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Chroniques de la Bataille de Normandie – 4/ La réaction allemande

Peu après le Débarquement allié, Rommel ne tarde pas à expédier des renforts en Normandie et après avoir demandé avec insistance au QG de Rastenburg l’envoi de Panzer-Divisionen afin de lancer une contre-attaque décisive qui doit rejeter les Anglo-Américains à la mer.
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1 – Face au secteur anglo-canadien

– Rommel qui avait néanmoins autorité sur le Panzer-Gruppe-West de Leo Geyr von Schweppenburg ordonna à celui-ci d’expédier en Normandie les unités mécanisées dont il dispose sur le territoire français. Devant son insistance, l’OKH (que dirige Hitler avec son état-major depuis l’éviction de Franz Halder) consent à lui octroyer le II. SS-Panzer-Korps de Paul Hausser fort de deux divisions de Panzer SS qui se trouve au repos dans le sud de la Pologne (alors que les Soviétiques s’apprêtent à déclencher leurs offensives d’été). Rommel donne l’ordre formel de tenir Caen, ce qui explique le déploiement plus important d’unités mécanisées entre les Vallées de la Seulles et de l’Orne. Avec ses routes qui mènent vers Pont-Audemert et Rouen, Lisieux et Falaise, la préfecture du Calvados est l’une des clés de voûtes des opérations alliées comme allemandes de la bataille de Normandie. Rommel comme Montgomery, le savent pertinemment. Ce qui explique une plus importante concentration d’unités mécanisées dans un arc de cercle allant de Tilly-s/-Seulles à Caen réside aussi dans la géographie. Si la Vallée de la Seulles présente davantage un environnement de bocage, propice à la défense antichar, les alentours de Caen offent une plaine plus ouverte, quoique scindées de haies mais plus ouverte à de la manœuvre mécanisée. Ce qui n’est pas le cas, du sud du Cotentin et du Bessin (secteurs Américains) qui présente des terrains bien plus cloisonnés.

General-Feldmarschall Erwin Rommel

General-Feldmarschall Erwin Rommel

– Ainsi, la 12. SS-Panzer-Division « Hitlerjugend »  du fougueux Fritz Witt, quitte son secteur de stationnement près d’Evreux dès le 6 juin et commence à arriver en Normandie le lendemain et à se positionner au nord-ouest de Caen entre Bretteville-l’Orgeuilleuse et Douvre-la-Délivrande, se « soudant » à l’aile gauche de la 21. Panzer-Division. Basée dans la Somme (PC à Amiens), la très expérimentée 2. Panzer-Division (Campagne de 1940 et Front de l’Est) d’Heirich Freiherr von Lüttwitz est mise elle aussi en alerte dès le 6 juin et lance des éléments avancés vers la Normandie dès le lendemain du débarquement, notamment de son Panzer-Regiment 3.

– La 130. Panzer-Lehr-Division de Fritz Bayerlein (ancien chef d’état-major de Rommel en Afrique) quitte expressément la région de Chartres pour se porter au sud-est de Saint-Lô malgré les attaques des Jabos (surnom donné aux avions d’attaque anglo-américains). Le 8 juin donc, la Panzer-Lehr vient se « coller » à la 12.SS « Hitlerjugend » dans le secteur de Bretteville-l’Orgeuilleuse (flanc droit) – Brouay (flanc gauche), de part et d’autre de la Vallée de la Seulles, au sud de Saint-Léger et du Plateau d’Andrieu. Unité d’instruction à la base comme son nom l’indique, la « Panzer-Lehr » est formée de jeunes recrues bien entraînées et bien encadrées par des anciens de l’Ostfront ou d’Afrique. En outre, au niveau du matériel chenillé, la Panzer-Lehr est une unité particulièrement bien dotée avec 191 Panzer (98 Panzer IV, 89 PzKw V Panther et 3 Tiger I), soit bien plus que la moyenne (140), ainsi que de 10 Sturm-Geschützt III et 31 canons antichars automoteurs lourds Jagdpanther IV, parmi les plus redoutables que compte la gamme.
Notons enfin que la 1. SS-Panzer-Division « Leibstandarte Adolf Hitler » alors en reconstitution en Belgique après s’être tirée de la Poche de Korsoun-Tcherkassy en janvier 1944, a été elle aussi mise en alerte et doit bientôt arriver dans les bagages du I. SS-PzK.

