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Les fantassins de 1914 – Les Belges (7)

Avant juin 1914, le petit Royaume de Belgique sur lequel règne Albert Ier se sent à l’abri grâce à la garantie de neutralité que lui assurent (théoriquement) les puissances européennes, tout particulièrement les Britanniques pour des raisons stratégiques.
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Toutefois, en dépit des réticences des Belges (Wallons et Flamands confondus) à servir dans une force militaire, le Roi Léopold II a voulu doter son pays d’une armée digne de ce, afin de se prémunir contre une potentielle violation de neutralité de la part des Allemands comme des Français. Finalement, en dépit d’une capacité de mobilisation bien moindre que celles de ses grands voisins et d’un cruel manque d’armement lourd, l’Armée belge se prépare à la guerre.

* Recrutement

Ainsi, si jusqu’en 1909, la conscription s’effectuait par tirage au sort (avec possibilité d’être remplacé pour les fils de familles aisées), elle concerne obligatoirement un fils par famille à partir de la même date (Service Personnel). En 1913, au vu des tensions internationales, le Comte Charles de Brocqueville, Chef du Gouvernement Libéral-Catholique, obtient du Parlement l’institution du Service militaire général obligatoire. Seulement, les effets directs ne pouvaient pas se faire sentir avant 1917.

Lors de la déclaration de guerre à l’Allemagne, l’Armée royale lève 1 classe issue du Service général (1913), 4 issues du Service Personnel (1909-1913) et 10 du Tirage au sort (avant 1909). Les officiers belges sont en majorité des Wallons (nobles, bourgeois, classes moyennes), tandis que les hommes du rang sont plus représentatifs de la différence linguistique du royaume (paysans flamands et urbains wallons). Les engagés et volontaires sont âgés jeunes, même ceux issus des classes du tirage au sort dont l’âge dépasse rarement trente-cinq ans. Enfin, jusqu’en 1914, le recrutement d’officiers et de sous-officiers n’existe pas, ce qui va lourdement peser lors de l’invasion allemande.

** Organisation

En août 1914, l’Armée d’Albert Ier compte 200 000 hommes dont 117 000 pour l’Armée de Campagne et organisée en 6 Divisions d’Armées et 1 Division de Cavalerie. A côté du manque cruel de canons et de mitrailleuses, l’Infanterie fournit le gros des effectifs de l’Armée belge.

L’Infanterie belge est scindée entre 6 Régiments de Ligne, 3 Régiments de Chasseurs à Pied 1 de Carabiniers et 1 de Grenadiers (Garde) à 4 Bataillons actifs et 2 Bataillons de Forteresse chacun. Ils sont répartis comme suit :

– 1er et 2nd Régiments de Ligne : Gand (état-major), Termonde et Ath
– 3e RL : Ostende (EM), Ypres
– 4e RL : Bruges (EM), Menin
– 5e RL : Beverloo (EM), Anvers et Audenarde
– 6e RL : Anvers (EM) et Ath
– 7e RL : Anvers (EM) et Philippeville
– 8e RL : Anvers (EM) et Mariembourg
– 9e RL : Bruxelles (EM) et Bouillon
– 10e RL : Arlon (EM) et Louvain
– 11e RL : Hasselt (EM), Vilvorde et Ath
– 12e RL : Liège (EM), Verviers et Bouillon
– 13e RL : Namur (EM) et Dinant
– 14e RL : Liège (EM) et Diest

– 1er Régiment de Chasseurs à Pied : Charleroi (EM) et Huy
– 2nd RCP : Mons (EM) et Saint-Trond
– 3e RCP : Tournai (EM) et Bruxelles

– Régiment de Grenadiers : Bruxelles (EM) et Nivelles
– Régiment de Carabiniers : Bruxelles (EM) et Wavre

Liége_-_1914_-_Soldats_d'infanterie_prenant_part_à_la_défense_de_Liège_dans_les_faubourgs_d'HeistalSi les Régiments de Ligne et de Chasseurs à Pied se montreront particulièrement braves et se révéleront de durs adversaires pour les Allemands, les Régiment de Forteresse (scindés en Bataillons) qui sont chargés de protéger les espaces compris entre les places fortes de Charleroi, Namur et Liège sont encore mal encadrés et mal armés. Leur mission était aussi de couvrir les très bons Régiments d’Artillerie de Forteresse mais ils seront balayés par l’ennemi.

*** Uniformes et armement 

En matière d’uniforme, le fantassin belge paraît quelque peu anachronique par rapport à son adversaire germanique. Ainsi, il porte une tunique, une lourde capote de laine (noire), un pantalon, des guêtres et des godillots en cuir. C’est au niveau de la coiffure que le troupier belge se distingue. En effet, selon son régiment il porte un chapeau en cuir bouilli (voir photos) ou bien un bonnet de police. Les officiers portent quant à eux, un képi ou un shako en cuir.
Du point de vue de l’équipement, rien de bien différent comparé aux Français ou aux Allemands ; havresac à bretelles, besace, gourde, etc.

L’armement est léger et les armes collectives peu diffusées. Les officiers sont généralement armés de revolvers d’ordonnance français Modèle 1896 et de sabres. Les sous-officiers et les soldats disposent généralement de fusils Lebel achetés à la France.
Les quelques mitrailleuses utilisées sont de manufacture française : Mitrailleuses de Puteaux, de la MAS de Saint-Etienne et quelques Hotchkiss.

Lire :
– WINTER Jay (Dir.) : La Première Guerre mondiale, combats, Fayard, Paris
– KEEGAN John : La Première Guerre mondiale, Perrin, Paris
– MOSSE George L. : De la grande guerre au totalitarisme, la brutalisation des sociétés européennes, Hachette, Paris
– DUMENIL Anne : « Le soldat allemand de la Grande Guerre : institution militaire et expérience de combat » (thèse), Dir. Stéphane Audouin-Rouzeau, Université de Picardie, 2000
– JARDIN Pierre : « Les officiers allemands, un Etat dans l’Etat » in « La supériorité militaire allemande, le mythe du siècle ! », Guerres & Histoire, n°7, juin 2012

– « The British Infantry of 1914-1918 », in The Long, long trail (blog), http://www.
– http://www.austro-hungarian-army.co.uk/
– http://marksrussianmilitaryhistory.info
– BERNARD H. : L’Armée belge en 1914 (Cours d’Histoire Militaire 1951), http://www.clham.org (blog)