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Maréchal Emmanuel de Grouchy

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Maréchal E. de Grouchy (1766-1847)

Le nom de Grouchy est longtemps resté – et reste encore – associé à la défaite de Waterloo. Presque comme si ce Maréchal d’Empire n’avait laissé que cette empreinte dans l’Histoire de la Grande Armée. Or, c’est faire injustice à ce soldat que de réduire sa carrière au 18 juin 1815. En effet, grand manœuvrier de la cavalerie d’Empire, il a connu les grandes victoires autant que l’épopée tragique de Russie.

Issue d’une vieille famille de la noblesse normande, Emmanuel de Grouchy voit le jour le 23 octobre 1766 au Château de Villette à Condécourt. Bien qu’aristocrate, il est proche du Docteur Cabanis, beau-frère de Nicolas de Condorcet et largement acquis aux idées nouvelles. S’engageant dans la carrière des armes, il est Lieutenant-Colonel en 1789 dans le prestigieux Régiment des Gardes du Corps du Roi. Mais en 1792, il abandonne son rang et s’engage dans la Cavalerie Conventionnelle dans le 12e Régiment de Chasseurs à Cheval, puis au sein du 5e Hussards. Envoyé ensuite dans l’Armée du Midi comme Maréchal de Camp, il participe aux opérations en Savoie ce qui lui vaut d’accéder au grade de Général de Division. Appelé en Vendée en 1793, Grouchy défend Nantes contre l’Armée Catholique et Royale mais la Terreur le frappe car sa noblesse lui attire l’hostilité des conventionnels. Il n’est finalement que peu inquiété et se retire en Normandie durant plus d’un an.

– Après la chute de Robespierre et l’avènement du Directoire, il rejoint d’abord l’Armée des Côtes et de l’Océan de Lazare Hoche et contribue à vaincre les émigrés commandés par La Hervilly à Quiberon. Commandant ensuite de l’Armée de l’Ouest, Grouchy participe à l’expédition d’Irlande avec le Général Humbert pour aider les insurgés de Wolfe Tone. Revenu en France après l’échec d’Humbert, Grouchy part pour l’Armée d’Italie commandée par Joubert. Il combat les troupes du Duc Charles-Emmanuel IV de Savoie et contre les Austro-Russes du Général Aleksandr V. Souvorov à Valence et à la Trébie ou il perd deux chevaux. Présent à la défaite de Novi en 1799 où il commande l’aile gauche de l’Armée d’Italie, Grouchy est touché de quatorze blessures et fait prisonnier.

– Libéré en 1800 en échange d’un général anglais, il dénonce le Coup d’Etat du 18 Brumaire en rédigeant une lettre de protestation dont prend connaissance Napoléon Bonaparte. Toutefois, le Premier Consul ne tient pas compte de la missive et donne à Grouchy le commandement  de l’Armée des Grisons en Suisse. Grouchy chasse les Autrichiens de l’Engadine (sud de la Suisse) et rejoint l’Armée du Rhin de Jean Victor Moreau pour prendre part à la victoire d’Hohenlinden. Mais sa proximité avec Moreau le rend suspect aux yeux du gouvernement, ce qui enraye son avancement.

– Le 19 Brumaire An XII (1804), Grouchy est élevé à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur. En 1805, il prend la tête d’une Division de l’Armée Gallo-Batave avec laquelle il participe à la victorieuse campagne d’Autriche à Wertingen et Guntzbourg. Il entre dans Ulm le 20 octobre 1805 mais tombe malade ensuite et doit rentrer en France pour convalescence.

– En octobre 1806, Emmanuel de Grouchy commande la 2nde Division de Dragons de la Réserve de Cavalerie du Maréchal Murat. Son unité de cavalerie lourde est formée par les Brigades Rodet (3e et 6e Dragons), Milet (10e et 11e Dragons) et Broussart (13e et 22nd Dragons). C’est à sa tête qu’il s’illustre dans la poursuite des Prussiens à Iéna où il force le Prince Frédéric-Louis von Hohenlohe-Ingelfingen à se rendre. Le 25 octobre, atteint Berlin, avant de contribuer aux victoires de Zehdenick et Prentzlow.

