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9 mars 1945 : Coup de force japonais en Indochine

Cette épisode de la Seconde Guerre mondiale en Extrême-Orient reste encore très méconnu de nos jours.
En 1940, l’Amiral Jean Decoux était resté fidèle à l’autorité du Maréchal Pétain et
après quelques combats contre les forces japonaises, avait négocié avec elles afin de maintenir la présence française dans le fleuron de l’Empire en échange d’avantages juteux sur les échanges économiques. Mais avec l’évolution du conflit en défaveur des Japonais, des officiers français comme le Général Mordant ou le Général Sabatier prennent contact avec le Gouvernement d’Alger et les Britanniques pour envisager une action contre les Japonais.
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– Or, si le commandement britannique aux Indes y est favorable pour des raisons stratégiques, les Américains y sont bien moins enthousiastes car Roosevelt souhaite voir la France quitter l’Asie. Des agents français et anglais du SOE sont même parachutés en Indochine pour tenter de coordonner de futures actions. De son côté, l’Amiral Decoux finira par reconnaître le GPRF du Général de Gaulle en échange des pleins pouvoirs pour les actions anti-japonaises. Sauf que les Français ne disposent que de 18 000 hommes en tout et pour tout, avec une bonne part de Tirailleurs Tonkinois et Annamites, manquant sensiblement d’armes lourdes. En face, les troupes japonaises sont bien mieux équipées et coutumières du combat en milieu tropical. En revanche, avec le soutien de Lord Mountbatten, un Corps Léger d’Intervention est créé à Ceylan avec des volontaires sous la direction de Roger Blaizot.

– Malheureusement, le commandement japonais ne laisse pas le temps au français de mener leur action à bien. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’au début 1945, l’Armée Impériale de Hiro Hito subit défaite sur défaite dans l’Océan Pacifique face à la machine de guerre qu’est l’Aéronavale américaine. En outre, la IIIrd Fleet de l’Admiral William H. Halsey mène plusieurs actions au large de la Colonie française. Le 11 janvier 1945, plus de vingt navires impériaux sont coulés et endommagés au large des côtes indochinoises et le lendemain 12 janvier, la Task Force 38  bombarde les bases aériennes de Camranh et de Saïgon.
Et en Birmanie, les Anglo-Indiens du Général William Slim, reconquièrent le pays des pagodes blanches au cours d’une magnifique campagne. Ainsi, les Japonais ne veulent pas voir l’Indochine leur échapper.

– Ainsi donc, le 9 mars 1945 à 21h30, le Général Yuichi Tsushihashi déclenche le coup de force très bien préparé contre les autorités militaires françaises. Les forces japonaises bouclent Saïgon, Huê et Hanoï et la Kampetaï (Police Militaire) fait arrêter les officiers français. A la forteresse de Lang Son, les autorités japonaises invitent les responsables français à un dîner… avant de les arrêter. Sauf que le Commandant Emile Lemmonier refuse de se rendre et résiste avec quelques centaines de soldats pendant vingt heures… face à 10 000 soldats nippons ! Il sera décapité avec plusieurs autres officiers. L’honorable résistance des Français et des Tirailleurs Tonkinois a coûté 140 tués. Mais la quasi-totalité des garnisons d’Indochine tombe rapidement.
Cependant, le 10 mars au matin presque toute l’Indochine est au main de l’Armée Impériale, hormis quelques îlots de résistance tenus par les Tirailleurs et les Légionnaires du 5e Régiment Étranger d’Infanterie (Colonel Belloc). Celui-ci, tient farouchement à Lang Son, Vietri, Tien Kien et Hanoi avant de devoir céder. En revanche, sa 9e Compagnie réussit à franchir la chaîne Hoang Lien Son la première. Les trois autres bataillons de regroupent à Hung Hoa et passent la frontière par Tsao Pa. Le Général Sabatier, réussit à passer dans la province du Yunnan dans le sud de la Chine avec une poignée de légionnaires. D’autres unités parviennent à passer au Laos. Le Général Zinovi Pechkoff, représentant de la France auprès de Tchank Kaï-chek, assurera leur accueil en Chine nationaliste.

– 12 000 soldats Français et Indochinois sont capturés. Plus de 1 000 ont été tués. 4 000 ont réussi à fuir. Les captifs vont alors connaître le sort que les japonais ont l’habitude de réserver aux vaincus : interrogatoires serrés, brimades, exactions physiques… Ils sont parqués dans les vieilles citadelles impériales, ou bien dans des camps d’internement où les conditions de vie sont particulièrement difficiles ; Hoa Binh et Bolovens. Leur captivité durera jusqu’à la capitulation du Japon en septembre.

– Sabatier et Paris auraient souhaité reprendre les combats mais l’effondrement du Japon ne leur en donnera pas l’occasion.