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Chroniques de la Bataille de Normandie – 16/ Libération de Caen (Opération « Charnwood »)

Peu de temps après l’échec du premier assaut sur Carpiquet, le General Miles Dempsey et le Lieutenant-General Crocker décident de renouveler l’attaque anglo-canadienne sur un arc allant de l’aérodrome au nord-est de la préfecture du Calvados. Le nouveau plan baptisé « Charnwood » envisage alors d’entrer dans Caen par le nord, nettoyer la ville, dégager les rives de l’Orne et former des têtes de ponts au sud-est. Le but final recherché est d’accrocher la route Caen-Falaise pour laisser la place aux blindés après les combats urbains. Seulement, les Britanniques vont encore se montrer trop ambitieux.

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1 – LE PLAN

– Le Lt-General John Crocker aligne 115 000 hommes ainsi que 656 canons et obusiers  (dont une partie est fournie par le VIIIth Corps). Le Ist Corps doit s’insérer entre l’Odon et l’Orne et son plan d’attaque est le suivant : la 3rd Infantry Division du Major-General Thomas Rennie (qui combat depuis le 6 juin après son débarquement sur Sword) et la 33rd Armoured Brigade  du Brig.Gen Henry Scott, sont en charge du nord-est de Caen (gauche du dispositif de Crocker). La 59th Staffordshire Infantry Division du Maj.Gen. Lewis O. Lyne doit attaquer au centre, c’est-à-dire tout droit au nord et au nord-ouest de Caen, avec l’appui de la 27th Armoured Brigade de Prior-Palmer. Enfin, les Canadiens (3rd Infantry Division et 2nd Armoured Brigade) doivent achever la conquête de Carpiquet et entrer dans Caen par le Nord-Ouest.

– Conformément à la doctrine d’emploi des forces en vigueur au sein des forces anglo-saxonnes, les responsables du SHAEF (Commandement Suprême des Forces Expéditionnaires Alliées dirigé par Eisenhower) – en particulier Sir Leigh-Mallory (commandant des forces aériennes alliées) – pensent que les positions défensives ennemies doivent être brisées par un fort bombardement aérien. Opinion partagée par l’Air Marshall Arthur « Bomber » Harris, commandant du RAF Bomber Command qui met à disposition de Montgomery plus de 400 bombardiers lourds Lancaster et Halifax. Précisons d’ailleurs que de fortes tensions apparaissent entre les « aviateurs » et Montgomery. Par souci d’économie de carburant et de logistique, la RAF a besoin que la plaine de Caen et Carpiquet passent aux mains des Britanniques pour y installer des pistes d’atterrissage , or, on en est encore loin.
Du côté de la Royal Navy, l’Amiral Philipp Vian met à disposition de Crocker les pièces lourdes du cuirassé HMS Rodney, du croiseur lourd HMS Roberts et des croiseurs légers HMS Belfast et Emerald.

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– Du côté allemand, la défense est attribuée par Rommel au General der Panzertruppe Heinrich Eberbach commandant du Panzer-Gruppe West, rebaptisé 5. Panzer-Armee. Eberbach peut compter seulement sur deux divisions : la modeste, inexpérimentée et sous-armée 16. Luftwaffe-Feld-Division de Sivers (issue du LXXXVI. Armee-Korps) qui vient de relever la 21. PzDiv et défend les lignes du nord et du nord-est de Caen, ainsi que sur les jeunes Waffen-SS, épuisés mais toujours fanatiques et mordants de la 12. SS-PzDiv « Hitlerjugend » de Meyer, renforcée du SS-Panergrenadier 1 « Leibstandarte Adolf Hitler » (I. SS-Panzer-Korps). La configuration de la situation incite nettement les chefs allemands à envisager un assaut britannique sur Caen et dans la vallée de l’Odon. Kurt Meyer avait disposé 61 des chars du SS-Panzer-Regiment 12 sur les approches nord-ouest de Caen, défendant la ville et l’aéroport de Carpiquet face aux Canadiens et à la 59th Staffordshire Division. La principale ligne de défense allemande – un arc formé de plusieurs villages entre l’ouest et le nord-est de Caen – est tenue par le SS-Panzergrenadier. 25 du SS-Standartenführer Milius et plusieurs chars. Le SS-PzGren.26  de Wilhelm Mohnke tient le flanc ouest (Carpiquet), avec quelques chars, mortiers et canons. De son côté, le SS-PzGren.1 « LSAH » du SS-Standartenführer Albert Frey s’accroche sur une ligne  d’un peu plus de 2 km allant de Franqueville à l’ouest d’Eterville et formée de différents points d’appuis défensifs combinant fantassins, mitrailleuses et mortiers. Enfin, Meyer garde 35 chars et canons d’assaut en réserve. Il a toutefois déménagé son PC de l’Abbaye d’Ardenne à l’Abbaye-aux-Dames située dans Caen.

