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31 juillet 1358 : Etienne Marcel est tué Porte Saint-Denis

Rappelons le contexte. Après le meurtre des Maréchaux de Normandie et de Champagne, le 22 février 1358 et la fuite du Dauphin Charles à Senlis puis en Champagne (cf article sur le sujet), Paris est aux mains d’un Triumvirat formé d’Étienne Marcel, Jehan de Picquigny et Robert Le Coq ; Marcel étant la figure de proue. Avec la Grand Ordonnance de 1357, Marcel a fait en sorte que les pouvoirs du Roi soient limités par les États Généraux, notamment en matière fiscale.
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En juin 1358, Charles le Mauvais Roi de Navarre revient de Picardie où il a participé à la répression de la Grande Jacquerie et cantonne ses mercenaires (dont beaucoup d’Anglais) à Saint-Denis, ce qui n’est pas sans inquiéter les Parisiens. Pour ajouter à la confusion, le Dauphin Charles a réussi à rallier une partie de sa noblesse et assiège Paris par Charenton. Mais intelligemment, le jeune régent se cantonne à lancer quelques escarmouches contre Charles le Mauvais et évite de lancer son armée contre Paris, évitant ainsi un bain de sang. Son objectif est de décrédibiliser Marcel en se montrant sage et clément aux yeux des Parisiens.

C’est alors qu’Étienne Marcel commet l’erreur d’envoyer des lettres aux Bonnes Villes dans lesquelles il recommande que Charles le Mauvais soit proclamé « Capitaine Universel » pour lutter contre le Dauphin. Pour des Bourgeois anciennement alliés à Marcel mais agacés par ses menées avec le Navarrais, c’en est trop ! L’atmosphère devient délétère et une nouvelle révolte gronde. Marcel, Lecoq et Picquigny commettent alors la seconde erreur de lâcher leurs mercenaires contre la foule réunie place de Grève. On dénombre entre six-cents et sept-cents morts. Pour les Parisiens les coupables sont tous désignés ; Marcel et Charles le Mauvais. Finalement, beaucoup de bourgeois décident alors de se rallier au Dauphin Charles. Une entrevue est donc organisée entre l’échevin  drapier Jehan Maillart, Pépin des Essarts et le Président du Parlement de Paris, Jehan Pastoret.

Sentant alors le vent tourner dangereusement en sa défaveur, Étienne Marcel décide d’aller chercher le Roi de Navarre et tente de quitter Paris par la Porte Saint-Antoine puis par la Porte Saint-Denis durant la soirée du 21 juillet. Mais il est arrêté Porte Saint-Denis par Jehan Maillart. Sommé de répondre « Montjoie au Roi et au Duc ! », Marcel répond par « Montjoie au Roi ! ». Maillart le reconnaît et lui fend le crâne à coup de hache.

Le 2 août, le Dauphin Charles fait son entrée dans Paris et adresse un pardon générale même si quelques-uns des bourgeois les plus compromis sont pendus. Quant à Lecoq et Picquigny, ils s’enfuient de Paris.

Le Dauphin restera à jamais marqué par cet épisode. Devenu Charles V, il fera en sorte de réduire les prérogatives de la Prévôté des Marchands, en lui imposant un contrepoids politique, celui du Prévôt de Paris qui incarne directement l’autorité du Roi de France dans la Capitale. Marqué aussi par la trahison de Marcel envers la Couronne de France, Charles V affirmera avec force la notion de fidélité de la noblesse et des Conseils des Bonnes Villes envers lui.

L’épisode sanglant d’Étienne Marcel ne sera qu’une parenthèse dans la volonté des Bourgeois de Paris de vouloir limiter le pouvoir des Valois. A contrario, le règne de Charles V amorcera une dynamique de centralisation du Pouvoir Royal.

Sources :
– FAVIER Jean : La Guerre de Cent Ans, Fayard
– MINOIS Georges : La Guerre de Cent Ans, Perrin, coll. Tempus