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Chroniques de la Bataille de Normandie – 34/ La Poche de Falaise (première partie)

Avec l’échec de la contre-attaque de Mortain et la prise de Falaise, les forces allemandes du Heeres-Gruppe B se retrouvent très vite pris entre un marteau et une enclume à l’est du cours de la Vire. L’attaque complètement manquée sur Mortain n’a fait que retarder l’avance américaine. Or, en se penchant sur les cartes du front de Normandie, les commandants alliés voient-là l’opportunité d’encercler l’ensemble des forces allemandes combattant en Normandie (dont 9 Division de Panzer rappelons-le).

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1 – ENJEUX DES OPÉRATIONS 

A – PANS ALLIES : TENTATIVE D’ UNE « KESSELSSCHLACHT »* EN NORMANDIE 

– Le 8 août, le General Omar N. Bradley reçoit le General Dwight D. Eisenhower à son QG et lui explique que von Kluge a rendu un grand service aux forces alliées en lançant sa contre-attaque de Mortain car il a affaibli ses forces mécanisées, contribuant donc à faciliter la possibilité d’un encerclement. Bradley appelle alors le Fieldmarshall Bernard Montgomery et lui indique qu’il est possible d’encercler l’ensemble des forces allemandes dans une poche à l’ouest de Falaise et d’Argentan. Bradley propose même à Montgomery de changer radicalement l’axe de progression d’une partie de son XIIth Army Group en tournant de 90° vers Flers et Argentan au lieu de le le lancer directement vers la Seine. Bradley prévoit de forcer l’axe Domfront – Carrouges – Sées afin de former la première pince de la tenaille, pendant que les Anglo-Canadiens de Montgomery formeront la seconde en exerçant une forte pression sur l’axe Tichebray – Falaise.

– Bradley ordonne alors à George S. Patton de lancer au plus vite sa IIIrd Army sur l’axe Alençon – Sées afin de s’emparer de la ligne Sées – Carrouges qui permettra d’opérer un coup de faux sur les arrières ennemies par une attaque à l’est d’Argentan. Cela impose donc à Patton de faire bifurquer son XVth US Corps (Wade H. Haislip) de 90° en direction d’Argentan. Pour renforcer la capacité motorisée de Patton, Bradley lui octroie le renfort d’une division blindée et de celui de la 35th Infantry Division de Paul W. Baade.

– De son côté, Courtney H. Hodges, patron de la Ist US Army ordonne à ses trois Corps de lancer une attaque générale vers l’est, en pivotant à partir de l’axe Mortain – Mayenne pour réduire le saillant allemand formé entre Mortain, Vire et Ger. Le VIIth de Collins doit attaquer à partir de Mortain, le XIXth de Corlett reçoit la mission d’attaquer vers le sud en marchant sur Sourdeval et Ger. Enfin, le Vth Corps de Gerow doit servir d’enclume en frappant les forces allemandes sur la ligne Vire – Tinchebray.

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– Du côté Anglo-canadien, Montgomery estime que le gros des forces allemandes se trouve à l’ouest d’une ligne Falaise – Argentan – Alençon. Il propose alors à Bradley que le IInd Canadian Army Corps de G. Simonds se charge de dégager le secteur de Falaise (ce qui sera fait peu après la mi-août comme nous l’avons vu), pendant que le XVth US Corps attaque vers Alençon afin de couper les lignes du ravitaillement allemand.

– Montgomery espère masser le maximum de forces ennemies dans la défense d’Alençon afin de laisser le temps aux Canadiens d’atteindre Argentan. Sur le flanc droit de Simonds, la IInd Army de Miles Dempsey, avec les XXXth et XIIth Corps doit exercer une poussée vers Falaise à partir de l’axe Vire – Condé-sur-Noireau – Aunay-sur-Odon. En parallèle, le Ist Corps de J. Crocker (Ist Canadian Army) doit lancer un assaut entre la Côte est du Calvados et Caen, en direction de Deauville et Lisieux afin de retenir les forces allemandes présentes dans ce secteur (nous y reviendrons dans la dernière partie de la chronique).

– Seulement, jamais à cours de vitriol pour critiquer les options tactiques de Montgomery, Anthony Beevor explique dans Histoire du Débarquement et de la Bataille de Normandie que le chef britannique a alloué à Crocker la 7th Armoured Division qui aurait été bien plus utile dans la poussée vers Argentan. Mais ce choix de cantonner « Desert’s Rats » dans un rôle « secondaire » pourrait faire suite aux critiques acerbes dont ils ont été gratifiés par des généraux supérieurs britanniques, Dempsey en tête.

– Montgomery s’attend qu’une telle opération bien exécutée aboutisse à l’encerclement des forces allemandes mais il ne s’attend pas à ce que le commandement ennemi envisage – depuis le début – l’option d’une retraite stratégique  qui reste sa seule alternative.

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B– DERNIÈRES TENTATIVES ALLEMANDES POUR DESSERRER L’ ÉTAU QUI SE RESSERRE

– Après l’échec patenté de l’Opération « Lüttich », Hitler décide de relancer une nouvelle contre-attaque avec le XLVII. Panzer-Korps de von Funck sur Domfront alors que l’unité a déjà l’échec de Mortain dans les jambes. Pour cela, von Kluge transfère le Corps blindé de von Funck à la 5. Panzer-Armee d’Eberbach qui est renommé Panzer-Gruppe « Eberbarch », ce qui signifie clairement que ses effectifs ont été réduits au cours des combats. Du coup, le Panzer-Gruppe « Eberbach » passe sous le commandement du I. SS-Panzer-Korps de Dietrich.

Seulement, un tel projet est quasiment impossible à réaliser étant donné que les unités d’Eberbach sont occupées avec les Canadiens et les Polonais au nord (« Totalize ») mais surtout, car deux Corps de la IIIrd Army de Patton tournent l’ensemble des forces allemandes par le sud.

– Von Kluge et Eberbach peuvent juste déjà ordonner à la 9. Panzer-Division arrivée à Alençon le 6 août (excepté ses Panther du II/Panzer-Regiment 33 « Prinz Eugen ») après être remontée de Provence, de se poster face au saillant Mortain – Domfront pour empêcher la Ist US Army d’y déboucher.
Profitant de l’accalmie sur le front nord dûe à la fin de l’Opération « Totalize », Heinrich Eberbach ordonne au XLVII. Panzer-Korps de tenter d’arrêter la progression du XVth US Corps de Wade H. Haislip qui progresse depuis la Mayenne vers Alençon sur un axe sud-ouest – nord-ouest. C’est la 9. Panzer-Division qui s’en charge par l’action de l’Oberst Max Sperling, Kommandeur du Panzergrenadier-Regiment 11 et qui rassemble ses fantassins mécanisés, des éléments antichars du Panzerjäger-Abteilung 50, plusieurs Panzer IV du I/Panzer-Regiment 33, ainsi que des éléments de la 116. PzD. Du 9 au 12 août, les éléments rassemblés par Sperling réussissent à ralentir l’avance du XVth US Corps. Mais c’est sans compter sur Patton, bien décidé à s’emparer d’Alençon.

* Ou Bataille d’anneau : Il s’agit tout simplement d’une bataille d’encerclement visant à encercler un ensemble d’unités ennemies dans un temps restreint et deux manœuvres conjointes, souvent en tenaille.

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