Leo Geyr von Schweppenburg

Leo Geyr von Schweppenburg

– Le 6 juin toujours, les 21. PzD et « Hitlerjugend », ainsi que les restes laminés de la 716. Infanterie-Division de Reichert, passent de l’autorité directe de von Schweppenburg à celle du I.SS-Panzer-Korps du SS-Obergruppenführer Joseph « Sepp » Dietrich. Celui-ci se voit confirmer cet ordre par von Rundstedt en personne à Saint-Germain-en-Laye le jour même.  Attardons-nous un instant sur ce personnage. De taille moyenne et robuste, bavarois de naissance, ancien garçon boucher dans le civil, « Sepp » Dietrich combat sur le front français en 1914-1918 dans l’artillerie et dans les chars à la fin du conflit. Membre des Freikorps (Corps francs) contre les Spartakistes et les Conseils d’Ouvriers en 1919, il connaît ensuite quelques temps difficiles jusqu’à ce qu’il rencontre Adolf Hitler qui vient de prendre la main du Parti des Travailleurs Allemands. Prêtant une fidélité absolue à son nouveau maître, il organise les toutes nouvelles Schutzt-Staffeln (SS) chargées de la sécurité personnelle d’Hitler. Durant les années 1930, la SS gagne en nombre face à la SA et Dietrich devient commandant du nouveau régiment de la garde personnelle du Führer, la Leibstandarte « Adolf Hitler ». Dietrich commande à cette unité durant la Campagne de France. Devenue ensuite 1. SS-Grenadier-Division « LSSAH », l’unité de Dietrich combat en Yougoslavie, en Grèce et en URSS où elle fait preuve d’une extrême brutalité envers les prisonniers, les civils et les Juifs. Dietrich est présent sur l’Ostfront à Kharkov, à Kousk et sur le Dniepr. Fin 1943, il prend la tête du nouveau I. SS-Panzer-Korps. Sans grand génie militaire comparé à un Guderian, un von Manstein ou à un von Manteuffel, Dietrich est un fonceur brutal, réputé grossier mais apprécié de la troupe. Hitler l’apprécie d’autant plus que l’homme est d’une fidélité inébranlable et un nazi convaincu. Arrivé en Normandie le 7 juin pour prendre son commandement sur le terrain, sa première mesure est de ramasser de façon musclée tous les traînards et fuyards des services de la Heer qui pensent que Caen est tombée aux mains des Britanniques et qui fuient vers le sud.

SS-Obergruppenführer Sepp Dietrich

SS-Obergruppenführer Sepp Dietrich

Dans cette réorganisation, la coordination du projet de contre-offensive blindée allemande – avec la 21. PzDiv, la 12. SS-PzD, la 2. PzD, la 130. Panzer-Lehr et les éléments du I. SS-PzK – est confiée à von Schweppenburg.   Réputé bon technicien de la Panzerwaffe, Geyr von Schweppenburg s’est montré partisan avec de la contre-attaque mécanisée contre les forces alliées débarquée, de concert avec von Rundstedt. Par une attaque brutale lancée rapidement contre la tête de pont britannique, il espère porter « un coup fatal aux alliés » et « prendre l’ascendant psychologique ». Le 10 juin, von Schweppenburg s’entretient avec Rommel à son QG installé au Château de La Caine (près de Thury-Harcourt, au sud de Caen). Les deux généraux conviennent alors de lancer une contre-attaque mécanisée dans le secteur de Bayeux afin de couper le secteur américain du secteur britannique avant de pressurer les têtes de pont. Mais un coup dur intervient rapidement pour les Allemands. En effet ayant bénéficié du Système ULTRA, la RAF a localisé le QG de von Schweppenburg et décide de mener un raid pour décapiter le commandement allemand en Normandie. Ainsi, dans la nuit du 10 juin, 100 appareils de chasse et chasseurs-bombardiers Hawker Typhoon matraquent le château de La Caine et ses alentours. Les dégâts sont importants ; le château est détruit et de nombreux véhicules et postes de communication sont détruits ou rendus inutilisables. C’est un sérieux coup dur pour Geyr von Schweppenburg qui perd aussi son chef d’état-major, l’Oberst Kluge, tué dans l’attaque aérienne.

