Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » Chroniques du Jour-J : Juno Beach

Chroniques du Jour-J : Juno Beach

Comme pour toutes les forces alliées cantonnées dans le Sud de l’Angleterre, les premières unités canadiennes embarquent dès le 4 juin mais sont maintenues en mer un jour de plus en raison de la météo. Les transports de troupes sont plus ou moins adaptés pour leur rôle et malgré les pilules distribuées, le mal de mer fait des ravages parmi les passagers déjà stressés par la perspective des combats. Pourtant, la peur laisse souvent place à une certaine excitation dans les derniers instants avant l’action. Après l’attaque des bombardiers lourds de la RAF et de l’USAAF, les bombardiers moyens suivis des chasseurs-bombardiers pilonnent les défenses de « Juno » avant que croiseurs et destroyers ne les écrasent sous un déluge d’obus à partir de 5h52.
juno-1-0.1-North Shore landing 1
Cette vision dantesque réconforte quelque peu les fantassins ballottés dans leur Landing Craft Assault (LCA). Les roquettes des LCR entrent alors dans la danse pendant que les barges avancent lentement vers la plage.

Comme pour le secteur Britannique, en raison de la marée montante, les Canadiens débarquent plus d’une heure après les Américains, c’est-à-dire à 7h50.

1 – Flanc droit

– C’est le Royal Winnipeg Rifles qui touche terre mais essuie des tirs nourris de la part des Allemands car seulement 14% des fortifications ennemies ont été endommagées. Le RWR doit neutraliser la WN-31, garnie de trois canons moyens, de mortiers et de mitrailleuses. Les Sherman DD sont lancés à 1 500 mètres du rivage au lieu des 7 prévus en raison d’une mer agitée et arrivent en retard sur la grève.

– Dans leurs LCI, les hommes de RWR essuient des tirs à 700 mètres du rivage, avant d’entrer dans les flots jusqu’à la poitrine, tout juste face à la WN 31. Les premiers soldats canadiens tombent dans les flots. Ensuite, ils ont à parcourir 200 mètres, trempés et alourdis par leur paquetage et d’autres sont aussitôt fauchés par les tirs ennemis. Malgré leurs pertes élevées, les hommes du RWR parviennent jusqu’à la ligne de barbelés et placent des torpilles Bengalore sous les films. Après avoir troué les trois lignes de barbelés, les Canadiens attaquent la WN-31 à la grenade, au fusil et au PM Sten. La Résistance allemande s’estompe rapidement dès que les Canadiens conquièrent les premiers Blockhäuse. Un Capitaine de LCT inexpérimenté et épouvanté par le tir d’un canon allemande de 75 mm ordonne aux deux Bulldozers qu’il transporte de quitter l’embarcation bien trop loin du rivage. Résultat : les deux engins blindés coulent à pic. La Compagnie D touche terre à droite de Graye-sur-Mer et essuient moins de tirs ce qui lui permet de déborder les lignes allemandes plus facilement. Enfin, les 10 Chars Sherman DD qui n’ont pas coulé parcourent Mike Green de long en large, arrosant les défenses allemandes. Seulement, ils ne peuvent franchir la digue et doivent attendre l’arrivée des chars spéciaux de la 79th Armoured Division qui n’ont pas encore été mis à l’eau. Peu après 8h00, deux Sherman Crab/Flail arrivent en renfort mais sautent sur des mines. Il faut donc encore attendre la mise à terre de trois AVRE pour permettre l’installation d’un char spécial Churchill AVRE SBG. L’un des AVRE s’enfonce dans un cratère mais sa mésaventure permet au SBG de s’y poser pour faire passer les Sherman DD. Au bout de trois heures d’utilisation, le char SBG ne sera plus utilisable et laissera la place aux Bulldozers qui détruiront la digue.

– Enfin, à 9h30, les Canadiens réussissent à déminer un couloir qui permet aux renforts aux troupes d’assaut de s’enfoncer à l’intérieur des terres. Enfin, peu avant 10h00, l’état-major de la 7th Brigade et de ses Regiments sont mis à terre. Mais les Allemands ripostent et la marée monte, réduisant la bande de sable abordable et forçant l’infanterie canadienne à s’enfoncer dans les terres. Les RWR marchent vers le sud-ouest et capturent Sainte-Croix-sur-Mer. En revanche, il ne reste plus que 26 hommes à l’une des compagnies d’assaut sur les 96 ayant débarqués (sur environ 130 hommes).

