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Chroniques du Jour-J : Abbé René de Naurois

Avec les commémorations du Jour-J, le Commando Kieffer est à l’honneur dans les médias. Au lieu d’être répétitif, j’ai décidé de vous présenter l’une de ses figures les plus attachantes mais qui reste quelque peu dans l’ombre du « Pacha » ; René de Naurois, l’aumônier des bérets verts français.

René Jacobe de Naurois voit le jour dans le 9e Arrondissement de Paris le 24 novembre 1906 mais il est issu d’une vieille famille agricole de la région de Toulouse. naurois_de Après son Baccalauréat, il étudie les Mathématiques mais se destine à la prêtrise. Après ses études en Lettres et Théologie à l’Université Catholique de Toulouse, René de Naurois effectue une Préparation Militaire Supérieur en artillerie mais se retrouve réformé pour raisons de santé en 1928. Cela ne l’empêche pas d’intégrer l’Ecole d’Artillerie de Poitiers en 1931, interrompant momentanément son Séminaire à Toulouse. Ordonné prêtre par Mgr Jules Saliège (archevêque de Toulouse) en 1936, René de Naurois est envoyé à Berlin comme Aumônier adjoint de la colonie de langue française. Parlant couramment l’allemand, il y découvre avec horreur la doctrine nazie. Mobilisé dans le 93e RA en 1939, le Père de Naurois sert ensuite à l’état-major de la Ire Armée française du Général Blanchard. Démobilisé après la défaite, le Père de Naurois rejoint le diocèse de Toulouse et demande au Cardinal Saliège de pouvoir partir en Grande-Bretagne, ce que le prélat refuse net, expliquant au jeune abbé que son rôle est de rester dans son diocèse. Aumônier universitaire de 1940 à 1942, le Père de Naurois aide Mgr Saliège à sauver des familles juives dans l’Archevêché en animant un noyau de résistants locaux, tout en co-fondant Vérité aux d’Henri Frenay, patron de la Résistance à Lyon. Vérité allant devenir plus tard Combat. Après avoir rejoint le mouvement de résistance Témoignage Chrétien, le Père de Naurois rejoint l’Ecole des Cadres d’Uriage fondée par Pierre Dunoyer de Segonzac. L’établissement a été créé avec l’assentiment ouvert du Secrétariat à la Jeunesse du Gouvernement de Vichy afin de former le corps administratif de l’Etat, mais elle possède la particularité d’être dirigée par un antinazi convaincu classé à droite et d’être un vivier de résistants. Le Père de Naurois s’y fait remarquer par ses prédications et ses enseignements farouchement hostiles au nazisme, ce qui lui vaut d’en être exclu sur ordre de l’Amiral Darlan. Le Père de Naurois revient à Toulouse courant 1942 mais il se sait surveillé par la Gestapo. Après avoir été interrogé par les hommes des Groupes Mobiles de Réserve, l’homme de Dieu décide de quitter la France pour la Grande-Bretagne via l’Espagne franquiste, avec l’accord du Cardinal Saliège. Début 1943, le Père de Naurois arrive en Grande-Bretagne et bien que de santé fragile, se retrouve incorporé comme aumônier au 1er Bataillon de Fusilliers Marins – ou No 4 Commando – commandé par le Capitaine de Vaisseau Philippe Kieffer. Suivant le même entraînement que les jeunes français venus rejoindre l’unité, le Père de Naurois se retrouve à accompagne 176 autres français catholiques, non-croyants, un juif (Dorffsmann), un mulsuman (Bwaffa), de gauche, de droite ou tout bonnement sans opinions politiques. Très vite, le Padre devient un camarade de combat que seul le non-port du fusil et la croix pectorale distingue du reste du Commando. Le mardi 6 juin 1944, seul ecclésiastique français à participer en première ligne à l’Opération Overlord, le Père de Naurois débarque de son LCT avec les autres sur la plage de Sword Beach en face de Ouistreham. Il est là pour les autres, aidant aussi à transporter les blessés. Après le Jour-J, il reste avec le Commando dans les Bois de Bavent jusqu’à la fin de la bataille de Normandie. Le 1er novembre, il est toujours de la partie avec le Commando Kieffer lors de la prise de l’Île de Walcheren. Mais il tombe malade et passe cinq mois dans un hôpital britannique avant de revenir au 1er BFM le 2 mai pour assister à la reddition des troupes allemandes en Hollande. Démobilisé en après l’armistice, il fait comme tout ses camarades et repart en France poursuivre ses activités d’avant-guerre, dans une stricte discrétion. Il enseigne les Lettres à la Faculté Libre de Toulouse, avant d’effectuer des voyages en Afrique en Ornithologie. C’est dans cette matière qu’il obtient un Doctorat qui le fera entrer au CNRS. Il prend sa retraite durant les années 1980. A côté de ses activités, le Père de Naurois revoit régulièrement ses camarades de combat pendant les soixante-ans qui suivent la fin de la guerre. L’Etat d’Israël lui fait un dernier honneur ; être déclaré Juste Parmi les Nations pour son rôle dans le sauvetage des Juifs en France. Titulaire de l’Ordre de la Libération, de la Légion d’Honneur et de la Croix de Guerre et de la Military Cross britannique, le Père René de Naurois a rejoint les Cieux en 2006. Il repose aujourd’hui dans le cimetière de l’église de Ranville, auprès du Lieutenant in Second Den Brotheridge, parachutiste, premier soldat britannique tué lors du Débarquement. DSCF0392