Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » 6 février 1934 : manifestations des Ligues

6 février 1934 : manifestations des Ligues

– Replaçons les choses dans leur contexte. La France est alors secouée par la crise de 1929 et bien évidemment, la confiance dans la classe politique s’en trouve ébranlée.
Par conséquent, l’antiparlementarisme – de droite ou fortement marqué à droite – connaît un renforcement dans l’opinion.

– Or, le 8 janvier 1934 l’aventurier et affairiste  Alexandre Stavisky « ordonnateur » de la faillite du Crédit Municipal de Bayonne est retrouvé mort dans son chalet de Chamonix. Un scandale d’État est alors révélé par la presse : Stavisky avait bénéficié de la complicité du maire de Bayonne et « arrosé » des parlementaires et des ministres du gouvernement Radical-Socialiste de Camille Chautemps. Le très satirique Canard Enchaîné (de gauche) titre, avec son sens de la formule : « Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à trois mètres. C’est ça d’avoir le bras long ».

– La droite se saisit immédiatement de la révélation en dénonçant les corrompus et en pointant du doigt la très influente franc-maçonnerie. On réclame la démission de plusieurs personnalités. Le député de droite Jean Ybarnegaray (Fédération Républicaine) demande l’ouverture d’une commission d’enquête. Camille Chautemps, lui même franc-maçon refuse. le Président Albert Lebrun souhaite calmer les esprits et appelle le « Taureau du Vaucluse » Edouard Daladier à la Présidence du Conseil pour remplacer Chautemps. Mais cela ne suffit pas. La mutation au Maroc du Préfet de la Seine, Jean Chiappe, soupçonné de sympathies – réelles – pour les Ligues met le feu aux poudres. Eugène Frot, Ministre de l’Intérieur, s’était montré défavorable à la révocation masquée de Chiappe pour des raisons de maintien de l’ordre public mais il est forcé de suivre le Gouvernement. Les Ligues de droite décident alors d’occuper la rue le 6 février 1934. La presse, celle de droite en particulier se déchaîne. L’Action Française titre en une « A bas les voleurs ! ». Même Le Figaro qui incarne le centre-droit modéré, s’adresse aux parlementaires et ministres est ces termes acides : « allez-vous-en vite et tous ! »

– Toutefois, les Ligues antiparlementaires n’ont pas véritablement de ligne commune et vont défiler en ordre dispersé. On trouve donc, en pointe, l’Action Française monarchiste et organe du « nationalisme intégral » dirigée par les indéboulonnables Léon Daudet, Charles Maurras et Maurice Pujo ; les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger sans réel encartage politique mais très marquées à droite ; la très puissante organisation d’Anciens Combattants UNC (Union Nationale des Combattants) et enfin, celle du Colonel François de la Roque baptisée les Croix de Feu. De la Rocque – que les Allemands enverront à Sigmarigen en 1943 pour résistance – ne prône absolument pas la chute de la IIIe République. Se réclamant de « la fraternité d’armes des tranchées », il plaide des réformes en faveur d’un exécutif fort et sa doctrine s’inspire autant du Bonapartisme, du Corporatisme, que du Catholicisme Social.
Sur le plan extérieur, si certaines personnalités des ligues de droite nourrissent une certaine sympathie pour Mussolini (qui se méfie encore fortement de Hitler) empruntant volontiers les recettes du fascisme italien pour les défilés et rassemblements, elles restent fortement hostiles à l’Allemagne.


– A côté de ses mouvements, on trouve des membres de mouvements plus radicalisés comme le Faisceau de Georges Valois (se revendiquant du fascisme italien et oscillant entre radicalisme de droite comme de gauche), le Parti Franciste de Marcel BucardSolidarité Française du parfumeur François Coty et même la Fédération des Contribuables. Toutefois, le 6 février, le mot d’ordre commun est « à bas les voleurs ! »

– Ainsi, le 6 février 1934, 30 000 Manifestants défilent donc sans réelle coordination. Des Camelots du Roi (Action Française), conduits par le sculpteur Maxime Real del Sarte, forment même un gouvernement provisoire à l’Hôtel de Ville. L’Action Française part du boulevard Raspail pendant que l’UNC part de la Concorde. Le Colonel de La Rocque rassemble ses Croix de Feu aux Invalides mais refuse de marcher sur le Palais Bourbon (Assemblée). Maurras, Daudet et l’ensemble des autres chefs de la droite radicale lui en tiendront rigueur.
L’UNC et l’Action Française convergent vers l’Assemblée Nationale. Mais la manifestation tourne à l’émeute. La Police de Paris, les Gardes Mobiles et les Gendarmes tirent. On dénombre plusieurs morts et des dizaines de blessés. Devant la tournure des évènements, Daladier en vint même à envisager l’instauration de l’État de siège.

– La manifestation est finalement dispersée et le calme revient en fin de journée. Le lendemain l’Humanité titre « Le coup de force fasciste a échoué », pendant que son ennemie L’Action française proclame sous la plume de Maurras que « l’on a tiré sur les anciens combattants ».

– Pour apaiser tout le monde, Albert Lebrun accepte la démission de Daladier et rappelle d’urgence le vieux Gaston Doumergue, personnage rassurant et consensuel qui forme un Gouvernement d’Union Nationale, incorporant notamment le très populaire Maréchal Philippe Pétain, André Tardieu et Louis Barthou.

– Les deux autres conséquences à moyen terme vont être : d’une part, la peur de la gauche du coup d’Etat fasciste, qui mènera à l’union des gauches du PCF aux Radicaux-Socialiste (Front Populaire) et deuxièmement, à une radicalisation de la Droite.

Lire :
– Ouvrages de Pierre Milza et Serge Bernstein.
– DE LA ROCQUE Colonel François : Pourquoi je suis républicain. Carnets de captivité, Le Seuil.