Plus à droite, sur « Mike Red » entre La Rivière et Graye-sur-Mer, une Compagnie des Canadian Scottish doivent faire face à un tir de mortiers, tout en franchissant un important champ de mines. Et c’est à 9h30 qu’il réussissent à rejoindre les RWR.

2 – Courseulles-sur-Mer

C’est exactement à 8h09 que 2 Compagnies des Regina Rifles du Lt.Col. Matheson débarquement à Nan Beach (Green) face à la WN-29, appuyés par les 14 Sherman DD du 1st Hussars sur les 19 qui ont pu arriver sur le rivage. Aussitôt leur jupe de flottaison abaissée, les chars amphibies déclenchent un violent tir d’appui sur les positions allemandes. Mais bien abrités dans leurs bunkers, les artilleurs allemandes prennent Nan Green en enfilade et causent des pertes aux fantassins. Comme à l’entraînement, les tankistes du 1st Hussars s’approchent des bunkers en suivant les angles morts et tirent presque à pour portant dans les embrasures des fortifications. D’autre part deux chars Sherman Firefly débarquent depuis un LCT et neutralisent des casemates blindées grâce à leurs canons antichars.

– Finalement, malgré des pertes, les Regina Rifles nettoient les casemates allemandes, parviennent à franchir le fossé antichar qui les sépare de Courseulles et commencent le nettoyage de la ville avec l’aide des blindés. Mais les combats durent encore une bonne heure car les Allemands réussissent à occuper certains secteurs grâce à leur réseau souterrain. Enfin, grâce à l’arrivée (en retard) de chars spéciaux du 22nd Dragoons, les Canadiens réussissent à ouvrir deux passages vers le château de Courseulles et Réviers.
En fin de matinée, Courseulles-sur-Mer est aux mains des Regina Rifles.

3 – Flanc gauche

Sur le front de la 8th Canadian Infantry Brigade de Blackhadder, les barges touchent terre avec 20 minutes de retard, soit vers 8h10 et sans l’appui des Sherman DD du Fort Garry Horse ; la mer étant jugée trop mauvaise, les chars sont directement amenés à terre par les LCT… mais bien après l’infanterie. Seuls les AVRE du 80th Assault Squadron débarquent avant les fantassins. Le Queen’s Own Rifles of Canada arrive sur « Nan White », devant Bernières à partir de 8h10.

– La compagnie B débarque juste sous le WN-28, à 200 mètres de son objectif initial. La plage est balayée par les mortiers et les mitrailleuses ennemis et les pertes sont tout de suite importantes. Mais il faut avancer pour échapper aux tirs intenses ce qui cause d’importantes pertes. Beaucoup d’autres fantassins tomberont encore avant que le nettoyage du WN-28 et de ses tranchées. Le Lieutenant Herbert réussit à neutraliser un nid de mitrailleuse avec deux hommes seulement, soit tous ceux qui lui restent de son peloton. Il n’en reste pas moins que les assaillants sont en sous-nombre, avant que les chars n’arrivent. La Compagnie A s’en sort mieux face aux tirs d’armes légères, ses hommes se tapissant derrière la dune, chargent leurs torpilles Bengalore pour faire exploser les fils barbelés, attaquent les positions ennemies à la baïonnette et au pistolet-mitrailleur avant d’engager de féroces combats contre les défenseurs allemands.

– Finalement, plusieurs nids de mitrailleuses sont éliminés. La compagnie peut alors marcher vers Bernières mais elle est freinée dans son élan par des mines, des mortiers et des tireurs postés dans des maisons. Elle continue en avant néanmoins car les Compagnies C et D qui viennent de débarquer se chargent du nettoyage, avec l’aide des Sherman Crab des Churchill AVRE. De leur côté, en raison de l’explosion de leurs engins sur des mines, les sapeurs des Canadian Royal Engineers doivent déminer les abords de Bernières au poignard. Enfin, grâce aux AVRE qui détruisent le mur antichar à coups de leur lance-roquette « Petard », les Canadiens réussissent à établir une sortie à l’est de la localité.