– Une importante réserve tactique est maintenue à 6 km au sud de Caen par Eberbach. Formée par le I. SS-Panzer-Korps de « Sepp » Dietrich, elle compte le reste de la 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte Adolf Hitler » (SS-Brigadeführer Theodor Wisch) et les pieces de 20 et 88 mm du III. FlaK-Korps (unité d’artillerie de la Luftwaffe).

General der Panzertruppe Heinrich Eberbach

General der Panzertruppe Heinrich Eberbach

2 – L’ATTAQUE

Le soir 7 juillet 1944, la Royal Air Force démarre les opérations de bombardement aérien. Les appareils « Pathfinders » du N° 625 Squadron chargés du balisage de la zone de bombardement opèrent les premiers. Sauf qu’ils ont reçu l’ordre de ne pas larguer leurs balises dans les lignes allemandes placées au contact de celles des anglo-canadiennes. Cela va avoir de notables conséquences sur la suite des opérations. A 22h00, sitôt leurs zones de bombardement délimitées, les 467 Halifax et Lancaster du Bomber Command déversent leurs tapis de bombes sur la ville de Caen (qui en est alors à sa cent-deuxième alerte !). Les bombardiers de la RAF transforment 80 % de la ville en un tas de ruines et de cendres. Seuls le château de Guillaume le Conquérant et l’Abbaye aux Hommes dans laquelle s’entassent des centaines de blessés sont miraculeusement épargnés.
dv59brit_3– Le bombardement échoue dans ses objectifs car aucune unité allemande n’est détruite. Quelques blindés sont mis hors d’état de nuire mais la 12. SS «Hitlerjugend » ne déplore la perte que d’un Panzer-IV. Dempsey pensait que cela forcerait les renforts allemands à quitter Caen mais ce sont surtout de nombreux civils qui s’en vont, souvent loin (jusqu’en Auvergne parfois).

– A 22h50, plusieurs Squadrons de très bons bombardiers légers Mosquitos (« Moustique ») engagent des cibles individuelles, de concert avec les unités d’artillerie de divisions et des Ist et VIIIth Corps et les pièces lourdes du HMS Rodney qui ouvrent un premier tir de barrage.

– Le 8 juillet à 04h30, peu avant l’aube, l’artillerie britannique déclenche un nouveau barrage roulant dans la profondeur des lignes allemandes qui ne rompent pas. Enfin, 87 bombardiers B-26 Marauders de la VIIIth US Air Force réussissent à franchir le couvert nuageux et à larguer 133 autres tonnes de bombes causant la destruction de l’Abbaye-aux-Dames et forçant aussi Kurt Meyer comme son état-major à déménager une fois de plus.

– A 07h30, Crocker lance son infanterie et ses chars à l’assaut. Du côté de Carpiquet, les soldats Canadiens se font sévèrement accrochés par les éléments du SS-PzGren. 26 qui tiennent l’aéroport et le plateau qui le domine. Plus au nord-ouest, la 9th Canadian Brigade de Cunningham et le régiment blindé Fort Garry Horse attaquent le village de Buron, tenu par 200 jeunes Waffen-SS du SS-PzGren.25. Buron tombe au prix d’un furieux combat, les jeunes combattants allemands ayant quasiment lutté jusqu’à la mort ; les compagnies d’assaut canadiennes ayant souffert de plus de 60% de pertes. Au sud de Buron, un fort parti de Panzer IV et de Panther lance une contre-attaque mais se fait arrêté net par les tirs des excellents canons antichars Ordnance 17-pdr (76.2 mm) et les automoteurs M-10 Achilles (en fait des M-10 Wolverine américains armés d’un canon de 17-pdr) du 62nd Anti-Tank Regiment. Treize Panzer sont transformés en carcasses fumantes, contre quatre Achilles ! D’autre part, la 7th Canadian Brigade de Foster s’empare assez facilement de Gruchy, ne devant faire face qu’à quelques tirs de mortiers et d’artillerie alors qu’elle s’avance vers Authie. A la fin de la journée, la 7th Brigade atteint l’Abbaye d’Ardenne, lieu devenu symbolique pour les Canadiens.

73052385– Au centre du dispositif de Crocker, la 59th Staffordshire Division de Lyne connaît de sérieuses difficultés pour son premier engagement. Sévèrement accrochée à La Bijude et à Galmanche par les Panzergrenadiere de Milius, plusieurs Panzer du SS-Pz-Regt.12 et par des canons FlaK, elle connaît des pertes particulièrement élevées. Ainsi, à La Bijude, la 176th Brigade (7th Bn. Royal Norfolk, 7th Bn. South Staffordshire et 6th Bn. North Staffordshire) est sérieusement mise en difficulté, l’une de ses compagnies perdant tous ses officiers en l’espace d’une matinée. La 176th piétine  pendant la journée mais la 197th Brigade (1/7th Bn. Warwickshire, 2/5th Bn. Lancashire et 5th Bn. East Lancashire), aidée par le succès de l’avance canadienne sur Authie réussit à enlever Galmanches aux Waffen-SS et à marcher sur Saint-Contest.

