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6 septembre 1683 : Mort de Colbert

Considéré comme l’archétype de grand commis scrupuleusement dévoué à l’État, l’homme qui mit fin à l’ascension de Nicolas Fouquet reste encore l’une des personnalités marquantes du Grand Siècle, puisqu’il resta plus de vingt-deux années au service du Roi Soleil.
J-B. Colbert
Né en 1619 dans une famille de la bourgeoisie drapière rémoise, fait d’abord ses études à l’Université de Paris en Droit.

Il démarre sa carrière chez un banquier de Lyon, puis comme clerc de notaire. A la fin de la Guerre de Trente Ans, on le retrouve comme Commissaire aux Armées. C’est là qu’il rencontre Michel le Tellier en 1645, le très bon Secrétaire d’État à la Guerre de la Régence. Le Tellier le présente alors au Cardinal Mazarin qui le prend à son service pour administrer sa fortune. Le Cardinal apprécie très vite les compétences gestionnaires et la loyauté de ce bourgeois de province.

Colbert, personnage froid (Madame de Sévigné le surnomme avec mépris « le Nord ») peu flamboyant préférant les registres de comptes aux productions artistiques se heurte très vite au Surintendant Nicolas Fouquet envers lequel il nourrit une féroce détestation. S’il a scrupuleusement fermé les yeux sur les détournements d’argent effectués par Mazarin, Colbert dénonce sans détour la mauvaise gestion des Finances du Royaume et les fraudes commises par Fouquet.
Après la mort de Mazarin, Colbert est nommé Intendant ce qui lui permet d’approcher Louis XIV et de gagner sa confiance. Confiance qui ne faillira jamais jusqu’à la mort de Colbert.

En 1661, malgré l’important réseau et les protections dont le très puissant Surintendant des Finances (voir l’article consacré à l’arrestation de N.Fouquet), Colbert manœuvre habilement et convainc Louis XIV de se débarrasser de Fouquet. Celui-ci est donc arrêté à Nantes le 5 septembre 1661 par d’Artagnan et enfermé à Angers. C’est Colbert qui organise lui-même le long procès marqué par des pressions sur les témoins et l’implacabilité de Pierre Séguier.

Après la destitution de Fouquet, Louis XIV nomme Colbert Contrôleur Général des Finances du Royaume (la charge de Surintendant étant supprimée), ce qui fait de l’ancien administrateur des Finances de Mazarin le second personnage de l’État. Signe de la confiance que lui accorde le Roi, les deux hommes s’entretiennent cinq fois par semaines pour discuter des affaires de l’État.

S’il n’a pas rang de Ministre, Colbert a cependant en charge l’administration risquée des Finances, du Commerce, la Marine, de la Surintendance des Bâtiments et des Arts et Manufactures.

La première mission de Colbert est d’assainir et de remettre de l’ordre dans les Finances. En dépit des limites causées par l’enchevêtrement des circonscriptions administratives et les coutumes de Province, Colbert s’évertue à rationaliser le système fiscal français avec la création de la Ferme Générale et tente de réformer la Taille. Seulement, ces initiatives échouent et après lors du déclenchement de la Guerre de Hollande en 1672, l’État est forcé de recourir aux emprunts, alors que Colbert s’était évertué à maintenir un budget équilibré sinon excédentaire.

Le Contrôleur Général des Finances comprend qu’il faut donner à la France une véritable industrie, encouragée est contrôlée par l’État. Sa politique mercantiliste (appelée plus tard colbertiste) se caractérise par la hausse des tarifs douaniers, la surveillance des Corporations (institutions quadricentenaires datant de Saint-Louis) et la fondation de Manufactures Royales. Les plus célèbres sont Sèvres (céramiques), Saint-Gobain (verrerie, fondée à l’aide d’artisans verriers vénitiens) et les Gobelins (Tapisseries, avec l’apport du savoir-faire d’artisans de Hollande).

Le troisième axe de sa politique est d’étendre l’influence commerciale de la France dans le monde. Reprenant la politique de Richelieu pour l’Amérique, Colbert encourage vivement l’implantation de colons en Nouvelle-France (Québec). En 1664, il fonde la Compagnie des Indes Orientales, dotée d’un capital de 8,8 millions de Livres. Si cette compagnie va rencontre un succès certain dans ses premières années, les Guerres de Hollandes viendront mettre à mal son fonctionnement.

En politique internationale, Colbert veut mettre fin à la puissance du commerce hollandais dans l’Atlantique et dans la Manche. Cela conduit donc Louis XIV à envahir la Hollande en 1672.

C’est enfin Colbert qui s’emploie à légiférer sur l’administration des colonies des Antilles et particulièrement sur le traitement des esclaves. Cela aboutira à la rédaction du Code Noir, institué après sa mort en 1685, par son fils Colbert de Seignelay.

Enfin, Jean-Baptiste Colbert contribue à l’embellissement de Paris avec l’aménagement de l’Église de Saint-Eustache à laquelle il est très attaché et fait bâtir le siège de l’Académie Royale créée par Richelieu. Soucieux tout comme Louis XIV de promouvoir la grandeur culturelle de la France, il fonde l’Académie des Sciences, l’Académie Royale de Musique, l’Académie des Belles Lettres, et l’Académie de Peinture et de Sculpture. Enfin, il dirige le financement des travaux du château de Versailles mais n’a de cesse d’avertir Louis XIV sur leur coût astronomique.

C’est justement peu de temps après que Louis XIV eut définitivement fait installer sa cour à Versailles que Colbert s’éteint le 6 septembre 1683. Claude Le Peletier de Morfontaine Seigneur d’Ablon, alors Prévôt de Paris, prend sa succession en tant que Contrôleur Général des Finances.

Jean-Baptiste Colbert repose toujours aujourd’hui en l’Église Saint-Eustache à Paris.