– Plus à gauche sur « Nan Beach », le North Shore Regiment touche terre entre Bernières et Saint-Aubin. La Compagnie A enregistre peu de morts et de blessés. Elle atteint Bernières dans la foulée dont elle s’empare de la partie Est. Là, snipers et mines occasionnent des pertes. Mais à force d’efforts, les hommes avancent et établissent bientôt le contact avec le QORC. La Compagnie B doit neutraliser le WN-27, très actif contre les barges de débarquement. Plusieurs DD et AVRE sont touchés dès le début des combats. L’infanterie souffre encore dans sa course de 100 mètres vers la digue. Celle-ci se révèle d’ailleurs un abri précaire, les Allemands la prennent en enfilade en lançant des grenades depuis les embrasures de bunkers ; pour les Canadiens, il faut avancer ou bien mourir !

– Mais grâce aux torpilles bengalore, les hommes du North Shore avancent dans les terres pour prendre la WN-27 à revers depuis Saint-Aubin. L’assaut des canadiens est ralenti par les nids de mitrailleuses et les mines, mais l’arrivée des chars permet d’avancer malgré tout. Les Compagnies C et D débarquent un peu à l’Ouest de la B, évitant ainsi l’essentiel du tir défensif. Elles avancent assez rapidement pour sécuriser le Sud de Saint-Aubin en attendant de pousser vers Tailleville et le radar de Douvres-la-Délivrande. Derrière elles arrivent les Royal Engineers qui posent avec succès un pont SBG sur la digue. D’autres sapeurs rencontrent plus de problèmes : ayant touché terre trop près du WN-27, ils sont harcelés par des snipers ; les Crab s’orientent alors vers l’Ouest pour dégager une autre sortie, ce qui ne sera fait qu’en fin de matinée. Le Régiment de la Chaudière, bataillon de réserve de la 8th Brigade, commence à « Nan White » vers 8h30. Les LCA évitent difficilement les obstacles submergés mais la Compagnie A passe un moment particulièrement mauvais : ses barges heurtent les obstacles en acier et son endommagées par de violents tirs de mortiers. Les hommes doivent se jeter à l’eau en abandonnant leur équipement pour nager jusqu’à la plage. Un seul LCA parviendra « indemne » au rivage ! La plupart des hommes sont désarmés et la Compagnie doit attendre à l’abri des dunes que le QORC nettoie les positions ennemies.
Les seize chars survivants du C Squadron du FGH attendent sur la plage que les sapeurs aient dégagé les mines qui bloquent la sortie. Mais le nettoyage est bien plus long que prévu et le Major Bray, commandant l’unité s’impatiente et décide de lancer ses chars… en plein dans un champ de mines. Il en perd trois mais peut finalement entrer dans Saint-Aubin pour aider les fantassins du North Shore.

Entre 10h00-10h30, « Juno Beach » est sécurisée et les défenses allemands sont percées. Les deux Abteilungen de la 716. ID qui défendaient la plage ont été quasiment anéantis et les survivants s’apprêtant à partir en captivité en Grande-Bretagne. Enfin, la 21. Panzer-Division n’est pas intervenue dans le secteur canadien. Enfin, 3 kilomètres ont déjà été couverts à l’intérieur des terres.

– A 10h50, le Major.General Keller ordonne de faire débarquer la 9th Canadian Infantry Brigade sur « Nan White ». Mais le secteur n’est toujours pas complètement sécurisé, ce qui laisse une seule sortie praticable sur « Nan Beach ». Les renforts arrivent avec davantage d’hommes, de chars, de véhicules, sur les plages qui se réduisent peu à peu au rythme de la marée montante ; sans oublier le 48th Royal Marine Commando de Moulton qui a débarqué derrière le North Shore… Commence alors un embouteillage monstre malgré les efforts des Beach Groups pour canaliser les nouveaux débarquements. Il n’y a pas assez de places, pas assez de sorties aménagées et certaines routes menant vers l’intérieur sont encombrées. Les retards s’accumulent et vont compliquer l’extension de la tête de pont, d’autant que les Allemands tiennent encore solidement le secteur du château de Tailleville. Le North Nova Scotia Highlanders débarque à 11h40 avec les chars du Sherbrooke Fusiliers Regiment. Malheureusement, ils s’enferrent tout de suite dans le désordre qui règne sur la plage et les deux autres bataillons de la Brigade (Highland Light Infantry of Canada et Stormont Dundas and Glengarry) doivent attendre le début de l’après-midi.

