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30 octobre 1685 : Mort de Michel Le Tellier

Dans l’Oraison funèbre qu’il prononça aux obsèques de ce Secrétaire d’État à la Guerre, Bossuet dit de lui que « la sagesse, après l’avoir gouverné dès son enfance, l’ait porté aux plus grands honneurs et au comble des félicités humaines » . Ajoutant ensuite : «  Il a connu la sagesse que le monde ne connaît pas ; cette sagesse qui vient d’en haut, qui descend du Père des lumières ».

S’il pratiqua le népotisme politique et ecclésiastique (au même titre que Colbert), permettant ainsi l’assise du Clan Louvois sur la direction du Royaume, Michel Le Tellier Marquis de Barbézieux n’en fut pas moins l’un des plus remarquables hommes d’Etat de la première partie du règne de Louis XIV. Sage, prudent, calculateur et habile, il servit la couronne des Bourbons avec dévouement et loyauté.
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Né le 19 avril 1603 à Paris au sein d’une famille de bourgeois magistrats, Michel Le Tellier étudie le Droit avant de débuter sa carrière comme Conseiller au Grand Conseil durant le règne de Louis XIII. Il devient ensuite Procureur du Roi au Châtelet de Paris puis Maître des Requêtes. C’est dans cette dernière charge qu’il se fait remarquer une première fois en 1639 par le Chancelier Pierre Séguier et Omer Talon lors de la répression qui frappe la Normandie après la révolte des Va-Nu-Pieds (Avranchin et Rouen).

Sur recommandations, Louis XIII et le Cardinal de Richelieu l’envoie en Italie pour administrer l’Intendance de l’Armée du Piémont, charge où il fait encore montre de compétences. En 1640, il rencontre Mgr Jules Mazarin à Turin. Les deux hommes en viennent à nouer une relation d’amitié qui perdurera à la mort du prélat. Mazarin qui a l’oreille de Richelieu, profite de l’éloignement de François Sublet des Noyers pour faire nommer Le Tellier Secrétaire d’Etat à la Guerre. Le jeune commis d’Etat est tout de suite apprécié à ce poste. Il s’efforce notamment de lutter contre la corruption qui frappe les Commissaires aux Armées chargés du recrutement, de renforcer la discipline, de lutter contre la vénalité des commandants de compagnies et des colonels, de consolider le rôle des Trésoriers généraux et d’améliorer l’intendance ainsi que le ravitaillement. Afin de rationaliser cette administration majeure pour la puissance du Royaume, Michel Le Tellier crée cinq bureaux chargés de missions spécifiques : Réglementation, Contrôle du personnel, Dépêches des Guerres et instructions confidentielles, Acheminement des troupes et enfin, Vivres et pensions. En 1660, on règle enfin la question du paiement des troupes.
Du point de vue de l’Histoire Militaire du Grand Siècle, l’oeuvre de Michel Le Tellier est sans conteste importante. Grâce à lui, Louis XIV bénéficiera de l’une des meilleures armées d’Europe.

Entre-temps, Michel Le Tellier a épousé Elisabeth Turpin qui lui donnera deux enfants.

En 1643, après la Mort de Richelieu et de Louis XIII, Mazarin (devenu Ministre Principal) assure la Régence du tout jeune Louis XIV aux côtés de la Reine Mère Anne d’Autriche. La carrière de Le Tellier fait encore un bond. Fort de l’estime du Cardinal Régent, il siège au Conseil. Mais bientôt vient la Fronde. Michel Le Tellier fait encore preuve d’habileté et participe active aux négociations qui aboutissent à la signature de la Paix de Ruel (Rueil) le 11 mars 1649. Mais lorsque Mazarin doit s’exiler à deux reprises, avant de revenir, Anne d’Autriche choisit Le Tellier comme son conseiller principal. Le Secrétaire d’Etat à la Guerre tient ferme face aux Princes rebelles.
En outre, si l’on en croit Bossuet, la place qu’occupait Le Tellier en ces deux occasions suscitait les « impatiences et les jalousies de son protecteur, ou plutôt de son protégé » (Mazarin). Notons enfin qu’en 1651, Michel Le Tellier recommande à Mazarin un magistrat nommé Jean-Baptiste Colbert.

Lorsqu’en 1661 Mazarin disparaît et que commence le règne personnel de Louis XIV, Michel Le Tellier devient l’un des hommes forts du Conseil royal avec Colbert. En bon adepte du népotisme, il associe son fils François-Michel Le Tellier Marquis de Louvois au gouvernement du Royaume et plus précisément au Secrétariat d’Etat à la Guerre. Son autre fils, Charles Maurice Le Tellier qui avait pris la voie de la carrière ecclésiastique deviendra Archevêque de Reims.

Enfin, résolument hostile aux Huguenots, Michel Le Tellier a soutenu Louis XIV dans la Révocation de l’Edit de Nantes.

A la mort de ce grand serviteur, le Roi Soleil lui rend hommage par ces mots : « Jamais homme n’a été de meilleur conseil en toutes sortes d’affaires. »

Michel Le Tellier repose toujours en l’église Saint-Gervais à Paris.

Lire :
– BLUCHE François : Louis XIV, Fayard
– CHALINE Olivier : Le règne de Louis XIV, Flammarion
– BOSSUET Mgr Jacques-Bénigne : Oraison funèbre de Michel Le Tellier, http://www.abbaye-saint-benoit.ch