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Campagne de 1814 – 1er février : Bataille de La Rothière

Suite à la bataille de Brienne, Napoléon ne poursuit pas Blücher qui se retire sur Bar-sur-Aube pour rejoindre l’Armée de Bohême du Prince Schwarzenberg.
Napoléon reste arc-bouté sur Brienne et ses alentours avec un peu plus de 27 000 hommes.
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Blücher a quant à lui décidé d’anéantir les forces françaises par une large manœuvre d’enveloppement. La bataille de La Rothière va en fait se dérouler par une série d’engagements séquencés.

L’Empereur des Français dispose ses forces comme suit :

1 – La droite (sud – sud-est) est commandée par le Général Etienne-Maurice Gérard, un très bon manœuvrier, avec 7 000 hommes (Divisions Picquet, Dufour et Ricard) qui tiennent une ligne Dienville-Unienville entre la rive droite de l’Aube et le village de La Rothière.

2 –  Le centre est aux ordres du Maréchal Claude Victor qui dispose de 11 000 hommes (Divisions Duhesme, Milhaud, Piré, Briche et L’Héritier) et occupe les villages de La Giberie, Chaumesnil, le Petit-Mesnil et La Rothière. En outre, les Cuirassiers, Hussards et Chasseurs-à-Cheval d’Etienne Marie de Nansouty couvre l’espace compris entre le Petit-Mesnil et La Rothière avec les Divisions Desnouettes, Colbert et Guyot, assurant le contact avec Gérard.

3 – Enfin, l’aile gauche (nord – nord-est) est tenue par des éléments du Maréchal Louis Viette Marmont (qui n’est pas encore pleinement arrivé), soit 6 500 hommes, pendant que le Maréchal Ney assure la réserve avec 7 500 soldats de la Garde Impériale (Divisions Rothenbourg, Decouz, Meunier et Defrance). Edouard Milhaud avec 4 200 cavaliers se tient lui aussi prêt à intervenir si besoin.

1814LaRothiereAlisonEn face, les forces coalisées des Armées de Silésie et de Bohême commandées respectivement par Blücher et Schwartzenberg sont numériquement écrasantes (167 000 hommes, réserve comprise). Les 20 000 Autrichiens du Général hongrois Ignacz Giulay (Divisions de Creneville, Hohenlohe et Fresnelle) venus de l’Armée de Bohême forment l’aile gauche (sud – face à Gérard) derrière le village de Trannes et doivent marcher sur Dienville.
Le centre est formé par les Russes ; le Corps de Fabian Gottlieb von Osten-Sacken (23 000 fantassins et cavaliers des Divisions Chtcherbakov et Liewen) doit attaquer La Rothière avec l’appui du Corps de Zakhar Dm. Olsoufiev (23 500 hommes). Enfin, une force de frappe de 4 500 Cosaques d’Ilarion V. Vassiltchikov assure la jonction entre von Osten-Sacken et Olsoufiev.
Les éléments du Prince Schwartzenberg forment l’aile droite coalisée avec le 4e Corps du Prince Frédéric-Guillaume de Wurtemberg (12 500 hommes) face à Marmont au Petit-Mesnil, pendant que le 5e Corps de Karl Philip von Wrede se tient entre Soulaines et Chaumesnil.
Enfin, la réserve directe de Blücher est assuré par le 3e Corps de la Garde Impériale Russe (Général Razhevski), la Cavalerie lourde de la Garde (Kretov). Une seconde réserve formée par les forces de Mikhaïl Barclay de Tolly et du Général Hieronymus von Colloredo-Mansfeld se tient entre Bar-sur-Aube et Vandoeuvres mais elle n’interviendra pas, heureusement pour Napoléon.

Après une période de calme les 30-31 janvier, la bataille démarre le 1er février 1814 par un temps particulièrement exécrable (froid, vent et neige). Blücher ordonne d’abord à Giulay de marcher sur Dienville et Unienville et de s’emparer du pont de Lesmont. Giulay fait d’abord marcher la Brigade de Pflüger qui repousser les avant-gardes de Gérard après 13h00. Comprenant le danger, l’Empereur expédie la Division Ricard dont la Brigade Boudin se retranche sur la rive gauche de l’Aube au pont de Lesmont. Boudin reçoit alors l’assaut de Pflüger à près d’1 contre 4 mais tiennent bon et repoussent même les Autrichiens. Giulay expédie alors 5 400 Brigade de la Division Fresnelle pour repousser les Français. Boudin ploie et doit se replier mais les deux autres brigades de Ricard rétablissent la situation.

Etienne-Maurice Gérard

Etienne-Maurice Gérard

Giulay fait alors marcher toute la Division de Hohenlohe contre Gérard à Dienville. Malgré un rapport de force défavorable de 1 contre 2, la Division de Dufour bien retranchés dans la petite ville repousse les Autrichiens avec acharnement. Pendant toute la journée, Gérard avec ses forces inférieures en nombre, donne tout ce qu’il a et tient très bien sa ligne. Giulay ne pourra percer dans l’aile droite française et devra laisser Gérard se replier en bon ordre quand Napoléon lui en donnera l’ordre.

