Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 4 novembre 1956 : Disparition de Son Eminence le Cardinal Saliège

4 novembre 1956 : Disparition de Son Eminence le Cardinal Saliège

Grande figure de la Résistance spirituelle et morale à l’occupation nazie en France, Son Éminence Jules-Géraud Saliège Archevêque de Toulouse, titulaire de l’Ordre de la Libération, est l’un des grands prélats français reconnus comme Juste Parmi les Nations.
1244379432_saliege
Auvergnat de naissance, Jules-Géraud Saliège voit le jour le le jour le 24 février 1870 à Mauriac dans le Cantal.

Se destinant à la prêtrise, il fait ses études au Petit Séminaire de Pleaux (près de Mauriac) avant d’entrer au Grand Séminaire d’Issy-les-Moulineaux. Après son Ordination, il retourner en Auvergne et devient professeur en 1905. Deux ans plus tard, il enseigne au Petit Séminaire de Saint-Flour.

Lorsqu’éclate la Grande Guerre, l’Abbé Saliège se porte volontaire pour le Front et est incorporé à la 163e Division d’Infanterie comme aumônier et infirmier. Se dépensant sans compter auprès des Poilus, le P. Saliège connaît les combats de Verdun. Gazé en 1917, il est démobilisé et retourne exercer son apostolat à Saint-Flour.

Ordonné Évêque de Gap en 1925, puis Archevêque de Toulouse en 1928, ce prélat à poigne dénonce le totalitarisme communiste tout en mettant ses fidèles en garde contre le Fascisme et le Nazisme. Des informations lui parviennent de Berlin grâce au Père René de Naurois, le futur Aumônier du Commando Kieffer.

Son esprit de charité le conduit à accueillir des familles de Républicains espagnols à partir de 1938. L’année d’après, ce sont des étudiants de Pologne qui viendront trouver refuge au sein des institutions catholiques toulousaines.

D’abord fidèle au Maréchal Pétain en 1940, Monseigneur Saliège prend ses distances avec le Régime de Vichy. Parallèlement, il met en place des structures d’asile pour les enfants juifs dans son diocèse.

Après s’être insurgé contre les rafles d’enfants, il rédige une lettre retentissante le 23 août 1942. En voici le contenu :

Mes très chers Frères,
Il y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.
Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.
Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?Seigneur ayez pitié de nous.
Notre-Dame, priez pour la France.
Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.
France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’es pas responsable de ces horreurs.
Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.
Jules-Géraud Saliège
Archevêque de Toulouse
23 août 1942

A lire dimanche prochain, sans commentaire.

A partir de ce moment, malgré une paralysie, le courageux prélat ne cesse pas de se dépenser pour sauver des milliers de personnes de la déportation. Ayant eu preuve des actes de Résistance du Prélat, la Gestapo vient l’arrêter en juin 1944 lors d’une rafle. Compte-tenu de son âge avancé, Mgr. Saliège connaît juste l’internement.
Libéré à la fin de l’été, il sera acclamé par 20 000 personnes sur le Capitole. Aussitôt, il prend position contre les dérives meurtrières de l’épuration.

En 1946 le Commissaire de la République Pierre Bertaux lui remet la Croix de la Libération pendant que le nouveau Nonce Apostolique SE Mgr. A. Roncalli (futur Jean XXIII) lui remet les insignes de Cardinal par dérogation spéciale de Pie XII.

Il repose aujourd’hui dans la Cathédrale Saint-Etienne de Toulouse.