide de ne pas abandonner Stockach qui est une excellente position. Mais voici que Montrichard lance ses Brigades Daultane et Schinner sur Nellenberg, pendant que le 8e Régiment de Hussards du Colonel Jacob François Marulaz (Marola) vient lui aussi tourner les troupes du Prince. Ces deux manœuvres viennent menacer les ailes autrichiennes, dessinant une tenaille pouvant piéger 4 000 hommes près des bois de Berlingen. Aussitôt, le 8e Hussards, rejoint par le 9e Hussards du Colonel Nicolas Ducheyron harcèle les troupes ennemies avant d’être rejoint par toute la Division Nansouty. Une charge des cavaliers français enfonce l’Infanterie autrichienne qui choisit majoritairement de se rendre ou de fuir vers Möskirch et Pfullendorf.
Le Général Lecourbe ramasse alors plus de 3 000 prisonniers, 500 chevaux et 8 pièces d’artillerie. La second bataille de Stockach s’achève sur une revanche française incontestable.

la-bataille-de-stockach

Pendant ce temps, le Général Kray rameute son corps de bataille à Engen à marche forcée. Mais il n’a aucune liaison avec Giulay et le Prince Ferdinand et décide de s’installer à Engen pour reposer ses forces, tout en renforçant la position du Général Nauendorf avec la Division Baillet.
Alors que Nauendorf débouche de Weiterdigen, il tombe sur la Division Lorges en infériorité numérique et qui n’attaque pas, préférant attendre Delmas. Prudemment, Nauendorff décide de se retirer sur Weiterdigen, tout en laissant 8 Bataillons dans un bois. Côté français, la Division Leclerc (dirigée par Louis Bastoul) restée jusque-là en réserve vient se placer en ligne aux côtés de celle de Delmas. Celui-ci reçoit alors l’ordre de Moreau de s’emparer du bois tenu par les 8 Bataillons ennemis, pendant que Bastoul marchera sur le Mahlberg afin de déborder la gauche de Kray.

L’attaque planifiée par Moreau réussit pleinement et Nauendorf n’a d’autre choix que de se retirer derrière Engen. Delmas en profite immédiatement et expédie deux colonnes commandées par Granjean et Cohorn pour chasser les 8 Bataillons Autrichiens du bois, tandis que la 46e Demi-Brigade de Jacopin attaque l’ennemi de front et à la baïonnette.
Complètement surpris, les Autrichiens choisissent de se replier derrière Welsch-Engen en laissant des prisonniers.

De son côté, le Général Kray décide de profiter du terrain pour se placer en défensive en ancrant une partie de son corps à Leipferdinen, Stetten, Wolterdingen et Welsch-Engen. Sauf qu’il néglige la position du pic Hohenhöwen au pied duquel Nauendorf avait placé son artillerie. Le coup d’œil de Moreau l’engage à ordonner à Delmas de s’emparer du Hohenhöwen. Delmas s’exécute mais perd beaucoup d’hommes en raison des tirs d’artillerie autrichiens. Toutefois, la 46e Demi-Brigade, ainsi que les Brigades Grandjean et Cohorn parviennent à tourner le Hohenhöwen et à en accrocher les pentes. Après un furieux assaut, les Français s’emparent de l’éminence. Nauendorf décide alors de se repositionner sur Neuhausen et Anselfingen.
Mais pendant ce temps, la Division Richepanse s’empare de Wolterdingen au nord-ouest du Hohenhöwen mais ne peut déboucher plus loin en raison des canons ennemis. Cependant, la Division de Baraguey-d’Hilliers (Corps de Gouvion Saint-Cyr) parvient à la lisière des bois de Riedeschingen mais il est arrêté devant Leifertingen. Richepasse tente alors de déboucher de Wolterdingen en lançant la Brigade Durutte mais celle-ci est encore arrêter. Pensant tirer avantage de la situation, Kray décide de jeter une grande partie de ses forces contre Delmas pour reconquérir le Hohenhöwen et contre Richepanse. S’ensuit là encore un violent combat durant lequel les Français résistent mais le Général Antoine Richepanse est tué. L’arrivée de la Brigade Roussel (Division Baraguey-d’Hilliers) vient sauver la situation.
Dans le même temps, Kray ordonne à Nauendorf de reprendre Welsch-Engen. Nauendorf fait alors charger sa cavalerie qui bouscule quatre escadrons français mais qui est arrêtée par la 14e Brigade.

Moreau décide alors de venir en aide aux troupes de Richepanse en lui envoyant 5 Bataillons de la Division Lorges et la Brigade de Carabiniers. Le tout placé sous les ordres de François Bontemps marche sur Ehingen et s’en empare. Mais Nauendorf contre-attaque avec sa cavalerie et reprend Ehingen malgré la résistance des Carabiniers.
Mais Jean Victor Moreau n’abandonne pas et expédie la moitié de la Division Bastoul (Leclerc) avec la Réserve de Cavalerie d’Hautpoul et une partie des troupes de Bontemps ralliées derrière Mulhausen. L’attaque reprend et cette fois-ci, les Français reprennent toutes les positions perdues.

A la fin de la journée, Kray apprend la perte de Stockhach et décide de replier ses forces. L’Archiduc Ferdinand se retire donc sur Tuttlingen, pendant que le gros de l’Armée fait de même sur Liptingen et Möskirch pour y retrouver le Prince de Lorraine venu de Pfullendorf.  Après un repos accordé à ses troupes, Moreau va pouvoir les faire marcher sur Möskirch, à la poursuite de l’ennemi.
* Banquier, officier et historien suisse devenu théoricien de la stratégie. Passé au service de la France, il se brouillera avec Napoléon et partira se mettre au service du Tsar Alexandre.

Source :
DE JOMINI Antoine : Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution, tome 13