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Février – 9 avril 1945 : le Régiment Normandie-Niémen dans le ciel de Königsberg

Replaçons cette partie de l’histoire de l’Escadrille – puis Régiment à partir de l’été 1944 – dans le contexte opérationnel, pour reprendre la terminologie soviétique d’alors. Début 1915, le Régiment alors formé de quatre escadrilles (« Rouen », « Le Havre », « Cherbourg » et  « Caen ») est commandé par le Commandant Louis Delfino et intégré à la 303e Division Aérienne de la 1re Armée Aérienne du Colonel-Général Timofeï Krioukine. Pour les Soviétiques, l’unité aérienne française est d’abord dénommée « 1er Régiment Aérien Français ». Mais Staline lui a donné le second surnom « Niemen » à l’issue de l’offensive du même nom durant l’été 1944 en direction des Pays Baltes.

– A la fin du mois de janvier 1945, les 1er Front de la Baltique (Hovhannes Bragramian) et 3e Front de Biélorussie (Ivan Tcherniakhovski*, puis Aleksandr Vassilievski) cisaillent le dispositif du Heeres-Gruppe « Nord » (Groupe d’Armée Nord ; Lothar Rendulic) qui se retrouve bloqué dans la moitié nord de la Prusse-Orientale (Königsberg, Samland, Courlande et Heiligenbeil).

– Entièrement équipés d’appareils Yakovlev Yak-3; les pilotes du  participe donc aux différentes actions aériennes contre les maigres forces de la Luftwaffe et en escorte des bombardiers de la 1re AA . Les Français connaissent plusieurs pertes, en grande partie en raison de la DCA (FlaK).
Durant cette partie des opérations, pilotes et mécaniciens occupent successivement les aérodromes de Liabau (27 janvier – 5 février), Powunden (5-14 février), Wittenberg (14-25 février), Friedland (25 février – 7 avril), puis celui de Bladiau à partir du 7 avril.  Notons tout de même qu’ils sont les tout premiers français à fouler le sol allemand depuis 1940, alors que les soldats de la Ire Armée sont toujours en garde derrière la rive ouest du Rhin.

– Durant le mois de mars, le Maréchal Vassilievski ne tente aucune action d’ampleur contre Königsberg car la priorité de la STAVKA (l’état-major soviétique) est d’abord la triple offensive Poméranie – Pologne – Silésie avec Berlin pour objectif). En revanche, Vassilievski met à profit le calme du siège pour préparer soigneusement son offensive. Par conséquent les « Neu Neu », comme ils se surnomment, doivent participer activement à des missions au-dessus de la cité transformée en forteresse.

Source : http://www.defense.gouv.fr/

Source : http://www.defense.gouv.fr/

– Le 6 avril, Vassilievski déclenche son offensive contre Königsberg. Pendant trois jours, les pilotes du « Normandie-Niemen » tournoient au-dessus des ruines de la cité, là encore avec des pertes, dont ses derniers tués. Mais à terre, en dépit de très violents combats urbains, l’assaut des Soviétiques se déroule bien. Et le 9 avril, la garnison de Königsberg capitule.
Pour les pilotes français présents en URSS depuis fin 1941, c’est le dernier grand combat. Outre l’estime de leurs frères d’armes russes, ils auront l’honneur d’afficher plusieurs décorations françaises (Légion d’Honneur pour certains, Croix de Guerre, Médaille Militaire, Ordre de la Libération) comme Soviétiques, et non des moindres (Etoile d’Or de Héros de l’Union Soviétique, Ordre de Lénine, Ordre du Drapeau Rouge, Ordre d’Alexandre Nevski, Ordre de la Guerre pour la Patrie, Ordre de l’Etoile Rouge, Médaille de la Victoire et Médaille de la prise de la Forteresse de Königsberg).
Ils rentreront en France en juin.

* Ivan Tcherniakhovski, l’un des meilleurs généraux de Staline a été mortellement blessé par un tir d’artillerie le 18 février 1945. Staline dépêcha alors Vassilievski, chef d’Etat-Major Général de la STAVKA pour le remplacer.