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Chroniques de la Bataille de Normandie – 12/ « Epsom » (troisième partie)

– L’ASSAUT DU II.SS-PANZER-KORPS

– Au plus fort de l’offensive britannique, Paul Hausser décide de lancer sa contre-attaque pour récupérer la moitié nord de la Cote 112 et réduire le saillant britannique. Hausser pense que le moment est venu pour que ses Hohenstaufen et Frundsberg entrent pleinement dans la danse, d’autant plus que les Waffen-SS de Meyer qui combattent depuis deux semaines sont harassés.
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– La contre-attaque du II.SS-PzK doit s’articuler sur deux axes : la Hohenstaufen de Bittrich, flanquée du KG Weidiger sur sa gauche doit couper le saillant britannique au nord de l’Odon, tandis que la Frundsberg doit reprendre le village de Gavrus et la Cote 112.

a – La charge de la Hohenstaufen

– L’assaut de la 9.SS-PzDiv « Hohenstaufen » de Bittrich démarre le 29 juin à 14h00 par un violent tir de barrage des positions britanniques. Mörsers (obusiers) et canons lourds portés Wespe et Hummel matraquent les positions de la 15th Scottish. Pour l’assaut, Bittrich n’a pas lésiné sur les moyens : les SS-Panzer-Grenadier-Regimente.19 (Zollhöfer) et 20 (Gruber) sont envoyés à l’assaut à l’échelon de l’Abteilung (bataillon), avec l’appui de plusieurs Kompanien de Panzer IV et de Panther du SS-Panzer-Regiment 9 « Hohenstaufen » (SS-Standartenführer Otto Meyer) et de Sturmgeschützte. Cette force doit s’emparer de Grainville, du Haut-du-Bosq et du Valtru, hameau menant à Cheux. L’assaut est brutal, une compagnie britannique est encerclée non loin du Valtru. Sauf que dans ce même bourg, quatre Panzer sont mis hors de combat par des canons antichars du 102nd Anti-Tank Regt. Averti de l’assaut McMillan et O’Connor font donner leur artillerie sur les axes de protection de Bittrich. Les Panzergrenadiere sont alors de se replier. Les abords extérieurs de Grainville font l’objet de violents combats (parfois au corps-à-corps) entre Ecossais et Waffen-SS. Ces derniers réussissent à s’emparer d’un bois d’importance tactique pour le contrôle de la localité mais ils s’y font dégager par une contre-attaque lancée par les Ecossais.

Vers 16h00, les Britanniques capturent un officier de la Hohenstaufen qui mène une reconnaissance et sur lequel on trouve une carte et un livret contenant les détails de l’assaut de Bittrich. Sauf que cela n’empêche guère le patron de la Hohenstaufen de lancer un nouvel assaut sur le flanc droit de la 15th Scottish (44th Lowland Brig) à 18h30. Là encore, l’affrontement est sanglant mais les Allemands profitent d’un moment de confusion chez les Ecossais (à savoir la relève d’un Batallion par un autre) pour lancer Panzer et Panzergrenadiere dans le dispositif défensif écossais. Les Waffen-SS parviennent à couvrir environ 3,2 km avant de se faire brutalement arrêté par un violent tir de barrage. Il est 23h00 et Bittrich décide d’arrêter la charge de sa division.
219posM5– Pour McMillan et O’Connor, l’alerte a été chaude. Bittrich compte alors lancer un nouvel assaut sur le flanc est de McMillan mais il ne le pourra pas, en raison d’un bombardement de la RAF sur Carpiquet durant l’après-midi qui a causé d’importants dégâts dans le parc blindé allemand.

– Excédé par ce manque probant de résultats, Bittrich ordonne qu’un nouvel assaut soit lancé sur le Valtru par la « Hohenstaufen » durant la nuit du 29 au 30 juin. Mais cette tentative se révèle infructueuse en raison de l’artillerie britannique qui pilonne les axes de progression ennemis et en raison des courageuses interventions des équipages de chars de la 29th Arm.Brig (11th Arm.Div).
 b – « Frundsberger, Daran, darauf und durch ! » (Devise de la division)

– A 14h30, une demi-heure après le début de l’assaut lancé par son collègue Bittrich, Heinz Harmel (qui fête tout juste sont trente-huitième anniversaire) déclenche un feu nourri sur la Cote 112.

– Le plan du  chef de la Frundsberg est d’expédier ses deux régiments de SS-Panzergrenadiere, appuyés par quelques StuG, entre le cours de l’Odon, le ruisseau d’Evrecy et la Guigne. Ensuite, les Frundsberger doivent s’emparer de la Cote 112. Harmel donne l’ordre de l’assaut. Ses hommes s’emparent facilement de Bougy avant d’attaquer Gavrus. Mais l’artillerie britannique repère les mouvements de la Frundsberg et rend sa progression beaucoup plus difficile. Après de très violents combats entre Frundsberger et Highlanders, le SS-PzGren-Regt.22 s’empare de Gavrus. Le SS-Standartenführer Wilhelm Schultze annonce fièrement à son chef : « Gavrus est entre nos mains Oberführer. »

Panther-07– Harmel ne s’arrête pas là, il ordonne au SS-PzGrRgt 22 de s’emparer de Baron. Mais la position est puissamment défendue par les Ecossais qui la défendent efficacement. Puis, ce sont les chars du 3rd Hussars qui contre-attaquent forçant Schultze à décrocher. Furieux, Heinz Harmel ordonne au SS-Panzergrenadier-Regiment 21 d’Eduard Deisenhofer d’entrer dans la bataille, tout en renforçant le dispositif de ses Panzer et Pioniere. Aux prix de combats extrêmement féroces, la Cote 113 est atteinte mais la Cote 112 reste tenue les fantassins de la 159th Brigade et les chars du 3rd RTR. L’ordre de Hausser de s’en emparer est maintenu. Après une audacieuse manœuvre de nuit et malgré un déluge d’obus anglais, Panzergrenadiere et Pioniere réussissent à s’emparer de Gavrus. Malgré ce succès remporté de haute lutte, les hommes d’Harmel ne peuvent prendre Baron-sur-Odon, dont les approches sont battues par les canons de Sa Majesté.