Insigne de la 59th Infantry Division britannique

Insigne de la 59th Infantry Division britannique

– Les choses se déroulent mieux sur le flanc gauche britannique car la 3rd Division de Rennie (Britannique) surgit depuis le château de Bauregard et sur les positions tenues par les « rampants » de la 16. LwFDiv de Sivers entre les faubourgs de Caen et l’Orne. Lébisey tombe aux mains de la 9th Brigade (2nd Bn. Lincolnshire Fusiliers, 1st Bn. King’s Own Scottish Borderers et 2nd Bn. Royal Ulster Rifles) sans féroce combat. La noix s’avère plus difficile à casser à Hérouville car des éléments de la 16. LwFD s’y défendent avec ténacité avec l’appui de mitrailleuses et de mortiers. Le 2nd Bn. Lincolnshire Fusiliers, appuyé par des Sherman réussit tout de même à nettoyer le bourg. Les médiocres résultats défensifs de la 16. LwFDiv contraignent Eberbach à réengager immédiatement la 21. Panzer-Division d’Edgar Feuchtinger au nord-est de Caen. Démarrant son avance depuis le sud, la 21. PzDiv subit alors un violent tir de barrage naval alors qu’elle tente de traverser le canal de Caen. Cette mission de déploiement est alors reportée. A 20h00, des éléments du Panzer-Regiment 22 (Oberst Hermann von Oppeln-Bronikowski21. PzD), appuyés par des Panzergrenadiere et des « rampants » tente de reprendre Hérouville mais les soldats Britanniques résistent bien au choc grâce au renfort des mitrailleuses lourdes et des mortiers du 2nd Bn. Middlesex (Battalion d’appui de la 3rd Division). Plusieurs Panzer sont détruits au lance-roquette PIAT (Projector Infantry Anti-Tank).

– Du coup, la 3rd Division n’a plus d’opposition sérieuse devant elle et peut s’infiltrer dans les faubourgs du nord-est de Caen à 19h15. Au vu de cette situation, Eberbach autorise Meyer à replier sa Hitlerjugend au sud de Caen. Intelligemment, le patron de la HJ ordonne à plusieurs unités de sa division de mener des actions d’arrière-garde destinées contre les 3rd Canadian et 59th Staffordshire Divisions qui incitent les Anglo-Canadiens à croire que les Allemands n’opèrent pas de repli.

– Le 9 juillet, les Britanniques et les Canadiens reprennent leur avance. Malheureusement, au nord-est, l’avance de la 3rd Division de Rennie qui était rapide la veille, est sérieusement ralentie par les destructions occasionnées par la RAF. Plusieurs petits groupes de Landsers de rampants et de Waffen-SS tirent parti des ruines pour mener des combats retardateurs contre les Britanniques. En outre, cette technique s’avère payante pour les Allemands car elle permet à la 12. SS-PzD et à  la 21. PzDiv de se retirer en bon ordre vers les positions défensives établies sur les crêtes de Verrières et de Bourguébus, derrière la rive droite (sud  – sud-est) de l’Orne.

650682-handout-photo-of-canadian-troops-patrolling-along-the-destroyed-rue-saint-pierre-after-german-forces– De leur côté, la 3rd Division de Rennie, aidée par les FFI de la Compagnie « Fred Scamaroni » achève de nettoyer le nord et l’est de Caen . La 9th Brigade nettoie le vieux centre, la zone du château et le quartier de la Cathédrale et s’empare de plusieurs ponts enjambant l’Orne , pendant que la 185th  (2nd Bn. Warwickshire, 1st Bn. Norfolk et 2nd King’s Shropshire Light Infantry) progresse vers le centre et l’Ouest pour établir la jonction avec la 7th Brigade de la 3rd Canadian Division, ce qui est fait à 18h00.

– La majeure partie de la ville de Caen (réduite en ruines) est enfin libérée, sauf les abords sud et sud-est (carrières, plaine et route de Falaise) qui sont encore solidement tenus par la « Leibstandarte Adolf Hitler ».
Toutefois, l’accueil chaleureux sinon cordial que les civils survivants réservent à leurs libérateurs touche beaucoup de soldats anglo-canadiens. En début de soirée, soldats, FFI, autorités civils et habitants se réunissent place de l’Hôtel de Ville. Après un discours de remerciements improvisé par le maire, un Piper (sonneur de cornemuse) du 1st Bn. King’s Own Scottish Borderers joue La Marseillaise, reprise en chœur par les habitants.

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[Suite]

Source cartographique :
– http://www.ddday-overlord.com