– Présent à Eylau à la tête de ses Dragons intégrés à la Cavalerie de Réserve de Murat, Grouchy mène 4 000 cavaliers en combat contre l’infanterie russe et les Cosaques malgré une blessure. Mais ne pourra en ramener que 1 200 après la sanglante victoire. Mais en juin 1807, il s’illustre à Friedland à la tête des Dragons du Corps de Lannes en repoussant les attaques des Cosaques de l’Ataman Platov aux côtés des cavaliers d’Etienne Champion de Nansouty. Ses manœuvres habiles audacieuses à hauteur des villages de Schwonau et Heinrichsdorff retiennent les Russes avant que le reste de la Grande Armée prennent de flanc l’armée de Benningsen.
Gouverneur de Madrid en 1808, il participe à la sanglante répression de l’insurrection espagnole par Murat. Comte d’Empire en 1809, il commande la 2nde Division de Dragons du 3e Corps de Davout lors de la victoire de Wagram. Une fois de plus, Grouchy s’illustre à la tête de ses cavaliers en malmenant le flanc gauche de l’Archiduc Charles, permettant à Davout de s’assurer la prise du plateau de Wagram. S’élançant ensuite à la poursuite de l’ennemi, il anéantit presque l’arrière-garde commandée par le Prince von Rosamberg. En récompense de ses états de service, Napoléon Ier l’élève à la dignité de Commandeur de l’Ordre de la Couronne de Fer, ce qui fait de Grouchy un haut dignitaire de l’Empire.

– En 1812 pour la Campagne de Russie, Grouchy commande le 3e Corps de Cavalerie. Il s’illustre à Krasnoï, à Smolensk et sur la Moskowa où il est blessé, de même que son fils. Pendant le retraite de Moscou, Grouchy commande à la cavalerie d’arrière-garde et combat à Maloïaroslavets sous les ordres du Prince Eugène de Beauharnais et réussit à sauver une partie de l’artillerie à Viazma.

– Rentré en France en 1813, il se brouille avec Napoléon car l’Empereur lui refuse sa requête de prendre un commandement de cavalerie et se retire sur les terres familiales. Grouchy ne prend donc aucune part à la campagne de Saxe. Mais lorsque les coalisés envahissent le territoire national, Grouchy se remet très vite au service de l’Empereur et reprend un commandement de cavalerie. Il défend les Vosges et participe très efficacement aux victoires de Brienne, La Rothière, Vauchamps, Montmirail, Troyes et Craonne. Il reçoit encore deux blessures lors des deux dernières batailles.

– Rallié aux Bourbons lors de la Première Restauration, il se voit octroyé l’Ordre de Saint Louis par Louis XVIII. Rallié à l’Empereur lors des Cent Jours, il assure Napoléon de son dévouement lors d’une entrevue aux Tuileries et reçoit le commandement des 7e, 8e, 9e et 10e Divisions Militaires. Parti ensuite pour Lyon, il retrouve le Duc d’Angoulême qui s’apprêtait à lever une armée contre l’usurpateur et le force à rembarquer à Sète. Cette action lui vaut d’obtenir la dignité de Maréchal d’Empire.

– Commandant la Cavalerie de l’Armée du Nord, puis un Corps de 34 000 hommes lors de la Campagne de Belgique, Grouchy contribue à la victoire de Ligny sur les Prussiens de Blücher. Il reçoit l’ordre de l’Empereur de poursuivre les Prussiens vers la Meuse (bien que ceux-ci viennent rejoindre Wellington) et se tient strictement à cet ordre. Or, lorsque s’engage la bataille de Waterloo, Grouchy se trouve à déjeuner chez le Notaire Höllert. Il peut alors entendre les bruits de canonnade provenant de Waterloo, ce qui incite son subordonné Etienne Maurice Gérard à demander à son chef de « marcher au son du canon ». Mais Grouchy refuse et préfère s’en tenir à l’ordre de l’Empereur. Le 18 juin, Grouchy lance ses troupes à l’assaut de Wavre qu’il réussit à prendre après de violents combats contre les Prussiens. Mais après la défaite de l’Empereur, Grouchy est attaqué par une grosse partie des Coalisés qui veulent marcher sur Bruxelles. Le Maréchal reçoit l’ordre de se replier sur Namur. Tout en maintenant une forte arrière-garde, Grouchy réalise une très belle retraite jusqu’à Namur avant de passer en France. Sa manœuvre de retrait reste l’un des modèles du genre pour les Guerres d’Empire.

– Ephémère Commandant de l’Armée du Nord avant de céder sa place à Davout, Grouchy est proscrit de France par Louis XVIII qui ne lui pardonne pas l’arrestation du Duc d’Angoulême. Le Maréchal doit alors passer quatre ans à Philadelphie avant de pouvoir revenir en 1819. Pardonné, il recouvre ses titres et ses dignités. Mis en retraite par Charles X, Emmanuel de Grouchy est élevé à la dignité de Pair de France par Louis-Philippe en 1831.

Il s’éteint à Saint-Etienne le 29 mai 1847 de retour d’un voyage en Italie. Il est inhumé au Père Lachaise.

Sources :
http://www.napoleon-empire.net
http://www.napoleon1erperso.neuf.fr