– Sans relève immédiate, il revient donc aux 7th et 8th Brigades d’assurer la progression. A droite, le 1st Canadian Scottish qui a récupéré sa C Company débarquée avec les RWR, marche sur Sainte-Croix. Le Lt.Colonel Cabeldu préfère finalement placer une compagnie en couverture et laisser aux RWR comme au 1st Hussars le soin de prendre le village. Lui choisit de pousser ses hommes plus loin, vers Colombiers-sur-Seulles et Pierrepont. Une mitrailleuse allemande, particulièrement bien placée et des tireurs d’élite freinent l’attaque mais après de violents affrontements, les Canadiens sécurisent le flanc droit de Juno et peuvent marcher en direction du Hamel pour établir leur jonction avec la 231st Brigade de la 50th « Northumbrian » Infantry Division débarquée sur Gold.

– Pendant ce temps, le RWR traverse Graye-sur-Mer, passe par Banville abandonnée par l’ennemi mais se heurte à une forte opposition à Sainte-Croix. Seule l’intervention d’un escadron du 1st Hussars permet de dénouer la situation. Le RWR affronte ensuite une résistance légère pour atteindre Creully afin d’y établir la liaison avec la 50th « Northumbrian » venant de « Gold Beach ».
De leur côté, les Regina Rifles, sortis de Courseulles en début d’après-midi ont pris Réviers et capturé le pont sur la Seulles avec l’appui de blindés du 1st Hussars qui, au passage, a perdu cinq Sherman contre un canon FlaK de 88 mm embusqué sur les hauteurs du sud.

– La situation pour la 8th Brigade est beaucoup plus difficile : le QORC nettoie encore le terrain autour de Bernières et seul le Régiment de la Chaudière est en mesure d’avancer vers Bény-sur-Mer, au Sud. Les Canadiens français se rassemblent autour d’un escadron du Fort Garry Horse dans un champ près de Bernières où quatre M7 Priest du 14th FAB sont en position de tir. Un 88 mm ouvre soudain le feu sur les automoteurs et en détruit trois en quelques instants ; surchargés de munitions, les engins explosent en causant de terribles pertes à la Compagnie B de « Chauds ».
La progression commence bien mal. Les Canadiens français se mettent alors en marche lentement pour être très vite stoppés par le tir de deux autres canons et de plusieurs mitrailleuses. Il faut attendre plusieurs attaques des fantassins et le soutien de l’artillerie navale pour que la résistance allemande cède, enfin.
La Compagnie chargée de s’emparer de la batterie de pièces de 100 mm qui pilonne la plage depuis l’ouest du village, capture son objectif. Bény-sur-Mer est également prise en milieu d’après-midi. Les « Chauds » peuvent alors continuer vers Basly et Colomby-sur-Thaon mais une fois encore snipers et mitrailleuses freinent encore voire stoppent momentanément la progression. Le 14th FAB ne peut intervenir car les positions allemandes sont trop proches des linges avancées canadiennes.

– A gauche, le NSR a passé la matinée à réduire les défenses autour de la WN-27 de Saint-Aubin. Il peut ensuite marcher vers Tailleville où il découvre que les positions ennemies sont bien plus fortes qu’attendu. Nids de mortiers, de mitrailleuses et champs de mines protègent le QG du II./Grenadier-Regiment 736. Les Canadiens encerclent le village et entreprennent d’éliminer un à un les points de résistance ennemis. Plusieurs soldats allemands sont capturés et ramenés sur la plage pour servir comme démineurs ou être envoyés en Grande-Bretagne.

Source : Ligne de Front, N°9