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Chroniques de la Bataille de Normandie – 33/ Mortain (Seconde partie)

3 – PANZER, VORWÄRTS !


– Lorsqu’elle démarre, l’opération Lüttich est déjà vouée à l’échec. D’une part, en raison de la pression exercée par Hitler et l’OKW, « Hans le Sage » a bâclé ses préparatifs et précipité son attaque. D’autre part, les Alliés ont connaissance des plans allemands grâce au système ULTRA, ce qui réduit l’effet de surprise à néant.
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– Les choses vont de mal en pis, puisque la « Leibstandarte »  de Wisch qui doit atteindre Tinchebray prend un sérieux retard dans son déploiement. Wisch fait alors savoir qu’il ne pourra détacher l’un de ses Panzer-Abteilung à temps pour la 2. PzD de von Lüttwitz arguant que la 89. ID a pris un important retard pour relever la « Leibstandarte » sur ses bases de départ.

– Pourtant l’attaque commence le 7 août avec quelques succès grâce au brouillard matinal qui empêche les avions américains de décoller. Grâce à l’appui fourni par les Panther I/Panzer-Regiment 24 de la 116. PzD, la 2. Panzer-Division parvient à atteindre Juvigny-le-Tertre en chassant les groupes avancés du Combat Command B de la 3rd Armored Division et de la 30th Infantry Division qu’elle trouve sur son passage. Des équipages de chars et des Panzerknäcker metent hors d’état de nuire 28 chars américains !

– Mais il n’en va pas de même pour la 116. PzD de von Schwerin qui, privée de son artillerie manque d’appui et qui plus est, se déploie en retard. Le retard accumulé par le Panzer-Grenadier-Regiment provoque la colère de von Funck qui réclame à von Kluge le limogeage de von Schwerin. Le I/Panzer-Grenadier-Regiment 60 donne à fond et s’empare du Fougeray et de la Mardrelle mais se trouve arrêté par l’artillerie de la 30th Infanterie-Division qui vient de réagir. Ses 2 et 3. Kompanien se retrouve même encercées et la plupart de leurs hommes doivent se rendre. Von Schwerin n’a d’autre choix que d’ordonne au Panzer-Pionier-Bataillon 675 (génie) de remplacer les hommes perdus.
Pendant ce temps, la « Das Reich » de Baum bouscule les éléments de la 30th Division qu’elle trouve devant elle et atteint les abords de Mortain.

A 22h00, Hans von Funck appelle son supérieur Paul Hausser pour lui faire le rapport du déploiement mais de l’attitude de Gerhard von Schwerin, commandant de la 116. PzD. Le chef du XLVII. PzK explique au général borgne de la Waffen-SS que von Schwerin n’a pas déployé ses renforts à la 2. PzD, ne remplissant pas là la mission qui lui était assignée. Von Funck demande alors que von Schwerin soit relevé de ses fonctions, Hausser répond qu’il est d’accord avec von Funck pour dire que cet incident était grave mais il ne relève pas von Schwerin de son commandement. Von Schwerin, archétype de l’aristocrate prussien « réactionnaire » (selon la terminologie hitlérienne) qui n’éprouve aucune sympathie pour le régime nazi, a sciemment conclu que « Lüttich » allait tourner à l’échec et refuse de déployer son Bataillon de Panzer pour la 2. PzD. Cela répondait-il aussi à une logique tactique voulant que von Schwerin ne voulût pas affaiblir sa division ? C’est aussi possible.Hausser autorise toutefois la « Leibstandarte » à retarder son départ du de deux heures pour qu’elle se regroupe convenablement.

– Seulement dès la matinée du 7 août, bien que n’ayant encore aucune coordination efficace entre eux, des petits groupes américains offrent une résistance acharnée dans le secteur de Mortain. Et les choses commencent à empirer pour von Funck lorsque Hobbs, profitant de la disparition du brouillard vers midi, appelle l’aviation en renfort. C’est le 2nd RAF Tactictal qui répond en lâchant les Hawker Typhoon des 83rd et 84th Squadrons sur les colonnes allemandes. En progressant pare-choc contre pare-choc, les engins du II/Panzer-Regiment 3 de Rämsch sont pris sous le feu des « Jabos » (surnom des chasseurs-bombardiers alliés), ce qui force les équipages à quitter précipitamment leurs véhicules ou bien à rebrousser chemin pour se mettre à l’abri. Comprenant que la partie est perdue d’avance, Rämsch décide de placer son unité à l’abri sans attendre les renforts.

