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Abraham Duquesne Baron d’Indret

Gentilhomme calviniste engagé jeune dans la Marine Royale, Abraham Duquesne Marquis d’Indret, puis Marquis du Quesne, était l’un des plus grands capitaines navals du Grand Siècle.
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entre 1604 et 1610 à Dieppe au sein d’un famille d’armateurs huguenots d’Abraham Duquesne Père et de Marthe de Caux, le jeune Abraham s’engage dans la Marine de Louis XIII. Soulignons qu’à cette époque, Dieppe est un important port de la Manche qui voit sa fortune assurée par différentes familles qui commercent ou organisent des arraisonnement de navires espagnols ou hollandais.

– Le jeune Abraham Duquesne connaît sa vocation de marin très jeune puisque son père est Capitaine de Vaisseau du Petit Saint-André. Après des études à l’école hydrographique, Duquesne embarque avec son père. Celui-ci tombé malade, son fils le remplace et arraisonne son premier navire hollandais, le Berger. Les Conseillers bourgeois de Dieppe autorisent alors le jeune Abraham Duquesne – il n’a que dix-sept ans – à commander un vaisseau. Lors de la Guerre contre le Parti Protestant, Abraham Duquesne commande le Neptune qui contribue à repousser les navires anglais lors du siège de La Rochelle. On voit donc qu’Abraham Duquesne, très attaché à la Foi calviniste sert néanmoins fidèlement Louis XIII. Cela ne l’empêchera pas d’épouser la sœur de Jean Guiton, l’intransigeant Maire protestant de La Rochelle. Mais comme le dit Jean-Christian Petitfils dans sa biographie consacrée à Louis XIII, « le Juste ne se montre absolument pas intolérant et accepte le service des Catholiques comme de Protestants ».

– Dès 1635, alors que la France est entrée pleinement dans la Guerre de Trente Ans, Abraham Duquesne sert sous les ordres de Monseigneur Henri Escoubleau de Sourdis, Archevêque de Bordeaux, qui commande néanmoins aux navires royaux en Méditerranée. Ceci n’est pas rare chez les hauts-prélats français puisque le Cardinal de la Valette, fils du Duc d’Epernon, a commandé lui aussi aux armées royales. Après un passage à Brest en 1638 durant lequel il réorganise les défenses de la cité portuaire, Abraham Duquesne participe donc aux combats pour la prise des Îles de Lérins, ainsi qu’au combat de Guétarie, avant de passer sous les ordres de Jean-Armand de Maillé Duc de Fronsac afin de participer aux victoires de Tarragone et Carthagène contre les Espagnols en 1641 et 1643.

– La situation navale ayant évolué favorablement pour la France, Abraham Duquesne demande au Cardinal Mazarin de se mettre un temps au service de la Suède, alliée de Paris dans la Guerre de Trente Ans. Mazarin accepte et passe au service de la Reine Christine en 1644. Amiral-major, il s’illustre contre les Danois et les Norvégiens lors de la Guerre de Torstenson. Placé sous les ordres de Carl Gustaf Wrangel (aïeul du général Russe blanc), Duquesne est bientôt fait Commandant en Second et s’illustre au combat de Fehrmarn le 13 octobre 1944 et s’empare du Navire amiral danois.

– Duquesne revient en France en 1645 et prend le commandant du Saint-Louis. Envoyé en Méditerranée au sein de la Flotte du Levant, il mène des raids contre les Barbaresques sur les côtes d’Afrique du Nord. En 1647, fidèle à Louis XIV et à la Régente Anne d’Autriche, il met fin à la fronde de Bordeaux, privant ainsi le Grand Condé de soutiens en province. Dans les années qui suivent, Duquesne repart en Méditerranée mener des raids.

– En 1669, Abraham Duquesne – alors anobli et Baron d’Indret – est promu Lieutenant Général des Armées Navales mais il entre très vite en concurrence avec Jean II Comte d’Estrées pour le commandement des Armées navales. Or, Louis XIV et Colbert accordent davantage leur faveur au second. En outre, Duquesne se montre défenseur de la Guerre de course, en lieu et place de combats navals rangés. La même année, Duquesne est envoyer en Crète pour tenter de délivrer Candie (actuelle Héraklion) des Ottomans mais il arrive trop tard.

– Pendant la Guerre de Hollande, Duquesne se retrouve avec d’Estrées pour affronter les Hollandais aux côtés des Anglais du Duc d’York. Or, pendant la bataille Solebay en juin 1672, conformément aux ordres secrets de Louis XIV de laisser les Anglais d’York et les Hollandais Michiel de Ruyter s’affaiblir mutuellement, Duquesne ne bouge pas à la grande fureur du Comte d’Estrées qui charge son rival d’accusations auprès de Colbert.

– Après deux ans sans exercer de commandement, Abraham Duquesne reprend la mer en 1674 au commandement du Saint-Esprit. Il reçoit l’ordre de seconde Louis Victor de Rochechouart de Mortemar Duc de Vivonne dans les combats navals contre les Espagnols en Italie. Ainsi, il s’illustre une fois de plus à Messine en capturant un vaisseau amiral ennemi. En décembre 1675, il s’empare d’Augusta en Sicile ce qui affaiblit davantage la position espagnole dans cette partie de la Méditerranée.

– Le 8 janvier 1676, il retrouve Michiel de Ruyter à Alicudi en Sicile et parvient à le mettre en fuite après un dur combat. Il affronte ensuite de nouveau Ruyter à Agosta en avril 1676 mais se montre prudent. En dépit de la mort du commandant de son avant-garde, Guillaume d’Alméras Marquis de Mirevaux, Duquesne réussit une fois de plus à mettre le Hollandais en fuite qui est aussi mortellement blessé. Le 2 juin 1676, lors de la bataille de Palerme, Duquesne ne joue qu’un rôle mineur et laisse Anne Hillarion de Costentin de Tourville remporter la victoire contre les Hispano-Bataves de Haen et d’Ibarra.

– Entre 1680 et 1686, Duquesne mène encore des missions en Méditerranée plus ou moins couronnées de succès. Il mène ainsi plusieurs bombardements contre Tripoli, Alger et Gênes.
En 1685, Louis XIV signe l’édit de Fontainebleau qui interdit le culte protestant en France. Duquesne est pressé par le Roi, par Louvois et même par Bossuet pour abjurer le calvinisme mais l’homme de guerre refuse. Devant le Roi, il va jusqu’à déclare : « Sire, quand j’ai combattu pour Votre Majesté, je n’ai pas examiné si Elle était d’une autre religion que moi. » Duquesne n’est toutefois pas inquiété et peut rester en France. Louis XIV l’élève au Marquisat mais il ne lui octroie plus de promotion.

– Quoique plus à l’aise dans le coup de main naval et la guerre de course que dans la bataille rangée, ce très bon capitaine s’éteint le 2 février 1688 dans son Château du Bouchet près d’Etampes.

Lire :
– VERGE-FRANSCHINI Henri : Abraham Duquesne. Huguenot et marin du Roi, France Empire, Paris