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Campagne de 1814 – 7 mars : Difficile victoire de Craonne

On connaît le Plateau de Craonne pour sa chanson et pour son engagement tragique de 1917. Mais on le connaît moins pour l’engagement qui a opposé les éléments de la Grande Armée aux Prussiens.
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Après les victoires de Brienne, Champaubert, Château-Thierry et Montereau, Napoléon choisit de surveiller les Austro-Bavarois de Schwartzenberg dans la vallée de la Seine afin de se porter plus au nord, dans la région de Laon et Soissons afin de conjurer le danger prussien. Napoléon pense (encore) pouvoir vaincre l’Armée de Silésie de Blücher en une bataille décisive. Mais c’est bien trop demander à son armée qui commence à accuser une sérieuse fatigue.

Quoiqu’il en soit, le 2 mars 1814, l’Empereur relance la poursuite contre l’Armée de Silésie et franchit l’Aisne à La Ferté-sous-Jouarre. Seulement, le 3 mars, la garnison défendant Soissons dépose les armes devant une force composée par le 2nd Corps de l’Armée de Silésie avec les Russes de Ferdinand von Wintzigerode et des Prussiens de Friedrich Wilhelm von Bülow. Napoléon ne peut donc empêcher von Wintzigerode et von Bülow de franchir l’Aisne à leur tour et  d’opérer leur jonction avec Blücher. Celui-ci dispose alors d’une écrasante supériorité numérique : 100 000 hommes contre 30 000 que commande Napoléon avec les Corps de Ney, Victor et Mortier auxquels viennent s’ajouter les 16 000 soldats du 6e Corps de Marmont.

Voici la composition des forces dans les deux camps :

1 – Du côté des Coalisés, Blücher tient sous ses ordres le 2nd Corps de von Wintzigerode qui « absorbe » le 3e Corps d’Infanterie du Comte Vorontzov et coiffe ainsi 6 divisions ; 12e de Tchermanski, 13e de Cheltoutchine, 14e de Harpe, 21e de Laptiev et 24e de Vuitsch. La Cavalerie est formée par la 3e Division de Hussards de von Pahlen prélevée sur le 1er Corps de Cavalerie d’O’Rourke, ainsi que par la 2nde Division de Hussards de Lanskoi issue du Corps de Cavalerie de Vassiltchikov.

2 – Napoléon commande au Corps de Ney qui compte la 1re Division de la Jeune Garde de Meunier, la 2nde de Curial et la Brigade « Espagnole » de Boyer. Le 2nd Corps de Victor est principalement formé de la Jeune Garde avec les Divisions de Boyer de Rebeval et de Charpentier (7e). Le Corps de la Vieille Garde de Mortier compte la 9e Division de Cavalerie de Poret de Morvan, la Division de Cavalerie de Colbert (Chasseurs à Cheval, Chevau-Légers-Lanciers et Eclaireurs), la 2nde Division de Cavalerie d’Exelmans (Hussards, Chasseurs à Cheval et Carabiniers), ainsi que la 6e Division de Cavalerie Lourde de Roussel (Dragons). Enfin, le 6e Corps du Maréchal Mortier a pour principales composantes les Divisions Ricard et Lagrange (celle-ci compte notamment les éléments de 4 Régiment d’Infanterie de Marine) et la 1re Division de Cavalerie de Doumerc (Chasseurs à Cheval, Gardes d’Honneurs, Hussards et Chevau-Légers-Lanciers). Enfin, la Division de Cavalerie de Nansouty est aussi là, directement sous les ordres de l’Empereur.

Napoléon reporte alors ses forces vers le Nord, c’est-à-dire vers Berry-au-Bac. Le 5 mars, les régiments d’Etienne Champion de Nansouty s’emparent du pont de Berry qui n’est gardé que par quelques cosaques et deux canons. Un aristocrate russe, le Prince Gagarine est même capturé par un Dragon qui recevra la Légion d’Honneur pour ce fait d’arme. Sans tarder, l’Empereur envoie Ney et Mortier derrière l’Aisne pour tenir l’espace entre Berry-au-Bac et Corbeny. Mais voilà que Blücher reprend lui aussi son avance et menace le flanc gauche de l’Empereur. Celui-ci choisit alors d’affronter le prussien sur le plateau de Craonne. De son côté, Blücher envoie le Comte Vorontzov avec 2 200 hommes pour tenir la « Route des Dames » et la Ferme d’Huterbise. Pendant ce temps, von Wintzigerode reçoit l’ordre d’opérer un crochet sur les arrières des Divisions de Cavalerie française.