– Le 7 août toujours, la 2. SS-PzD « Das Reich » envoloppe Mortain par les deux côtés de la ville et capture la ville. Puis, les Waffen-SS s’élancent vers le plateau dominant l’ouest de Mortain et au sud-ouest vers Saint-Hilaire-du-Harcoët, pour accrocher la route menant à Avranches.

– Sauf qu’une épine apparaît vite dans la botte allemande. Juste à la sortie est de Mortain, sur la Cote 317, un bataillon américain d’abord surpris maintient solidement sa position. Il s’agit du 2/120th Infantry Regiment. Très bien placé, le 2/120th peut observer le déplacement des colonnes motorisées de la « Das Reich » et donc, commander les tirs d’artillerie à l’aide de ses radios. Grâce à cela, l’artillerie de la 30yh Division et du XIXth Corps freinent considérablement l’avance de la « Das Reich » au sud et à l’ouest de Mortain.

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4 – VON KLUGE FAIT FEU DE TOUT BOIS

– Durant la fin de l’après-midi du 7, au QG de Rastenburg en Prusse-Orientale, Hitler pense que von Kluge a nettement manqué de jugement en lançant la « Leibstandarte » au nord, alors qu’au sud vers Saint-Hilaire, les forces américaines étaient tout bonnement absente. Toutefois, le Führer ordonne que l’attaque vers Avranches se poursuive et ordonne même au II. SS-PzK  de Bittrich (9. SS et 10. SS-PzD), ainsi même qu’aux 21. PzD et 12. SS-PzD de quitter la zone de la 5. Panzer-Armee pour se préparer à attaquer dans le secteur d’Avranches. S’il y a bien une personne qui a l’intuition que Lüttich sera un succès, c’est Hitler.

– Heinrich Eberbach reçoit donc l’ordre de dégarnir tout son flanc droit mais le commandant de la 5. PzA appelle von Kluge pour lui expliquer clairement que cela relèverait à ouvrir grand la porte de Falaise aux Britanniques et aux Canadiens qui n’en demandent pas tant ! Eberbarch ajoute justement que s’il est privé de ses meilleures forces, les modestes unités d’infanterie conservées entre Falaise et Condé-s/-Noireau ne pourront absolument pas s’opposer à une offensive anglo-canadienne (qui doit arriver avec Totalize). Von Kluge concède alors à Eberbach la 331. ID prévue pour l’exploitation de la percée sur Mortain mais lui ponctionne les 10. SS « Frundsberg » et 12. SS « Hitlerjugend ». « Hans le Sage » rappelle alors Eberbach pour lui dire dans une rhétorique d’excuse : « Il est prévisible que l’attaque sur Avranches échoue et qu’elle provoque l’effondrement de tout le front de Normandie. Mais l’ordre de Hitler est sans équivoque et il doit être exécuté ».


– Transmettant l’ordre du Führer à Hausser, von Kluge informe aussi Heinz Harmel et Kurt Meyer qu’ils doivent transférer leurs « Frundsberg » et « HJ » dans le secteur de la 7. Armee, avant qu’elles ne passent sous le commandement du LVIII. PzK qui doit arriver plein gaz depuis la Provence. Ainsi rassemblée, cette Grande Unité composerait la seconde tête du bélier qui doit enfoncer les forces Américaines sur la route Mortain–Avranches.

– Considéré par certains comme un « véritable Janus Biffrons sur le plan politique », Paul « Papa » Hausser n’en est pas moins loyal aux ordres donnés par Hitler. Mais lucide, il ne se fait aucune illusion quant à l’issue de « Lüttich ». Pour lui, la principale raison d’échec de l’opération est imputable à la supériorité aérienne alliée et à l’immobilité de la 116. PzD. Seulement, si Hitler pense que le sort de la guerre à l’Ouest dépend d’une attaque sur Avranches, alors il n’a guère le choix…

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5 – RÉACTION ET VICTOIRE 
AMÉRICAINE


– Au départ, les Américains ne prennent pas l’attaque au sérieux considérant qu’elle est le fait d’unités désorganisées. Mais au matin du 7 août, Hodges et Collins se rendent compte que la contre-attaque allemande menace le VIIth Corps et la tête de pont au sud de la Sélune. Et si les Allemands franchissent la Sée au nord, ils tomberont dans le dos de Collins.