Les choses vont moins bien sur la gauche française. En effet, le Prince de Wurtemberg lance d’abord 3 200 hommes contre le Petit-Mesnil. L’avant-poste du Bois de Beaulieu est perdu vers 14h00. Blücher ordonne alors à von Oster-Sacken de marcher sur le centre français pendant que Wurtemberg combat pendant deux heures pour enlever le Petit Mesnil avant de lancer un nouvel assaut contre le défilé de La Giberie mais Victor voit la menace et expédie 2 000 hommes pour bloquer l’ennemi. La manœuvre réussit et les Autrichiens se retrouvent bloquer dans le défilé sous le feu français. Frédéric-Guillaume de Wurtemberg pense alors que les Français disposent de force importantes et dépêche un message à Blücher pour lui demander des renforts. Von Wrede arrive alors avec 32 000 hommes (Divisions Hardeg, Delamotte, Rechberg et Spleny) sur le coup de 16h00.
Von Wrede décide alors d’attaquer Chaumeuil avec les Bavarois de la Division Delamotte. Le Maréchal Victor qui doit encore attendre l’aide de Marmont, voit son flanc gauche exposé. De plus, profitant des renforts de von Wrede, Wurtemberg réussit à s’empare de La Giberie. Victor décide alors de se retrancher dans le Petit-Mesnil mais Wurtemberg ne fait donner qu’un assaut limité.

Tout à gauche, Marmont a achevé son déploiement. Il tient la route de Soulaines, La Chaise et Morvilliers. Von Wrede décide alors d’attaquer a Chaise tenue par la Brigade Joubert qui, malgré une charge d’Uhlans qui ébranle quelque peu ses lignes, réussit à repousser les éléments du Corps de Frimont. A 14h00, Marmont ordonne à ses forces de dégager le Petit-Mesnil et Chaumesnil. Seulement, Frimont devance le Français et lance une attaque contre le Ruisseau de Morvilliers par la Division Hardeg qui force Marmont à reculer à s’ancrer entre Chaumesnil et Morvilliers. Forcé à livrer un combat défensif, Marmont réussit toutefois à tenir face aux Divisions Austro-Bavaroises de Hardeg, Rechberg et Spleny. La Brigade Joubert se comporte très bien repousse une charge de 3 500 Autrichiens à Chaumesnil mais subissant une forte pression, il doit se replier dans le Bois d’Ajou et s’y tient. Marmont fait alors savoir à l’Empereur que la perte de Chaumesnil met en danger la jointure entre ses forces et celles de Victor et lui demande la possibilité d’un repli. Napoléon répond alors favorablement à la requête de son Maréchal.

Toujours au centre, à 14h00, von Osten-Sacken lance ses forces contre Victor en plein dans le secteur de La Rothière. Mais le secteur est cloisonné, ce qui empêche le général russe de déployer l’ensemble de ses forces. Von Osten-Sacken n’a d’autre choix que d’envoyer son corps au combat par vagues successives. Un premier assaut de 7 000 hommes tente de déloger la Division Duhesme qui ne plie pas et repousse les Russes. A 16h00, Blücher expédie deux divisions russes en renfort qui permette à von Osten-Sacken de repartir à l’attaque. Cette fois, Duhesme est mis en sérieuse difficulté et il faut le sacrifice des Cavaliers de Colbert Guyot et Piré pour empêcher les fantassins français d’être anéantis. Mais les cavaliers français sont à leur tour décimés par les Cosaques de Vassiltchikov. Les Divisions de Desnouettes et Briche s’en prennent alors à Vassiltchikov par sa gauche mais leurs charges ne peuvent gêner la progression russe.
Couvert sur ses flancs, von Osten-Sacken lance une nouvelle attaque contre La Rothière qui force Duhesme à se replier au cœur du village. Mais percutée par les Cuirassiers du Tsar, Duhesme est forcé d’abandonner La Rothière mais en bon ordre.
A 18h30, Napoléon constate que la situation de son centre est critique et décide de se replier pour éviter la catastrophe. Il met en ligne le Corps de Cavalerie d’Edouard Milhaud pour repousser les Russes. Mais l’Empereur est devancé par Olsoufiev qui lance ses forces pour dégager définitivement La Rothière. Cette fois-ci les Russes sont arrêtés par Duhesme. Milhaud tente alors une charge sur le flanc droit d’Olsufiev mais il reçoit à son tour le choc de la Cavalerie autrichienne dans son flanc. C’est le reste de la Cavalerie du Général Colbert qui parvient à stabiliser la situation en enfonçant plusieurs bataillons d’infanterie russe.
Finalement, à 20h00, Napoléon ordonne à Drouot qui commande la réserve d’artillerie de canonner les abords de La Rothière pour retenir l’ennemi pendant que ses fantassins et cavaliers se replient en bon ordre. Le repli du centre français s’accompagne de ceux des deux ailes grâce à l’intervention des cavaliers du Maréchal Nicolas Oudinot.

La bataille est terminée. Il s’agit là d’un succès défensif français mais non décisif. Napoléon a perdu 800 hommes et 3 200 blessés, ce qui est important en proportion de ses forces. Toutefois, il a infligé à Blücher et Schwartzenberg des pertes de l’ordre de 8 000 tués et blessés.

Source :
– http://www.napoleon-empire.net