Le 6 mars, Napoléon ordonne à Mortier d’attaque le Plateau de Craonne. La Vieille Garde charge, s’empare du village mais ne peut dépasser le sommet du plateau en raison d’une résistance acharnée des Russes. Cependant, plus au nord, Ney qui commande lui-même à l’une de ses divisions s’empare de l’Abbaye de Vauclerc avant de se lancer à l’assaut de la Ferme d’Huterbise. Celle-ci est prise et reprise plusieurs fois dans la journée. Le Général Pierre Cambronne a reçu quatre blessures durant la journée.
Au soir du 6 mars, la Grande Armée forme comme un arc de cercle dont les extrémités vont de l’Abbaye de Vauclerc à Craonne. Arrivé le soir même, l’Empereur installe son Quartier Général dans une maison du village de Corbeny. Là, il reçoit les informations de l’un de ses anciens camarades du Collège de Brienne, Monsieur David Victor Bussy de Belly qui se trouve alors maire de Beaurieux, un autre village non loin de là. En récompense, Napoléon lui octroie le grade de Colonel dans l’Artillerie ainsi que la Légion d’Honneur.
Napoléon prévoit alors de pilonner Huterbise tout en lançant des assauts sur leurs flancs. Au nord d’Huterbise, Ney doit s’emparer du village d’Ailles et au sud et Nansouty doit faire de même au Vallon d’Oulches. Mais dans son enthousiasme, l’Empereur oublie que les ravins ne sont guère propices à une action offensive de cavalerie. Pendant ce temps, les forces russes de von WIntzigerode s’ancrent fermement entre la Ferme d’Huterbise et la « Route des Dames ».

Le 7 mars à 10h00, l’Artillerie française ouvre le feu mais ne causent que peu de pertes aux Russes en raison du manque d’expérience des servants de canons et des jeunes officiers. De son côté, Ney lance son assaut contre le plateau d’Ailles mais ses soldats sont pris sous un violent feu de fusils et doivent se replier à mi-pente. En fin de matinée, les unités de la Jeune Garde de Victor arrivent alors sur le champ bataille. Napoléon les lance alors à l’assaut d’Huterbise par la route de Vauclerc. Arrivant en renfort de Ney, la Jeune Garde entraîne les autres soldats français dans leur assaut et chassent les russes de la Ferme d’Huterbise qui est incendiée par ses occupants de la veille. Les jeunes soldats français sont alors renforcer par les Dragons de Grouchy qui ont accouru depuis la matinée.

Plus au sud, les choses vont finalement mieux puisque Nansouty et ses Cavaliers sabrent les Russes et les chassent de Paisy. Mais le Régiment des Dragons de la Garde a perdu cinq officiers à lui tout seul.

Toutefois, si ses flancs sont mis à mal, Vorontzov conserve son centre intact. Il lance alors une attaque audacieuse et bien menée contre les « Marie-Louise » de la Jeune Garde  et les Dragons de Grouchy. Ce dernier est blessé durant l’attaque russe. Celle-ci aurait pu mettre à mal tout le plan de Napoléon mais celui-ci voit sa dure victoire sauvée par… Blücher. En effet, le Feld-Maréchal Prussien a ordonné à Vorontzov de se replier sur Laon car il fallait bien constater que s’il tenait au centre, le Général russe risquait de se faire dangereusement tourner par Nansouty et Ney. Il faut alors que le Général von Osten-Sacken lâche 4 000 Cavaliers pour sauver Vorontzov. Le Général russe décroche alors et rameute ses forces vers Cerny mais la Cavalerie française le poursuit sur une quinzaine de kilomètres le long du Chemin des Dames.
Le soir même, Napoléon arrive à Bray-en-Laonnais et y passe la nuit.

Les civils français qui s’étaient réfugiés dans les grottes que l’on trouve dans la région (en raison d’une forte teneur en calcaire) en profitent alors pour sortir et se venger sur les blessés russes des exactions commises par les Cosaques (pillages, viols, meurtres, tortures…).

Sources :
– BOUDON Jacques-Olivier : 1814. Napoléon et la Campagne de France, Armand Collin
– http://www.napoleon-empire.net
– http://www.histoire-empire.org