Generalleutnant Fritz Bayerlein

Generalleutnant Fritz Bayerlein

Insigne de la «  Panzer Lehr »

Insigne de la      « Panzer Lehr »

2 – Face au Secteur américain

– Après le Jour-J, les troupes allemandes basées dans le Cotentin sont réparties au sein des  753. ID qui tient la région de Cherbourg, 91. Luftlande-Infanterie-Division qui a perdu son chef, Wilhelm Falley tué dans une embuscade par des parachutistes américains (remplacé par son chef d’état-major, l’Oberst König), 709. Infanterie-Division, 77. ID de Stegmann (tué dans une attaque aérienne) et 243. ID de Klosterkämper. Très vite, il apparaît que les 709 et 753. ID se retrouvent isolés dans la partie nord du Cotentin et sont condamnés à défendre Cherbourg sans pouvoir communiquer avec le reste du LXXXIV. Armee-Korps (PC à Saint-Lô). La 91. Lft-Ld-Div a été sérieusement malmenée dès le le Jour-J et doit replier ses forces au sud de Sainte-Mère-Eglise.

Insigne de la « Das Reich »

Insigne de la « Das Reich »

Pour tenter d’empêcher la Ist US Army de Bradley de déboucher vers la côte ouest du Cotentin et sur la route Saint-Lô – Périers, Rommel rameute de toute urgence la 243. ID dans la région de Pont-l’Abbé, pendant que la 77.ID arrive à marche forcée depuis Avranches pour venir en aide à la 91. Lft-Ld-Div.

– Pour étoffer la défense face aux Américains, la 2. SS-Panzer-Division « Das Reich » du SS-Gruppenführer Heinz Lammerding quitte ses zones de stationnement du Lot et du Tarn-et-Garonne (Montauban) où elle stationne pour remonter vers la Normandie. Inutile de rappeler la barbardie dont elle fait preuve à Tulle et Oradour-sur-Glane. Elle arrivera en Normandie vers le 12-13 juin sous les attaques aériennes alliées. Issue de l’une des plus anciennes unités de la Waffen-SS, la « Das Reich » s’est fait connaître sur l’Ostfront autant par sa brutalité envers les populations que pour ses engagements tactiques. Unité mécanisée d’élite, elle a pris part à la marche sur Moscou, à la contre-offensive victorieuse von Manstein à Kharkov, à Koursk et à la défense du Dniepr. Elle peut se targuer de compter l’un des plus grand nombre de récipiendaires de la Ritter-Kreutz dans ses rangs.

– Enfin, la 17. SS-Panzer-Grenadier-Division « Götz von Belichingen » de Werner Ostendorff quitte Thouars dans les Deux-Sèvres pour venir défendre le secteur de Carentan. Ces deux unités mécanisées passent sous le commandement du LXXXIV. Armee-Korps de Wilhelm Fahrmbacher (7. Armee).

– Le renforcement du secteur tenu par le LXXXIV. AK conduit Rommel et Friedrich Dollmann à « vampiriser » toute la défense de la Bretagne. Mis en alerte dès le 6 juin, le II. Fallschirm-Korps (parachutistes des 3. et 5. Fallschirmjäger-Divisionen) du Generalleutnant Eugen Meindl quitte la région de Quintin (Côtes-du-Nord) dès le 7 juin, avec ses hommes montés sur camions, sous les attaques aériennes. Mais c’est le XXV. Armee-Korps qui connaît les plus importantes répercussions sur son dispositif puisqu’il doit céder la 275. Infanterie-Division de Schmidt. Basée à Redon dans le sud de l’Ille-et-Vilaine, celle-ci connaît un véritable calvaire pour monter dans la région de Saint-Lô, avec ses charrettes et remorques hippomobiles, via Rennes et Avranches et n’arrive que vers le 9-10 juin après avoir subi plusieurs attaques aériennes. Enfin, la 353. Infanterie-Division de Paul Mahlmann quitte le secteur de Brest pour rejoindre le secteur entre La Haye –du – Puits – Marigny. Bien que disposant d’un parc motorisé limitée, cette division a été formée dans la Landkreis du Mecklembourg à partir d’éléments survivants de la 328. ID détruite en URSS et se trouve correctement dotée en canons d’assaut.

– Résultat, le faible LXXIV. AK d’Erich Straube (2 modestes Infanterie-Divisionen) tient toujours la moitié nord de la Bretagne avec ses deux divisions restantes (343. ID et 2. Fallschirmjäger-Division, plus les unités auxiliaires).

Ce déficit de troupes en Bretagne conduit immédiatement les formations de maquisards à passer à l’action avec l’aide des sticks 2nd RCP (4th SAS) du Lieutenant-Colonel Bourgoin dit « Le Manchot ». Dès le lendemain du Débarquement, les FFI-FTP bretons s’activent particulièrement dans le secteur de Saint-Marcel au nord-est de Vannes.

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