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6 octobre 1914 : Mort du Comte Albert de Mun, combattant du Catholicisme Social

« Mais quelle voix ! », disait de lui Maurice Barrès pour souligner ses remarquables qualités d’orateur. Même le Socialiste anticlérical René Viviani (Président du Conseil en 1914) le qualifiait de « plus grand orateur du Parlement, égal dans la préparation et dans l’improvisation ». D’abord Légimiste, un temps boulangiste, finalement rallié à la IIIe République en 1892, anti-dreyfusard (mais non antisémite), toujours fidèle à l’Eglise et à la France, Albert de Mun a lutté pour réconcilier ouvriers et catholicisme, capital et travail.
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– Né en 1841 au Château de Lumigny enSeine-et-Marne, Adrien Albert Marie de Mun choisit la carrière des armes sous le Second Empire et entre à Saint-Cyr, avant de choisir la cavalerie. Aux dires de Mme de Gramont, il mène « joyeuse vie » avant son mariage avec Simone d’Andlau (1867) à partir duquel il retourne à une vie « très chrétienne ».

– En 1870, il combat les Prussiens et est capturé. Il partage la captivité avec son ami légimitiste François-René de La Tour du Pin Marquis de la Charce. C’est de l’autre côté du Rhin que de Mun et La Tour du Pin font leur rencontre avec le mouvement populaire catholique allemand et l’Archevêque de Mayence, Mgr Wilhelm Emmanuel Freiherr von Kettler, l’un des « Pères » du Catholicisme social en Europe.

– De retour en France, Albert de Mun est témoin de la violente répression ordonnée par Thiers contre la Commune de Paris. S’il ne nourrit guère de sympathies pour les chefs de l’éphémère gouvernement utopiste, il est en revanche choqué du traitement infligé au petit peuple. Prenant conscience que l’Église ne peut rester insensible au sort des ouvriers. En 1878, Albert de Mun et François-René de La Tour du Pin fondent avec Maurice Maignien, Félix de Roquefeuil-Cahuzac et des Frères de Saint Vincent de Paul l’Oeuvre des Cercles Catholiques d’Ouvriers. Cette organisation animée par des laïcs et des prêtres a plusieurs objectifs : rechristianiser le milieu ouvrier, protéger et défendre les travailleurs contre les dérives de l’industrialisation et du capitalisme et enfin, proposer un contre-modèle de société fondé sur le Corporatisme. Le terme fait explicitement référence aux « Corporations de métiers » créées au XIIIe siècle par Saint-Louis. Ni libéral, ni capitaliste, pas moins révolutionnaire, Albert de Mun et ses amis se placent dans une logique d’une société organisée fondée sur l’Équité et la Justice et plaident ainsi pour la création de « Syndicats mixtes » qui associeraient à la fois dirigeants et ouvriers. En 1886, se crée sous son égide l’Association Catholique de la Jeunesse Française (ACJF). Enfin, Albert de Mun participe notamment à l’Union de Fribourg de 1884 qui rassemble les principaux mouvements du Catholicisme social en Europe (Allemagne, France, Autriche, Italie et Belgique). Toutefois, l’idée de fonder un grand parti catholique en France à l’image du très puissant Zentrum Rhéno-Bavarois (fondé par Liebert et Windhorst) restera un échec. En revanche, ses idées seront appliquées – quoique avec davantage d’avant-garde –

– S’engageant en politique, Albert de Mun est élu Député du Morbihan en 1881 et sera constamment réélu jusqu’en 1893. Battu par un candidat radical (soutenu par des royalistes locaux non ralliés à la République), de Mun est cependant réélu lors d’une législative partielle à Morlaix en 1894, mandat qu’il conserve jusqu’à son décès.

– D’un point de vue des idées politiques, Albert de Mun, très proche de Henri Comte de Chambord (l’un de ses fils est filleul du Comte), ne conçoit pas une société corporatiste sans une monarchie forte et s’oppose en cela au régime parlementaire. « Le parlementarisme, voilà l’ennemi ! » déclare-t-il lors d’un discours. En cela, Albert de Mun ne peut nullement être qualifié de « Démocrate-Chrétien ».
Sauf qu’en 1883, le Comte chef de file des Légitimistes meurt, ce qui ruine tout espoir d’une restauration. Albert de Mun soutient alors Georges Boulanger et fini par se rallier à la IIIe République après la publication par Léon XIII de l’Encyclique, Au milieu des sollicitudes. Peu de temps après, il fonde l’Action Libérale Populaire qui regroupe des catholiques ralliés. Lors de l’affaire Dreyfus il attaque violemment Emile Zola dans un discours à l’Assemblée et obtient des poursuites contre l’écrivain.
Il combat vigoureusement la politique anticléricale du « Petit Père Combes », la Loi de Séparation et celle sur les inventaires.

– Les dernières années de sa carrière politique est marquée par son entrée à l’Académie française et son soutien au Maréchal Lyautey lors de la crise d’Agadir en 1911.
Lors de l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne, il se rallie sans reculer à l’Union Sacrée et va même jusqu’à donner l’accolade au socialiste et ancien communard Edouard Vaillant. Après la victoire de la Marne il s’exclame : « Dieu sauve la France comme il l’a sauvée déjà à Poitiers, Bouvines, Orléans, Denain et Valmy ».

– Cet orateur catholique de grand talent décède d’une crise cardiaque à Bordeaux le 6 octobre 1914.