– Heureusement, la 4th « Ivy » Division de Barton, qui forme alors la réserve du VIIth Corps, avait anticipé l’éventualité d’un assaut allemand. Barton fait alors donner son artillerie contre les mouvements allemands au sud de la Sée, avant de rassembler ses fantassins pour un assaut. Collins est rassuré, au moins les Allemands ne passeront pas dans ce secteur. Problème, s’il ordonne à la 1st Division de remonter vers le nord pour fermer la trouée de Saint-Hilaire-du-Harcoët, Collins créera une brèche dans le secteur de Mayenne. Il appelle alors Truman E. Boudinot, chef du Combat Command B de la 3rd Armored et lui ordonne de se rattacher sans tarder à la 30th Division de Hobbs et de se diriver vers Mortain.

– Toujours par chance, l’excellente 2nd Armored Division « Hell on Wheels » (amputée de son CC A) d’Edward H. Brooks stationne dans le secteur de Saint-Sever-en-Calvados sous le commandement du XIXth Corps. Devant alors venir renforcer la 1st Division vers Mayenne, la « Hell on Wheels » essuie des tirs d’artillerie près de Chérencé le 7 août. Collins ordonne alors à Brooks dans lancer ses élements mécanisées vers la Sée pour secourir le 39th Infantry sur la Sée. Brooks s’exécute et fait rouler sa division plein gaz et réussit à rejoindre les 9th et 30th Divisions les 7-8 août.

– D’autre part, Bradley octroie à Collins la 35th Division « Santa Fe » de Paul W. Baade, retirée du Vth Corps de Gerow. Baade reçoit pour ordre de marcher vers Saint-Hilaire puis accrocher la route Mortain–Barenton–Cote 317.
Pendant ce temps, Hobbs mène comme il peut sa division dans des combats acharnés autour de Mortain, d’autant plus que la « Old Hickory » n’a guère eu le temps d’aménager des défenses adéquates après s’être positionnée dans les trous creusés par la 1st Division. Ajoutons à cela que le chef de la 30th Division tend toujours à sous-estimer l’importance des forces allemandes. Lorsque Collins lui annonce que la 30thdoit recevoir l’aide d’un régiment de la 4th Division, Hobbs répond qui n’en a pas besoin. Toutefois, il s’exécute quand Collins lui ordonne d’envoyer 4 chars Sherman à Juvigny pour protéger les lignes téléphoniques reliant la 30th au VIIth Corps.

– Devant attendre l’arrivée de la 35th Division, Hobbs lance des contre-attaques avec ses trois régiments. Le 119th Infantry du Col. Edwin M. Sutherland et le 120th Infantry de Birks épaulés par le CC B de la 3rd Armored doivent progresser en deux directions (nord-ouest et nord-est) depuis Reffuveille et Juvigny pour reprendre le Mesnil-Adelée pendant que le 117th doit se diriger vers le Mesnil-Tôve. Après plusieurs assauts, le 120th parvient à reprendre Romagny mais se fait toujours sévèrement accroché sur ces positions.
Notons tout de même que le 823rd Tank Destroyer Battalion réussit à mettre hors d’état de nuire 14 Panzer au prix de 13 hommes tués. Hobbs doit aussi faire face à un problème de taille. L’attaque allemande a provoqué une désorganisation de certaines unités d’infanterie faisant que certains GI’s doivent se battre en petits groupes sans liens avec leur châine de commandement.

– Toutefois, la bonne nouvelle de la journée vient de la Séee car la 4th Division réussit à rejoindre le 39th Infantry ce qui permet à la 9th Division de recouvrer sa cohésion. Et si la « Old Reliable » ne parvient pas à se recoller à la 30th, elle réussit à s’assurer le contrôle de plusieurs collines qui permettent à Collins de conjurer toute menace sur son flanc.

