Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » Chroniques de la Bataille de Normandie – 35/ 12 août : La 2e DB libère Alençon

Chroniques de la Bataille de Normandie – 35/ 12 août : La 2e DB libère Alençon

NB : Il s’agit là de la seconde partie consacrée à la Poche de Falaise. Le titre ayant été volontairement modifié.
– Le 8 août, le XVth Corps du Lieutenant-General Haislip s’est emparé du Mans avec la 5th Armored Division et les 79th et 90th Infantry Divisions. Suivant les instructions de Patton, Haislip donne à ses unités l’objectif de délivrer Alençon pour le 11 août. Alençon est un objectif important pour les Alliés car la ville est située en plein sur un carrefour de routes menant vers Rouen, Caen, Le Mans, Argentan et Paris.

1944_l11– Afin de muscler la force de frappe du XVth Corps, Patton octroie à Haislip le renfort de la 2e Division Blindée Française du Général Leclerc (Philippe de Hautecloque).  Wade H. Haislip nourrit une estime personnelle pour Leclerc, les deux hommes ayant entretenu de très bons rapports durant la campagne de Normandie. En outre, le chef du XVth Corps et même Patton, attendent beaucoup de la 2e DB, formée de soldats expérimentés par les combats en Afrique du Nord et gonflés à bloc à l’idée de combattre sur leur sol (M. Blumenson).

– Il est vrai que des unités comme le 501e Régiment de Chars de Combat (Colonel Billotte), le 1er Régiment de Marche des Spahis du Maroc (Colonel Michon) et l’unité d’infanterie le 1er Régiment de Marche du Tchad (Col. Dio) combattent depuis 1941. L’amalgame a été plus dur avec les 12e Régiment de Cuirassiers et 12e Régiment de Chasseurs d’Afrique restés loyaux à Vichy jusqu’à fin 1942. Lors de la formation de la 2e DB, Leclerc a notamment vertement tancé le Capitaine de Frégate Raymond Maggiar « Pacha » du Régiment Blindé de Fusiliers Marins formés avec des canonniers de la Royale qui ont connu Mers-el-Kébir et le débarquement britannique sur Madagascar. Toutefois, le commandant de la 2e DB finira par changer d’avis sur les Marins…

– Patton veille aussi à protéger le flanc gauche du XVth Corps en ordonnant à la 80th Infantry Division « Blue Ridge » du Major-General Horace L. McBride de nettoyer le secteur d’Evron, où une Task Force de la 90th Division rencontre une forte résistance. Haislip dispose ses forces comme suit : la 2e DB suivie par la 90th Infantry Division du Maj.Gen. Raymond S. McLain, est en charge de la gauche et doit sécuriser l’axe Alençon – Carrouges ; pendant ce temps la 5th Armored Division « V for Victory » du Maj.Gen. Lumsford E. Oliver doit emmener la 79th Inf. Division (Maj.Gen. Ira T. Wyche) dans ses chenilles pour libérer les villes de Mamers et de Sées. En face, les Allemands alignent le LXXXI. Armee-Korps dAdolf Knutzen pour protéger l’axe Le Mans – Alençon avec la faible 708. ID et la 9. Panzer-Division.

falaise1– L’attaque américaine démarre le 10 août avec un Combat Command de la 5th Armored en fer de lance, les Engineers du XVth Corps ayant dressé des ponts sur la Sarthe pour faciliter le déploiement de la 2e DB. La journée est principalement marquée par quelques durs accrochages de chars et des tirs d’artillerie ennemie. Menant une reconnaissance entre la Forêt d’Ecouves et Sées, l’Oberst Fischer de la 9. Panzer-Division se retrouve capturés par des soldats américains de la 5th Armored.

– Au prix de pertes légères, la 5th Armored libère Savigné-l’Evêque, Bonnétable, Marolles-les-Braults, avant de contourner la 9. PzDiv et de progresser encore de 20 km vers Alençon. Les PC des 9. PzD et Panzer-Lehr sont même pris sous des tirs américains et sont forcés d’ordonner la retraite. Dans la foulée, fort des renseignements qui lui procure sont Intelligence, Haislip ordonne à ses unités d’artillerie d’interdire toute sotie aux unités ennemies cachées dans la Forêt de Perseigne pour laisser les coudées franche à ses unités mécanisées. Le 13 août, le Panzer-Gruppe Eberbach reçoit l’ordre de lancer une contre-attaque sur le flanc du XVth US Corps, pendant que le LXXXI. AK reçoit l’ordre de protéger la zone de rassemblement. Sauf que lorsqu’il visite Alençon durant l’après-midi pour se rendre compte de la situation, Heinrich Eberbach ne trouve que désordre et confusion, d’autant plus que l’artillerie américaine pilonne les positions du LXXXI. AK, qui se trouve en fait en plein sur le chemin du bélier de Haislip. Oliver et Leclerc tirent immédiatement parti de la confusion chez les Allemands pour poursuivre leur avance.
5460c18e5db5de43ca96b4cf01122791
– De son côté, Leclerc démarre son attaque le 10 août sans procéder aux reconnaissances d’usage. Par une audacieuse manoeuvre, le Groupement Tactique L du Colonel Paul de Langlade (12e Régiment de Chasseurs d’Afrique, 2e Bataillon du Régiment de Marche du Tchad, 2e Escadron du Régiment de Marche des Spahis du Maroc et 4/Régiment Blindé de Fusiliers Marins) et le Groupement Tactique D du Colonel Louis Dio (12e Régiment de Cuirassiers, 1/RMT, 4/RMSM et 3/RBFM) tentent d’envelopperAlençon. Dio se charge de la colonne de gauche et Langlade de celle de droite. Malheureusement, la route est trop large et trop droite, offrant les chars des 2 GT en proies faciles aux antichars PaK. La 9. PzDiv lance même plusieurs attaques localisées qui causent des pertes à la 2e. Les anciens canoniers de marine du RBFM de Maggiar trouvent tout de même de quoi s’illustrer et gagner la confiance de Leclerc en mettant plusieurs Panzer hors de combat.
3– Finalement, le 10 au soir la 2e DB atteint une ligne Juillé-Dangeul. Le 11 août, le GT de Langlade mène de durs combats à Rouessé-Fontaine et perd deux chars avant d’atteindre Louvigny, près de la Forêt de Perseigne. Profitant de cet avantage, Leclerc ordonne à Langlade de poursuivre vers Alençon. Après avoir combattu durement pour délivrer Fyé, le GT atteint Bourg-le-Roi et Champfleur après une progression fulgurante. Leclerc a forcé la 9. PzD de Jolasse à se replier au-delà d’Alençon, dans la forêt d’Ecouves et estime qu’il est grand temps d’occuper Alençon. Dans la nuit du 11-12 août, Leclerc se joint lui-même à une patrouille guidée par un habitant d’Alençon visant à reconnaître les abords de la ville. Soulagement, les ponts enjambant la Sarthe ne sont pas minés et Alençon n’est pas occupée, même si la 9. Panzer s’apprête à entrer dans la ville. C’est ce qu’apprend Leclerc après avoir « cueilli » un officier allemand sur la route de Mamers suite à une erreur d’orientation de son chauffeur…Le 12 août, Leclerc expédie le sous-groupement du Chef d’Escadron Warabiot dans Alençon toujours inoccupée. Les soldats de la 2e DB sont alors acclamés par la population qui a la surprise d’être libérée par des Français.