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Chroniques de la Bataille de Normandie – 13/ Echec à Carpiquet

– Pendant l’Opération Epsom, l’état-major du Ist Corps (britannique) de Crocker monte un plan pour tenter d’atteindre l’agglomération de Caen par l’ouest. A l’issue de l’échec d’Epsom, un nouveau plan baptisé Ottawa prévoit de lancer un assaut contre l’aérodrome de Carpiquet à partir du nord de cette localité, avec la 3rd Canadian Division soutenue par la 2nd Canadian Armoured Brigade. Ottawa est toutefois annulé mais Crocker reporte l’opération visant à prendre Carpiquet par l’ouest. Le nouveau plan est baptisé Windsor.

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– Pour Windsor, le Major-General Rodney Keller commandant de la 3rd Canadian Division décide de mettre en lice la 8th Brigade de Blackhadder (la moins éprouvée par les combats précédents), avec le concours du Royal Winnipeg Rifles (détaché de la 7th Brigade) et du Fort Garry Horse. Pour épauler les Canadiens, Crocker attribue à Keller plusieurs blindés spéciaux « funnies » (« farces et attrapes ») de la 79th Armoured Division ; Churchill Crocodile (lance-flamme) et AVRE (Armoured Vehicle Royal Engineer, engin équipé d’un lance-roquette de 380 mm, spécialement conçu pour la destruction de bâtiments et d’abris). Pour écraser les positions allemandes, Crocker et Dempsey déploient 760 canons et obusiers, sans compter les pièces lourdes (350 et 380 mm) des croiseurs HMS Rodney  et Roberts.

– Le plan pour l’assaut est le suivant : les Canadiens français du Régiment de la Chaudière, le North Shore Regiment, l’un des Squadrons du Fort Garry Horse et plusieurs Funnies doivent attaquer Carpiquet et les hangars nord. Simultanément, les Royal Winnipeg Rifles doivent avancer sur les hangars sud et l’aérodrome avec le soutien du 3rd Squadron Fort Garry Horse. Pendant ce temps, le Sherbrooke Fusiliers Regiment doit opérer une diversion avec ses Sherman au nord de la zone des combats.

ortona_vickers– La seconde phase de l’opération – nom de code Windsor – consiste à ce que les Queen’s Own Rifles se lancent à travers Carpiquet afin de contrôler les bâtiments et l’aérodrome.

– Quarpiquet est tenu par un Abteilung (Bataillon) du SS-Panzergrenadier-Regiment 26 (SS-Obersturmbannführer Milius) de la « Hitlerjugend » et par les canons FlaK (20 mm et 88 mm) du SS-FlaK-Abteilung.12 Kurt Meyer s’attend justement à ce que les Canadiens tentent une action sur le secteur de Carpiquet. Les jeunes Waffen-SS sont dont en état d’alerte, prêt à repousser l’assaillant malgré leur infériorité numérique.

– Le 3 juillet, les éléments d’assaut de la 8th Brigade s’installe sur les positions préalablement occupées par la 43rd Division mais ils reçurent un violent tir de barrage de la part des mortiers et de 88 de la 12. SS-Panzer-Division.

– Le 4 juillet à 05h00 du matin, 8 régiments d’artillerie anglo-canadiens (6 de campagne avec des obusiers de 25 livres et 2 d’obusiers moyens de 113 mm) pilonnent les positions allemandes. Kurt Meyer fait immédiatement donner son artillerie qui arrête net l’élan des fantassins canadiens. La réplique ne tarde pas, les canons lourds du HMS Rodney crachent quinze coups sur Carpiquet qui permettent au North Shore et aux « Chauds » de repartir à l’assaut. A 06h32, les deux régiments canadiens réussissent à s’emparer de leurs  premiers objectifs, malgré les mitrailleuses allemandes et les 88 qui se déchaînent sur eux. Le village de Carpiquet est défendu par seulement 50 jeunes allemands fanatisés. Leur résistance est telle que les deux Battalions canadiens mettent plusieurs heures à nettoyer la petite localité.

Queen's_Own_Rifles_Dug_In_Near_Carpiquet– De son côté, les hommes du Royal Winnipeg bondit de sa ligne de départ avec l’appui des Sherman du Fort Garry Horse et les Churchill spéciaux… pour se faire clouer sur place par un violent tir de mitrailleuses provenant des hagards sud. A 09h00, au bout de plus de deux heures de combat, deux compagnies appuyées par des Churchill Crocodile réussissent à anéantir les nids de mitrailleuses allemandes. Seulement, les redoutables canons 88 mm embusqués au pied des bâtiments de l’aérodrome font feu sur les Churchill, dont plusieurs flambent. Les Royal Winnipeg sont alors forcés de se replier sur leur ligne de départ sans autre forme de procès. A 16h00, le Battalion repart à l’assaut mais rencontre la même résistance farouche de la part des Waffen-SS, d’autant plus que 5 Panzer IV de la 9/SS-Panzer-Regiment 12 sont venus à la rescousse pour lancer une contre-attaque avec l’aide des SS-Panzergrenadiere du II/SS-26. L’assaut démarre en trombe et les Royal Winnipeg se font encore repoussés. Heureusement pour eux, l’artillerie divisionnaire déclenche un tir de barrage qui a raison de la progression des chars allemandes. Voulant une fois de plus repartir à l’assaut contre les hangars sud de l’aérodrome, les Royal Winnipeg se font encore bloquer à 21h00. L’échec de cette attaque force Keller à demander l’appui du 8th RAF Group qui lâche 44 avions d’attaque Hawker Typhoon sur les positions allemandes ce qui permet de stabiliser la situation. Les pilotes britanniques revendiqueront 17 Panzer et StuG  mis hors de combat.

– Plus chanceux, le Sherbrooke Fusilier Regiment réussit sans coup férir son attaque de diversion contre le Château de Saint-Louet et le village de Gruchy, permettant au Queen’s Own Rifles de lancer son assaut mais celui-ci est violemment malmené par les Hitlerjugend. Crocker et Keller conviennent d’arrêter les affaires pour le moment.
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