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Chroniques du Jour-J : plans de l’assaut – 1

Intéressons-nous aujourd’hui un peu plus en détail aux séquences combinées de débarquement du Jour-J, certaines restant encore assez méconnues car situées dans l’ombre de Sainte-Mère-Eglise et d’Omaha Beach.

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1 – OPÉRATIONS AÉROPORTÉES

a) « Boston » et « Albany » 

Les deux Airborne Divisions américaines – 82nd « All Americans » de Mathew B. Ridgway et 101st « Screaming Eagles » de Maxwell D. Taylor (13 000 parachutistes à elles deux sans compter les unités de planeurs) – ont pour objectif de  s’assurer le contrôle de plusieurs secteurs dans un quadrilatère Montebourg – Pouppeville – Carentan – Pont-l’Abbé (voir carte), en amont de la rive gauche de la  Douve (fleuve côtier) et de part et d’autres du cours du Merderet. Celui-ci se jetant dans la Douve entre Le Chef-du-Pont et Beuzeville-la-Bastille. Au matin du 6 juin, les parachutistes doivent consolider définitivement la tête de pont avec les fantassins de la 4th Infantry Division du Major.General Barton qui doit débarquer sur Utah. Mais une difficulté de taille attend les parachutistes ; les Allemands ont inondé les marais du Merderet entre le Port-Brétoy et Le-Chef-du-Pont.
8680187_origLe plan de vol américain a été calculé pour éviter les batteries allemandes côtières et la FlaK au-dessus de Cherbourg. Regroupés par Squadron, les pilotes doivent suivre un chemin qui passe à l’ouest du Cotentin avant d’obliquer de 90° vers la région du Merderet.

Plusieurs largages sont prévus pour l’exécution des plans « Boston » (82nd Airborne) et « Albany » (101st Airborne) ; le transport des parachutistes et le remorquage des planeurs étant assurés par les appareils des 50th, 53rd et 61st Troop Carrier Wings du IXthUS Troop Carrier Command du Major.General Paul L. Williams. Chaque Troop Carrier Wing est divisé en plusieurs Troop Carrier Groups (scindés en Troop Carrier Squadrons), chacun transportant 2 bataillons de parachutistes (8000 hommes environ) à raison d’un stick de 18 hommes par appareil. Mais la toute première vague qui doit être parachutée dans le Cotentin est formée par les Pathfinders des deux divisions dont la mission – cruciale – est de baliser les Dropping zones (DZ – Zones de parachutages) à l’aide de balises Eurka, afin de permettre aux différents équipages des C-47 « Dakotas » de repérer leurs zones de destination.

La 82nd Airborne a pour DZ :
– DZ O : Sainte-Mère-Eglise ; 505th Parachute Infantry Regiment (PIR) du Colonel William Ekman
– DZ T : Coubesville ; 507th PIR du Colonel Edson D. Raff
– DZ N : Route Conquigny – Pont-l’Abbé ; 508th PIR « Red Devils » du Colonel Roy E. Lindquist
– LZ W : Les Forges, route Le Chef-du-Pont – Sainte-Marie-du-Mont ; 325th Glider Infantry Regiment du Colonel Charles W. Billingsea
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Pour la 101st Airborne :
– DZ A : Débouché est de Sainte-Marie-de-Vareville ; 502nd PIR du Colonel George Van Horn Moseley et 377th Parachute Field Artillery Battalion du Lt.Col. B. Weisberg
– DZ C : Hiesville – Sainte-Marie-du-Mont ; 1st et 2nd Battalions/506th PIR du Col. Robert D. Sink et 3/501st PIR.
– DZ D : Sud-est de la route Vierville – Saint-Côme-du-Mont ; 501st PIR du Colonel Howard R. « Jumpy » Johnson, 3/506th PIR et 326th Parachute Combat Engineer Battalion (génie parachutiste) du Lt.Col. John C. Pappas.
– LZ E : Débouché est d’Hiesville ; 327 Glider Infantry Regiment du Colonel George S. Wear.

A noter que la mission de la Division de Taylor consiste aussi à réduite au silence les positions allemandes situées en amont d’Utah Beach. Le 506th PIR de Sink reçoit ainsi la mission de détruire une batterie de canons allemands de 88 mm, placée près du Manoir de Brécourt, qui peut menacer le débarquement sur la plage. La mission est attribuée à la Easy Company du Lieutenant Meehan.

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b) « Tonga »

– Du côté britannique, les parachutistes de la 6th Airborne du Major.General Richard N. Gale doivent s’assurer le contrôle de la rive gauche de l’Orne dans un trapèze dont les segments font se rejoindre Ouistreham, Bénouville, Ranville, Sannerville-Troufréville, Varaville et Merville-Franceville, secteur tenus par quelques éléments de la 21. Panzer-Division et de la 716. Infanterie-Division. Si l’on regarde la carte de l’Opération « Tonga », on remarque que la Division de Richard Gale se voit attribuée un secteur assez étendu. N’étant aucunement une lubie trop ambitieuse du commandement britannique, il traduit l’objectif de jouer la confusion dans les lignes allemandes.

