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Général Aubert Frère

Figure méconnue de la Résistance à l’occupant allemand, Aubert Frère a été l’un des seuls officiers supérieurs de l’Armée français, avec Charles Delestraint, à avoir payé de sa vie son engagement.
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Fils d’un agriculteur du sud de l’Artois et sixième d’une famille de onze enfants, Aubert Achille Jules Frères voit le jour le 21 août 1881 à Grévilliers, dans le sud du Pas-de-Calais.
Sa famille est très pieuse et son enfance est fortement marquée par la Foi Catholique. Après avoir effectué sa scolarité secondaire au Collège Saint Jean-Baptiste de la Salle de Bapaume et se révèle très bon élève. Il entre ensuite au Collège Saint-Bertin de Saint-Omer pour préparer son Baccalauréat qu’il décroche en 1900.

Choisissant la carrière des armes, il entre à Saint-Cyr la même année au sein de la « Promotion du Tchad ». Choisissant l’Infanterie coloniale à sa sortie en 1902, il épouse Pauline Legrand avant de se retrouver envoyé en Oranie puis au Maroc. Son comportement et ses aptitudes durant des opérations de pacification sous les ordres du Général Lyautry lui valent la Légion d’Honneur après huit années de service actif, ainsi que  la promotion au grade de Capitaine en 1912.

De retour en France en 1912, il sert d’abord au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied à Amiens, avant de rejoindre le 1er Régiment d’Infanterie à Cambrai. Engagé en Belgique avec son Régiment, le Capitaine Frère est blessé dans les combats de Charleroi. De retour au front en 1915, il participe aux deux batailles de Champagne, à celle de Verdun et aux combats sur la Somme. Il gagne le grade de Commandant et deux citations. Versé au 6e Bataillon de Chasseurs Alpins en 1917, Aubert Frère combat au Chemin des Dames et sur l’Aisne et en ressort avec une seconde blessure. De retour au combat en 1918, il commande encore au feu sur la Somme et en Picardie pour recevoir une troisième blessure, très grave cette fois-ci. Il gagne néanmoins le grade de Lieutenant-Colonel, ce qui est particulièrement jeune.
Après la Grande Guerre, Frère retrouve le 1er RI à Cambrai comme commandant jusqu’en 1924. Promu Colonel l’année suivante, il connaît un intérêt certain pour les chars qui ont fait merveille en 1918. Commandant de l’Ecole des Chars, il milite pour l’autonomie de l’Armée Blindée, allant à l’encontre du conservatisme de l’époque qui préconise plutôt l’appui des chars au profit de l’infanterie. Mais il n’est pas écouté. Général de Brigade en 1931, il est nommé commandant de l’Ecole de Saint-Cyr de 1931 et 1935. Il part ensuite pour Nancy commander la glorieuse 11e Division d’Infanterie, « la Division de Fer » jusqu’en 1937. Promu Général de Corps d’Armée cette même année, il commande la 3e Régiment Militaire à Rouen jusqu’en 1939, puis la 10e à Strasbourg à la veille de l’entrée en guerre.

En septembre 1939, il commande le VIIIe Corps d’Armée en Moselle qui coiffe les 24e DI, la 31e Division d’Infanterie Alpine et le Secteur Fortifié de Rohrbach. Le Général Frère commande à son corps durant l’opération rapide en Sarre qui ne donne pas de suite. Avant la campagne de 1940, Frère assiste à l’inertie du commandement français qui lui confie le commandement de la VIIe Armée en remplacement du Général Corap. Il fait montre d’énergie sur la Somme et sur l’Aisne en freinant l’avance des blindés d’Höppner. Mais il est forcé d’applique l’ordre de repli général de Gamelin vers le sud. Frère mène alors une dure retraite marqué par des combats de jour comme de nuits mais il ramène tout le reste de son armée dans le Périgord, avec toute sa cohésion, ce qui représente un exploit.

Pétain qui apprécie Frère, le nomme commandant de la 12e Régiment Militaire de Limoges. Comme beaucoup de ses collègues, il n’apprécie pas de Gaulle qu’il considère d’abord comme un déserteur. C’est d’ailleurs lui qui préside le tribunal qui condamne le futur chef de la France Libre à mort pour désertion. Le 17 août, Frère devient Gouverneur Militaire de Lyon et commandant de la 14e Région Militaire. Dès lors, il prend une part active dans la résistance naissante en Zone Libre en ordonnant, sous couverts administratifs, de cacher des armes et du matériel. En juillet 1941, le Général Frère prend la tête du 2nd Groupe de Divisions à Royat (Puy-de-Dôme) ce qui lui donne l’autorité sur la moitié de l’Armée d’armistice. Il en profite alors pour faire la tournée de garnison et encourager les officiers à l’esprit de résistance en attendant la revanche. Mais on a vent de ses menées à Vichy et officiellement atteint par la limite d’âge, il est retiré du service actif le 1er septembre 1942.

Mais lors de l’invasion de la Zone Libre par les Allemands en novembre, Frère accepte la proposition des généraux Verneau, Olléris et Revers pour prendre la tête de l’ORA (Organisation de Résistance de l’Armée), formation clandestine formée presqu’exclusivement d’officiers et de soldats qui prépare le soulèvement contre les allemands et tentent de structurer des maquis sous le patronage des militaires. Bien que très surveillé par la police puis par la Gestapo, Frère s’emploie à donner une plus forte structure à son mouvement et à nouer des contacts avec les autres réseaux de la zone sud. On lui propose de passer en Grande-Bretagne mais il refuse.

Mais le 12 juin 1943, le Général Frère et son épouse sont tous deux arrêtés à leur domicile de Royat puis séparés. Le Général Jean-Edouard Verneau prend la tête de l’ORA à sa place. Frère est emprisonné à Vichy et à Fresnes où il est brutalement torturé. On lui fait croire qu’il sera incarcéré dans un château dans le Tyrol mais au lieu de cela, il est envoyé au Camp de concentration du Struthof en Alsace. Il succombe à l’épuisement le 13 juin 1944 et son corps brûlé. Ses cendres sont ensuite dispersées aux alentours.
Pauline, son épouse aura la chance de revenir de Ravensbrück sans avoir pu revoir son mari.

Le Général Weygand lui rendra hommage dans une biographie qu’il lui consacrera après-guerre.

Lire :
– SCHIAVON Col. Max & DE LANNOY François : Généraux français de 1940, ETAI