– Mais c’est en grande partie la Royal Air Force qui permet l’échec de « Lüttich ». En effet, profitant de la disparition du brouillard et de l’apparition d’un temps radieux vers 12h00, Arthur Conningham, commandant de la RAF 2nd Tactictal Air Force lâche les Hawker Typhoon des 83rd et 84th Squadrons sur les colonnes allemandes. En progressant pare-choc contre pare-chol, le II/Panzer-Regiment 3 (Major Otto Rämsch) est pris sous le feu des « Jabos », ce qui force les équipages à quitter précipitamment leurs véhicules ou bien à rebrousser chemin pour se mettre à l’abri. Comprenant que la partie est perdue d’avance, Rämsch décide de placer son unité à l’abri sans attendre les renforts.  294 sorties aériennes sont comptabilisées pour le seul secteur de Mortain. Arthur Conningham clamera la destruction de 200 Panzer même si ce chiffre est exagéré. Bon nombre d’engins ayant été abandonnés puis récupérés par la suite.

– « Lüttich »  a définitivement échoué. Les Allemands n’iront pas plus loin bien que Hitler s’obstine et ordonne que le II. SS-PzK de Bittrich soit immédiatement déployé et que le LXXXI. AK de Kuntzen lancer lui-aussi une offensive vers Mayenne afin de fixer des forces américaines sur le flanc gauche de Hausser. Celui-ci doit aussi recevoir le renfort du Panther-Battalion du Panzer-Regiment 33 de la 9. PzD, ainsi que 2 Werfer-Brigaden qui ne seront pas déployées.

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Le 8 août, les unités de la « Das Reich » et le Kampfgruppe de la « Götz von Berlichingen » luttent toujours âprement dans Mortain et tentent aussi de venir à bout du « Bataillon perdu », commandé alors par le Captain Reynold C. Erichson et qui bien qu’encerclé, tient toujours la Cote 317. Mais il commence à manquer cruellement de munitions et plus grave, de médicaments et de pansements pour les blessés. Au tour de la ville, les combats sont surtout l’objet de petites unités. Devant cette situation, Hobbs est au bord de la crise de nerfs.

– On tente alors de le ravitailler par les airs mais les containers et caisses largués par les Dakotas tombent dans les zones tenues par les Allemands. On tente alors – et c’est une première – de lui expédier des médicaments en tirant des obus fumigènes contenant du petit matériel médical. L’idée vient du Lt.Col. Lewis D. Vieman, commandant du 230th Field Artillery Battatlion. Le 743rd Tank Battalion et le 113th FAB participent aussi à l’effort. Si l’idée de Vieman ne remporte pas les résultats escomptés (les poches de plasma explosant dans les obus leur des impacts), les projectilles atterissant sur la Cote 317 permettent de sauver plusieurs vies et maintiennent le moral des défenseurs élevés. Ceux-ci pouvaient aussi compter sur le dévouement des paysans français qui leur ont apporté des volailles, des légumes et du cidre.

– La bonne nouvelle arrive lorsque le 119th Infantry et le CC B de la 3rd Armored réussissent à recoller avec la 4th Division à l’ouest de Chérencé qui est repris les 10-11 août après un furieux combat contre les Panzergrenadiere de von Lüttwitz. Simultanément, la 2nd Armored mène plusieurs attaques sur Barenton pour soulager la « Old Hickory ». Le 12 août, le 117th Infantry prend le contrôle des ruines fumantes de Saint-Barthélemy ce qui restaure définitvement les positions américaines d’avant la contre-attaque.

– De son côté, partie depuis Saint-Hilaire, la 35th « Santa Fe » dégage la route menant à Mortain avec difficultés et au prix de 700 hommes tués ou blessés. Toutefois, le 11 août, Paul W. Baade accroche la route Mortain-Barenton. Sans tarder, il expédie une partie de sa division sur la pente sud de la Cote 317 pour libérer le « Bataillon perdu ». Au matin du 12 août, la Cote 317 est dégagée et la 30th Division peut refaire son entrée dans Mortain.

– La bataille de Mortain s’achève sur un net succès américain et un inutile gaspillage de Panzer. En se penchant sur la nouvelle configuration du front, les commandants alliés peuvent alors constater qu’un enfermement des forces allemandes présentes en Normandie est possible. La poche de Falaise prend rapidement forme.