– Le largage des deux brigades parachutistes et l’acheminement des planeurs AirSpeed 51 Horsa est assurée par les « Dakota », « Stirling » et  « Albermale »  du No 38 RAF Group (12 Carrier Squadrons) de Leslie Hollinghurst et du No 42 RAF Group (5 Carrier Squadrons) d’A.L. Fidda. Les planeurs Horsa, WACO et Hamilcar sont transportés au-dessus de la Manche par des bombardiers quadrimoteurs Hendley Page Halifax. Un mot sur l’AS 51 Horsa. Il s’agit là condensé de simplicité et d’ingéniosité, parfaits pour ce type d’opérations. Les inconvénients d’abord : légers car construits en toile et en bois, ils sont fragiles et se détruisent systématiquement à l’atterrissage. Beaucoup de soldats britanniques seront tués ou gravement blessés lors d’atterrissages dans des champs garnis des fameuses « asperges de Rommel ». D’autres seront écrasés par des Jeeps embarquées, les cales de fixation des roues n’ayant pas tenues. Toutefois, sa légèreté et ses matériaux composants le rendent silencieux et insensible aux radars. Enfin, ils embarquent vingt-huit hommes et sont aussi capables de transporter une Jeep ou un canon léger (obusier de 75 mm ou canon antichar de 6 livres). Pour l’acheminement en Normandie, les Horsa sont remorqués par des bombardiers à l’aide de deux cordages reliés aux ailes du planeur. Aussitôt arrivé non loin de l’objectif, l’Halifax lâche la remorque et c’est au binôme de pilotes du Horsa.

6th_Airborne_map– Tout comme leurs compagnons d’arme américains, les parachutistes de Sa Majesté sont précédés par des éclaireurs chargés de baliser les DZ et LZ à l’aide de balises Eureka et de lampes spéciales. La première vague d’assaut aéroportée britannique doit être effectuée par 5 250 hommes de la 3rd Parachute Brigade de James Hill, la 5th Parachute Brigade de Nigel Poett, le 2nd Bn. Oxfordshire & Buckhinghamshire du Lt.Col. Roberts par planeurs Horsa, le Light Airborne Reeonnaissance Regiment du Lt.Col. Godfrey Stewart, ainsi que des éléments du génie, des transmissions et de santé. Les deux autres Battalions de la 6th Airlanding Brigade de Sir Hugh Kindersley (1st Royal Ulster Rifles et 12th Devonshire) et l’état-major divisionnaire doivent arriver par planeurs le lendemain matin, respectivement sur la Landing Zone W et la LZ W, sur la rive gauche de l’Orne entre Ouistreham et Bénouville (Opération « Mallard »).

– Les Britanniques doivent d’abord s’assurer aussi le contrôle des ponts de Bénouville et Ranville qui enjambent l’Orne et le Canal de l’Orne au nord-est de Caen et au sud-est de Ouistreham (Plan « Euston » I & II). Contrôler les deux ponts signifie « fortifier » l’aile gauche britannique et empêcher les Allemands de traverser le fleuve et le canal de Caen et de menacer Sword Beach. Ainsi, des éléments de la D Company (B.Priday) du 2nd Ox & Bucks emmenés par le Major John Howard sont désignés pour ce rôle. Ils seront acheminés par trois planeurs au plus près du pont de Bénouville. Un entraînement spécial leur a été dispensé dans le plus grand secret, à l’aide d’un pont reconstitué en Grande-Bretagne. Les autres compagnies du 2nd Ox & Bucks doivent aussi s’emparer du Pont de Ranville (Landing Zone N), à quelques kilomètres plus à l’est sur le Canal de l’Orne et renforcer leur dispositif de défense avec le 7th PR du Lt.Col. Geoffrey Pine-Coffin appartenant à la 5th Brigade. De son côté, le 1st Canadian Parachute Battalion du Lt.Col. George Bradbrooke (3rd Brigade) doit s’emparer du pont de Robehomme sur la Dives, à l’est de Varaville (DZ V).

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– Un autre objectif important des parachutistes de Sa Majesté n’est autre que la Batterie de Merville, tout au nord-est de la zone de parachutage. Cette batterie formée par un ensemble de quatre Blockhäuse est dotée de canons français de prise (105 mm) mais peut faire du dégât sur Sword Beach si elle n’est pas neutralisée. En outre, elle est protégée par un important champ de mines. La mission de la neutraliser revient au 9th Parachute Battalion du Lt.Col. Terence Otway dont la fantaisie toute britannique est de se rallier au son de… l’appeau à canard.

Les autres unités de parachutistes doivent s’emparer d’objectifs précis :

* Pour la 3rd Brigade 
– DZ K : Toufréville, Sannerville et Bois de Bavent ; 8th Parachute Regiment du Lt.Col. Alastair Pearson

* Pour la 5th Brigade
– Sécurisation de la DZ N : 12th PR du Lt.Col. Anthony Johnson et 13th PR du Lt.Col. Peter Luard.

[Suite]