– De leur côté les II/SS-PzGren-Regt.21 et II/SS-Pz-Regt.10 « Langemarck » (Panzer IV) tentent de prendre le contrôle de la Cote 113. Poussant leur effort, ils tombent sur une force combinée de la 4th Arm.Brig de Currie formée des chars du 44th RTR et du 2nd Bn. King’s Royal Rifle Corps (KRRC), appuyée par quelques canons antichars automoteurs M-10 Achilles. Un violent combat s’engage et les Frundsberger finissent par chasser les Britanniques, ce qui contrarie sérieusement la prise de la Cote 112.

– Mais sur la droite, le SS-Panzergrenadier-Regiment 21 de Deisenhofer, épaulé par des éléments lourds de la Hitlerjugend réussissent à reprendre la Cote 112. Harmel ordonne aussitôt à Deisenhofer de « s’enterrer et de ne pas bouger, parce que les Anglais vont durement contre-attaquer. » Les équipages du « Langemarck » revendiquent la destruction de 28 chars Britanniques, tandis que la 4th Arm.Brig n’en référence que 12 de perdus.

– Le patron de la Frundsberg décide aussi de pousser son effort vers Baron-sur-Odon. Mais les hommes de la 159th Brigade, en outre ceux du 1st Bn. Hereford, tiennent fermement aux ruines du bourg, bénéficiant de l’appui de mortiers et de mitrailleuses lourdes du 1st Bn. Middlesex. Le SS-PzGrRgt 22 est encore forcé de reculer. Les « amateurs » se révèlent beaucoup plus tenaces que prévu. Kurt Meyer demande l’aide de Harmel pour tenir les villages Eterville et Maltot au sud de la Cote 112. Si au bout de deux heures de combats, les Frundsberger réussissent à reprendre Maltot, il n’en est pas de même pour Eterville. Mais après une dernière contre-attaque des Scots et des Highlanders de McMillan, le front se stabilise dans ce secteur.

– Le 30 juin, Harmel reçoit l’ordre de tenir la Cote 112 et faire face aux contre-attaques écossaises entre le cours de l’Odon et la vallée de l’Orne. Le SS-Oberfühthrer doit lancer tout ce qu’il a dans la bataille pour tenir le verrou.

– Dans la même journée, Dempsey décide de cesser l’Opération Epsom, après être arrivé à la même conclusion qu’O’Connor ; l’infanterie manque au vu des pertes de la 15th Scottish Division. Dempsey lui octroie donc la 53rd Welch Division qui vient juste de débarquer sur le sol normand. Mais cette unité n’est pas engagée et vient juste relever les Ecossais. De son côté, la mort dans l’âme, Roberts doit ordonner à ses 3rd RTR et 23rd Hussars, considérablement réduits, de se retirer de la Cote 112.

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– BILAN


– Pour le II. SS-PzK, la bataille n’a guère vu le succès escompté puisque si ces unités ont empêché les Britanniques de forcer le passage, ils n’ont pas réussi à reconquérir l’ensemble du terrain perdu, à l’exception notable de la Cote 112. Ce manque de réussite est en grande partie dû à l’artillerie ennemie comme à la RAF qui a sérieusement affecté la logistique du II.SS-PzK. D’ailleurs, le 30 juin à 20h30, 250 bombardiers britanniques déversent un tapis de bombes sur Villers-Bocage, important carrefour routier. Leur ordre indiquait que de nombreuses troupes allemandes pouvaient s’y trouver mais les bombes touchent exclusivement des civils français.

– Du côté britannique, pas de quoi non plus pavoiser. Si Montgomery explique à la presse que les divisions allemandes ont été fixées par son offensive, soulageant ainsi le secteur américaine, le bilan d’Epsom est bien maigre. Les Écossais et les chars de la 11th Arm.Div n’ont avancé que d’une dizaine de kilomètres dans le front allemand en creusant un étroit sillon vers Caen, même si Roberts a réussi à accrocher la rive droite de l’Odon. Ce qui a manqué aux Britanniques était une bonne coopération et une bonne coordination entre l’infanterie et les chars. L’une des principales erreurs de Dempsey et d’O’Connor a été de privé la 11th Armoured de son infanterie, ce qui a forcé les chars de la 29th Brigade à combattre isolés. Pourtant les Highlanders et Tommys n’ont guère démérité pendant ces quatre jours de combats intenses. En effet, les soldats britanniques, les Écossais en particulier, se sont montrés très courageux en faisant face à un ennemi résolu et bien pourvu en armement lourd.

– Au final, Epsom a été un sanglant « match nul » qui a causé la perte de plus de 4 000 hommes côté britannique (tués et blessés) et 3 000 du côté allemand. Pour combler ces pertes humaines, Dempsey devra donner l’ordre de dissoudre plusieurs régiments de DCA afin de compléter les unités d’infanterie de ligne. Les Britanniques ont perdu plus de 200 chars contre 126 pour leurs adversaires. Engins que les Allemands ne pourront remplacer que difficilement, contrairement à leurs adversaires qui doivent attendre plusieurs jours que de nouveaux matériels traversent la Manche et que les équipes de dépannage et de maintenance récupèrent et réparent les chars endommagés qui peuvent l’être.

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