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« Le destin français s’incarne volontiers, aux heures de plus grande détresse »

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 « La France ne supporte pas l’imposture. Voilà, me semble-t-il, un des traits les plus forts de sa vocation. C’est à Molière que revient l’honneur d’avoir fixé ce trait du caractère national de façon inégalable, en inventant Tartuffe. Jamais l’art anglais, ou allemand, n’ont imaginé un tel personnage. Bernanos a tenu à rappeler qu’il fallait parler de l’imposture contre l’esprit. Et il est bien vrai que l’étranger un tant soit peu observateur est frappé, dès qu’il vient chez nous, par ce génie singulier qui fait que le meilleur de la France reçoit, en permanence, un privilège d’audace intellectuelle, de liberté spirituelle, de pureté que nul ne peut trouver ailleurs.

Ce peuple ouvert à toutes les influences comme sa géographie le lui impose, curieux de tous les exotismes, changeant dans ses impulsions, n’assimile pas n’importe qui ni n’importe quoi. Il choisit et son goût est hautement exigeant. Ne nous illusionnons pas : cette part de l’âme française est trop souvent recouverte d’une montagne de conformisme et de vulgarité qui la cache profondément. Mais c’est en elle que notre peuple finit toujours par se reconnaître. Alors elle jaillit en élans puissants, qui renversent toutes les barrières, bousculent tous les pharisaïsmes. Elle emporte, une ou deux fois par siècle, le peuple français, à des hauteurs inimaginables à l’avance. Ainsi Jeanne d’Arc ; ainsi 1789 ; ainsi encore 1848 ou d’autres années et d’autres héros. Plus la croûte du conformisme, de l’attachement buté à la lettre, de la vanité bavarde résiste à la poussée de l’esprit, plus en général le jaillissement est haut et pur. C’est pourquoi le destin français s’incarne volontiers, aux heures de plus grande détresse et de plus grande démoralisation, dans des figures de jeunes filles comme Geneviève, Jeanne Hachette ou Jeanne d’Arc. »

Michel Pinton, Peuples élus, grandeurs et tentations de l’Europe qui vient, Paris, Nouvelle cité, 1989, p. 54