Vous êtes ici : France Histoire Esperance » histoire » Maréchal Joseph Gallieni

Maréchal Joseph Gallieni

XIR216183

Joseph Gallieni (1849-1916)

Figure incontournable de la Coloniale comme de la Bataille de la Marne, Joseph Simon Gallieni voit le jour le 24 avril 1849 à Saint-Béat en Haute-Garonne. Son père était d’un légionnaire italien naturalisé en 1829.

Joseph suit la voie paternelle et après ses études au Prytanée de La Flèche, il entre à l’Ecole de Saint-Cyr en 1868 dans la « Promotion de Suez ». Sorti en Sous-lieutenant en 1870, il choisit l’Infanterie et se retrouve versé au
1er Régiment d’Infanterie de Marine du Colonel Brière de l’Isle qui est rattaché à la  « Division Bleue » du Général Elie de Vassoigne (2nde Brigade). Le Marsouin Joseph Gallieni combat courageusement à Bazeilles contre les Prussiens, puis sur les Hauts-de-Meuse. Blessé et fait prisonnier, il passe plusieurs mois de captivité en Allemagne et revient en France en mars 1871.

– Resté dans la Coloniale, Gallieni est affecté au 2nd RIMA sur l’Île de la Réunion. Promu Lieutenant en 1873, il fait un passage en Métropole avant de rejoindre le Sénégal, colonie pacifiée quelques années auparavant grâce aux efforts du Général Faidherbe. Commandant la garnison de Thiès, il mène des missions d’exploration en amont du Fleuve Sénégal tout en nouant des liens avec les chefs de tribus des rives. Officier, Gallieni se montre aussi diplomate.
Capitaine en 1878, il continue ses missions d’exploration le long du Mali et du Niger. Les territoires qu’il visite seront bientôt érigés en protectorats français. En 1881, Galliéni rentre en Métropole et est promu Chef de Bataillon. Il passe ensuite cinq années en garnisons à Toulon et en Martinique. Il retrouve le Sénégal en 1886 comme Commandant Supérieur du Haut-Fleuve, puis du Soudant Français où il s’efforce de rétablir l’ordre face aux tribus et aux pillards venus du Sahara. Breveté de l’Ecole de Guerre en 1888 avec la mention « très bien », il est promu Colonel et reçoit une nouvelle affectation ; cette fois à l’Etat-major des Troupes d’Infanterie de Marine.
Le Colonel Galliéni est ensuite envoyé au Tonkin à la tête de la Seconde Division Militaire du Territoire. Tout en menant des opérations de pacification, il s’efforce d’y organiser la structure de l’administration coloniale. Il se montre franchement partisan de la « politique des races » ou de la « tâche d’huile » visant à « diviser pour régner » : « Frapper à la tête et rassurer la masse égarée par des conseils perfides et des affirmations calomnieuses, tout le secret d’une pacification est dans ces deux termes. En somme, toute action politique dans la colonie doit consister à discerner et mettre à profit les éléments locaux utilisables, à neutraliser et détruire les éléments locaux non utilisables. » Au Tonkin, il fait la connaissance d’un jeune officier lorrain qui devient l’un de ses principaux collaborateurs ; Hubert Lyautey.

– En 1896, promu Général de Brigade, Joseph Galliéni est nommé Gouverneur Général de Madagascar et reçoit le commandement des forces de pacification de la Grande Île, en remplacement du Général Laroche. Partisan de la manière forte, Galliéni réprime brutalement la résistance malgache et force la Reine Ranavalona III à abdiquer le 27 février 1897. La Grande Île devient alors une colonie française à part entière. Galliéni ordonne aussi d’exécuter le Prince Ratsmamanga, le Ministre Rainandrianampandry et plusieurs officiers royaux. D’autre part, s’inspirant des méthodes du Maréchal Suchet en Arragon entre 1808 et 1813, comme celles du Général Bugeaud en Algérie, Galliéni et Lyautey mène une campagne de contre-insurrection visant à impressionner les indigènes par la force, tout en cherchant à capter leur confiance par le développement du pays. Ainsi, parallèlement aux opérations militaires, souvent musclées, Galliéni développe cependant une entreprise d’enseignement et de développement des infrastructures (hôpitaux, chemins de fer). Son collègue Joseph Joffre notamment, aménage le port de Duego Suarez au nord de Madagascar. Ses méthodes de contre-insurrection feront foi à l’époque contemporaine et inspireront David Galula.
Galliéni fait aussi en sorte que la nouvelle administration coloniale connaisse le pays à fond. Reprenant aussi sa politique des races initiée au Tonkin, il effectue un recensement ethnique et anthropologique afin d’organiser l’administration de la Colonie selon les séparations et frontières ethniques.

– Pour son action à  Madagascar, Joseph Galliéni est promu Général de Division. Rentré en France en 1905, il est nommé Gouverneur Militaire de Lyon et se voit remettre la Grand-Croix de la Légion d’Honneur. Membre du Conseil Supérieur de la Guerre en 1908, membre du Conseil Supérieur de Défense Nationale en 1911, le Gouvernement lui propose de devenir Commandant en Chef de l’Armée française. Mais pressant la retraite proche et arguant d’une santé de plus en plus fragile, Galliéni décline l’offre et le Commandement échoit au « taiseux » Joffre.

– Au tout début de la Grande Guerre, alors qu’il est retiré du service, Galliéni est rappelé d’urgence par le Gouvernement Viviani. Ayant perdu la « Bataille des Frontières », l’Armée Française recule le long de l’Ourcq et de la Marne, alors que Paris est menacée par l’avance des I. et II. Armeen  allemandes. Galliéni prend son commandement le 3 septembre et organise très énergiquement la défense de la capitale en mobilisant toutes les troupes dont il dispose et fait dresser des fortifications improvisées sur les accès nord de la Cité. A côté de sa mission militaire, il prend aussi en charge l’administration – avec l’aide d’un Cabinet civil, le ravitaillement, les transports (automobiles et hippomobiles), les infrastructures et même la presse. Sa contribution défensive, permet alors d’alléger les poids de la mission de la VIe Armée de Michel Maunoury qui défend le Canal de l’Ourcq. C’est aussi Galliéni qui fait monter toute le 7e Brigade de Félineau (accourue épuisée de Lorraine avec des pertes) sur 600 taxis parisien pour l’envoyer combler une brèche entre l’aile droite de la VIe Armée et l’aile gauche de la Ve Armée de Franchet d’Esperey le long du Canal de l’Ourcq dans l’Oise. La légende des Taxis de la Marne est née (cf. J-Cl. Delhez in Guerres & Histoire). Mais finalement, le 12 septembre, les Français remportent la Bataille de la Marne, mettant Paris définitivement à l’abri des armées allemandes.

– Auréolé de prestige, Galliéni est néanmoins écarté des opérations par Joffre. En revanche, en 1915, Aristide Briand l’appelle pour prendre la tête du Ministère de la Guerre. Il va même conseiller sans détour au Gouvernement de prendre Edouard de Castelneau comme chef d’Etat-major mais on ne l’écoutera pas. Au début 1916, il critique vigoureusement les options prises par Joffre pour la défense de Verdun. Témoin des intrigues et des jeux politiques qui le dépassent et lui laissent un goût amer, victime d’un cancer de la prostate, Galliéni démissionne de son poste et par en repos. Il s’éteint le 27 mai 1916 à Versailles.
Il sera inhumé à Saint-Raphaël et sera élevé à la dignité de Maréchal de France à titre posthume en 1921.

Lire :
– MICHEL Marc : Galliéni, Paris, Fayard